Manuel Fresco
Manuel Fresco (né le à Navarro, Buenos Aires, et mort le ) est un homme politique argentin, gouverneur de la province de Buenos Aires (Argentine) du au , succédant à Raúl Díaz (es)[1]. Étoile montante du Parti démocrate national (conservateur), aux côtés de Vicente Solano Lima, et proche du fascisme, il fut élu en lors d'élections parmi les « plus burlesques » et teintées de « fraudes » de la « décennie infâme », selon les mots de l'ambassadeur des États-Unis[2],[3].
| Député argentin |
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Faculté de médecine de l'université de Buenos Aires (en) |
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Biographie
modifierGouvernorat
modifierMédecin et conseiller municipal du Parti conservateur à Avellaneda, il fut élu député provincial en 1919, et s'opposait fortement au vote à bulletin secret, en vigueur depuis la loi Sáenz Peña de 1912, qui avait permis l'accession au pouvoir de l'Union civique radicale (UCR). Il fut élu député national le , six mois avant le coup d'État militaire du général José F. Uriburu, dont il était l'un des soutiens, en tant qu'opposant du président radical Yrigoyen. Le dictateur le nomma gouverneur administratif (interventor) de Morón (province de Buenos Aires) puis Directeur général de l'hygiène de la province[4].
Participant à la réorganisation des conservateurs dans la province de Buenos Aires, il fut élu aux élections de député du Parti démocrate national (PDN, conservateur) nouvellement créé, et devint en 1933 président de son groupe parlementaire[4]. L'année suivante, le président de facto Agustín P. Justo le nomma président de la Chambre des députés, lui donnant ainsi une envergure nationale.
Ennemi de la « particratie » et du régime « bourgeois, capitaliste, athée, libéral et matérialiste »[2], c'était un admirateur de Mussolini et d'Hitler[2], qui était opposé aux projets de salaire minimum, préconisant une sorte de darwinisme social[2]. Défenseur du corporatisme fasciste, ce que dénonça le socialiste Nicolás Repetto dans Mi Paso por la política, il s'allia avec le courant gestionnaire de la CGT qui préférait négocier avec le gouverneur plutôt que d'affronter directement le régime corrompu. Démagogue, il fut l'un des premiers à utiliser la radio et organisa nombre d'événements sportifs.
Le , il fut choisi par le PDN pour représenter le parti aux élections provinciales de Buenos Aires, dues pour , avec comme colistier Aurelio F. Amoedo. Face à eux, l'UCR avait présenté Honorio Pueyrredón et Mario Guido. Il promulgua un décret, en , interdisant toute activité communiste liée à la Troisième Internationale, ce qui permit, selon l'opposition socialiste, de réprimer durement les réunions du PS, par exemple à Tandil[5].
Adversaire de la loi no 1420 sur l'éducation laïque, gratuite et obligatoire, il imposa, de façon illégale, en 1936, l'éducation religieuse dans toutes les écoles de la province.
Il chargea l'architecte Francisco Salamone du projet urbaniste « Dieu, Patrie et Foyer » (espagnol : Dios, Patria y Hogar), célébrant la « conquête du Désert » contre les « barbares » du général Rosas (en fait une campagne d'extermination des peuples autochtones, en particulier les Mapuches) en construisant principalement dans les forts avancés de la province de Buenos Aires à cette époque[6]. Salamone construisit ainsi de nombreux bâtiments dans la province, par exemple la mairie de Coronel Pringles, combinant Art déco, fonctionnalisme, futurisme et architecture fasciste[7]. Fresco engagea en effet une politique de grands travaux, qui aboutit à la construction de la route no 2, du casino de Mar del Plata, et de la prison d'Olmos[8].
Années 1940
modifierAmi du célèbre caudillo d'Avellaneda, Alberto Barceló[8], il lui céda sa candidature pour les élections de 1940. Il organise en les élections législatives provinciales, auxquelles se présenta le radical Ricardo Balbín, qui avait promis que s'il était élu alors que des fraudes avaient été commises, il démissionnerait, ce qu'il fit immédiatement[9]. Barceló, le candidat conservateur, fut élu gouverneur grâce à ces fraudes massives. Celles-ci allaient convaincre le président Roberto María Ortiz, élu en 1938, d'ordonner en l'annulation des élections et l'intervention fédérale, Octavio Amadeo étant nommé à ce poste, afin de gouverner la province de Buenos Aires, dans un souci de nettoyer un peu la vie politique locale[9].
Le , Manuel Fresco annonça la création d'un mouvement politique, l'Union Nacional Argentina (Patria), rapidement transformé en parti, proposant la défense de la famille et de la patrie, ainsi qu'une position neutraliste quant à la Seconde Guerre mondiale. Il fonda ensuite, en 1942, un journal, Cabildo, pour diffuser ses idées (un magazine catholique nationaliste reprendra ce nom dans les années 1970). Après l'enlèvement d'Adolf Eichmann en 1960 par le Mossad, Cabildo participe à la campagne antisémite engagée par le mouvement nationaliste Tacuara[10].
Après le coup d'État de 1943 qui porte le général Ramírez au pouvoir, Fresco fut le seul député conservateur, avec Alberto Viñas, à conserver des responsabilités administratives, en étant nommé médecin des réseaux ferroviaires et travaillant au département national d'hygiène[4].
Fresco était l'une des personnalités présentes à l'investiture à la vice-présidence de Juan Pistarini en , lui aussi connu pour ses positions pro-Axe, aux côtés d'Enrique P. Oses[11].
Notes et références
modifier- ↑ (es-AR) « Site de la province de Buenos Aires ».
- 1 2 3 4 (es) Felipe Pigna, Los mitos de la historia argentina, vol. 3 : De la ley Sáenz Peña a los albores del peronismo, Buenos Aires, Grupo Editorial Norma, coll. « Historia y sociedad », , 310 p. (ISBN 978-950-49-1544-7), p. 286 et 297.
- ↑ (es-AR) Lee J. Alston, Andres A. Gallo, « Electoral Fraud, the Rise of Peron and Demise of Checks and Balances in Argentina » [PDF], .
- 1 2 3 (es-AR) Marcela P. Ferrari, « En torno a la especialización en política. Notas sobre las trayectorias de los parlamentarios argentinos en tiempos de ampliación democrática » [PDF], sur Université nationale de Mar del Plata-CEHIS, présenté à Rosario durant les journées du 20-23 septembre 2005 (cf. en part. p. 15)
- ↑ (es-AR) Luciano O. Barandiarán, « Los políticos en la calle: las conferencias políticas del Partido Socialista en Tandil, 1929-1946 » [PDF].
- ↑ (es-AR) « Art Decó pampeano en la muestra de Francisco Salamone », sur El Popular, .
- ↑ (en) Alberto Belluci, Monumental Deco in the Pampas: The Urban Art of Francisco Salamone, The Journal of Decorative and Propaganda Arts, Vol. 18, Argentine Theme Issue (1992), p. 91-121.
- 1 2 Barracas Al Sur, La Muerte (biographie d'Alberto Barceló), La Nación, 21 juin 1998
- 1 2 (es-AR) Felipe Pigna et Ricardo Balbín, « Biographie », sur El Historiador.
- ↑ (es-AR) Sergio Kiernan, « Tacuara salió a la calle », sur Página/12, .
- ↑ (es-AR) « 1945:Nazis Gather : In our Pages :100, 75 and 50 years Ago », sur New York Times, . (republication d'un article de 1945)