Maha Vairochana Sutra
Le Maha Vairochana Sutra (IAST Mahāvairocana sūtra), Mahavairochana tantra, ou Mahavairochana sutra est l'un des deux sutras essentiels des écoles tantriques tibétaines, et japonaises (Shingon et dans une moindre mesure Tendai). Il est associé au Kalachakraindriya Sutra dans les écoles tibétaines et au Vajrashekhara Sutra dans l'école Shingon.
Noms
modifierSon nom complet est Mahavairochanâbhisambodhi-tantra ou Mahā-Vairochanâbhisambodhi-vikurvitâdhisthâna-vaipulya-sûtrendrarâja-nâma-dharma-paryâya. En traduction approximative : « Grand illuminateur, parfaitement éveillé, force divine parfaite, roi du grand dharma ».
Ses noms chinois sont : Da biluzhena chengfo shenbian dachi jing (大毘盧遮那成佛神變加持經) « Sutra de la divine transformation par le pouvoir mystique du Grand Vairocana », Da biluzhenaj ing (大毘盧遮那経) ou Darijing (大日經), en japonais Dainichi-kyô « Sutra du grand Vairocana ». Son nom tibétain est rNam-par snan mdzad chen-po'i rgyud[1].
Versions
modifierIl en existe trois versions : la version complète, en sept sections et 36 chapitres ; une version courte d'une trentaine de pages contenant uniquement la partie rituelle, expliquant comment l’illumination (sambodhi) de Maha Vairochana s’exprime dans les mandalas et les mudras ; le Mandala de tous les bouddhas ou Taizokai est également considéré comme une forme du sutra.
Origine
modifierL'ouvrage a sans doute été composé entre la moitié du VIe et le VIIe siècle, à un moment où le mantrayana devenait un courant distinct à l'intérieur du bouddhisme Mahâyâna. Il a été traduit une première fois en chinois en 724-725. Il est l'un des deux très importants textes de tantras dans le bouddhisme ésotérique d'Asie de l'Est, l'autre étant le Sarvatathāgatatattva samgraham[2].

L'essentiel du sutra, les six premières sections, soit 31 chapitres, serait parvenu en Chine au VIIe siècle. Le moine bouddhiste indien Shubhakarasimha (en chinois Shanwuwei 善無畏, 637-735) aurait apporté les cinq derniers chapitres (section 7) lorsqu'il vint en 716, âgé de presque 80 ans, à Chang'an, alors capitale de la Chine. Cette partie finale deviendra l'appendice du soutra, qui fut traduit intégralement de 724 à 725 grâce à la collaboration de Shubhakarasimha. C'est cette version qui parviendra au Japon et influencera Kûkaï, fondateur du Shingon. Le bouddhisme tibétain a, pour sa part, reçu le texte directement d'Inde. L’original en sanscrit ayant disparu, la version chinoise est la plus ancienne connue ; la traduction tibétaine date du IXe siècle.
Enseignement
modifierLe texte adopte la forme d'un dialogue entre le Bouddha et le bodhisattva Vajrapani[2]. Selon la tradition tantrique, quand le Bouddha eut atteint l’illumination, il resta sous la forme de Vairochana durant sept jours pendant lesquels il transmit son enseignement à Vajrapani et d'autres bodhisattvas et saints dans son domaine Vajradharmadhatu, la Terre de diamant. La tradition ancienne de l'école Shingon prétendait que Vajrapani se serait ensuite retiré dans une tour de fer dans le Sud de l'Inde, où Nagarjuna l'aurait découvert et reçu de lui le Maha Vairochana Sutra en même temps que le Sūtra du Pic du Vajra.
Dans le premier chapitre concernant les niveaux spirituels se trouvent des notions fondamentales aux écoles tantriques, en particulier Shingon : la nature de bouddha est en chacun, et l'illumination est possible en une vie. Ce principe apparaît dans le passage où Vajrapani demande à Vairochana comment atteindre l’illumination, à quoi ce dernier répond : « par la connaissance de la vraie nature de son propre esprit ».
Le bodhisattva interroge également Vairochana sur la poursuite de l'esprit d'éveil (bodhicitta) : il est la cause et le fondement de la poursuite spirituelle, que la compassion doit diriger ; le perfectionnement des upayas, moyens menant efficacement à l'illumination, doit être un objectif constant. Il s'agit là des trois éléments qui expliquent la cause, la racine et l'apogée de l'omniscience de Vairochana[2].
Notes et références
modifier- ↑ Prononciation : « Nam-par Nang-dzé Tchen-po'i Gyü »
- 1 2 3 (en) Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, , xxxii + 1265 p. (ISBN 978-0-691-15786-3), p. 511-512
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierTraductions
modifier- The Vairocanābhisaṃbodhi Sutra (= Maha Vairocana Sutra / Translated from Chinese by Rolf W. Giebel), Berkeley (CA), Numata Center for Buddhist Translation and Research, , 320 p. (ISBN 978-1-886-43932-0, lire en ligne [PDF])
- (en) The Mahā-Vairocana-Abhisaṃbodhi Tantra. With Buddhaguhya’s Commentary (Translated by Stephen Hodge), London, RoutledgeCurzon, , 572 p. (ISBN 0-700-71183-X, lire en ligne)
- R. Tajima, Étude sur le Mahāvairocana-sūtra (Dainichikyō), Paris, Adrien-Maisonneuve, 1992) (1re éd. 1936), 200 p. (présentation en ligne)
- « Daichinikyō (Dai Birushana Jobutsu Jinpen Kajiō) », Trad. en français de la version japonaise du Maha Vairochana Sutra par Stephane Giocanti [doc] Word, sur academia.edu, (consulté le ) : « 246 p. »
