Main d'Ingres dessinant
La Main d'Ingres dessinant est un moulage en plâtre réalisé à Paris en 1841 par le sculpteur français Jacques-Édouard Gatteaux, représentant la main droite du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres. Exécuté au retour d'Ingres de son directorat de la Villa Médicis à Rome, le moulage fait l'objet d'une petite édition, comme l'atteste le nombre limité d'exemplaires conservés.
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Le moulage mesure environ 15 cm de hauteur, 21 cm de largeur et 13 cm de profondeur[1]. Il représente la main droite d'Ingres âgé de 60 ans, les doigts réunis pour tenir un crayon ou un stylet, avec la manche de la chemise et de la veste. Sur la terrasse est gravée l'inscription « INGRES », tandis que la tranche du poignet porte la signature « EG / FIT 1841 ». Dans plusieurs exemplaires, la main tient un stylet, instrument de prédilection du peintre, et semble être représentée en train de dessiner[2].
Le socle est orné d'un profil féminin gravé, identifié comme celui d'Emma Guyet-Desfontaines, sœur du peintre Amaury-Duval. Ce détail laisse supposer que le moulage est réalisé à l'occasion d'une commande, Ingres étant sollicité la même année pour exécuter le portrait de Mme Guyet-Desfontaines. Le dessin reproduit sur le socle figure ainsi l'esquisse de ce profil.
Les collections du musée Ingres-Bourdelle de Montauban conservent deux exemplaires du moulage : l'un en plâtre patiné, tenant un stylet, l'autre également en plâtre mais dépourvu de son instrument. D'autres exemplaires sont conservés dans les collections publiques françaises, notamment à Autun, Bayonne et Lille[3]. Leur faible nombre suggère une diffusion restreinte, probablement destinée au cercle proche du peintre.
Le moulage sur nature du visage ou de la main s'inscrit dans une tradition ancienne, largement renouvelée au XIXᵉ siècle pour célébrer les grandes figures artistiques, littéraires ou politiques. Si cette pratique est fréquemment associée à une dimension funéraire, La Main d'Ingres dessinant s'en distingue. Réalisé alors que l'artiste est au sommet de sa carrière, le moulage participe davantage à la construction de son image publique et à l'affirmation de sa postérité de son vivant. Sa reproductibilité contribue à diffuser une représentation maîtrisée de l'artiste, centrée sur l'instrument essentiel de sa création.
La représentation de la main tenant un stylet renforce cette dimension symbolique. Plus qu'un simple portrait fragmentaire, la main devient l'emblème de l'acte créateur et de l'identité artistique d'Ingres. L'outil apparaît comme un prolongement du peintre lui-même, tandis que le geste du dessin met en scène sa capacité créatrice. La main fonctionne ainsi comme une véritable synecdoque corporelle, condensant à elle seule la figure et le génie de l'artiste.
Plusieurs exemplaires connus appartiennent successivement à des artistes ou collectionneurs proches d'Ingres, parmi lesquels Amaury-Duval, Léon Bonnat et Edgar Degas. Cette circulation témoigne de la valeur symbolique du moulage, perçu comme un objet de mémoire et de filiation artistique. Ingres conserve l'un des exemplaires durant toute sa vie avant de le léguer à son musée de Montauban. Ce geste souligne l'importance particulière qu'il accorde à cet objet, auquel il confère une valeur mémorielle autant qu'affective, au sein de son univers matériel[4].
Le musée Ingres Bourdelle conserve également un autre moulage sur nature lié à l'entourage intime de l'artiste, intitulé Main de Madame Ingres. Réalisé en plâtre, il représente le bras et la main de Delphine Ramel, seconde épouse de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Cet objet témoigne de l'intérêt porté par l'artiste et son cercle au moulage sur nature, non seulement comme moyen de préserver la mémoire du créateur, mais aussi comme souvenir des personnes qui lui sont proches[5].
Notes et références
modifier- ↑ Notice pop culture.
- ↑ « Notice Ingres Bourdelle », sur museeingresbourdelle.com.
- ↑ « Notice PBA Lille », sur lille.fr.
- ↑ La vie affective des objets. Sur quelques reliques de l’atelier d’Ingres par Clara Lespessailles sur https://journals.openedition.org/cel/32292
- ↑ « Notice musée Ingres Bourdelle », sur museeingresbourdelle.com.