Le maorrassisme ou mao-maurrassisme est un courant politique éponyme, contraction des termes "maoisme" et "maurrassisme".

Il est utilisé, souvent péjorativement, pour désigner un courant royaliste issu de la Nouvelle Action Française (NAF) au début des années 1970.

Historique

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Les évènements de mai 68 constituent un élément déclencheur dans le renouveau de la pensée royaliste, aussi bien dans la mémoire des acteurs de l’Action française que dans les discours. Si au départ ceux-ci condamnent la rébellion, il s’ensuit une tentative de récupération. L’entrée en lice de contre-manifestations gaullistes oblige alors l’AF à réétudier la stratégie à suivre[1]. Dès la fin du mois de mai, un processus de reconstruction du sens donné à la révolte prend chez les militants royalistes. La fronde doit alors commencer à s’inscrire selon eux dans une mémoire militante toujours fidèle à l’engagement royaliste, comme prélude à une opportunité politique éventuelle[2].

Selon le journaliste et essayiste Jean Birnbaum, il y aurait chez les maoïstes du début des années 70, une « référence à Maurras très largement présente » et une volonté par certain cadre de « mettre l’accent sur un « programme commun » entre l’héritage d’Action française et le maoïsme ». Il prend notamment l’exemple de Maurice Clavel qui présentait alors les « les naufragés de la Gauche prolétarienne » comme des « Chouans » à quelques jeunes royalistes qui lui apparaissaient comme des “gauchistes de droite” »[3].

A l’automne 1970 circule un nouveau bulletin intitulé « Le Lys rouge » lancé par Christian Masson et quelques étudiants de la Restauration nationale. Il s’agit pour eux de montrer que la Monarchie, considérée comme la « seule voie française vers le socialisme sera populaire ou elle ne sera ». Le Lys rouge n’aura que 2 numéros et son principal animateur finira chez les maoïstes de l’Humanité Rouge[4].

Création du terme et de la pensée dite "maorrassienne"

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Le vocable « Maorrassiens » a été écrit pour la première fois par l’hebdomadaire Minute au printemps 1971 pour fustiger la ligne prise par la Nouvelle Action française[5].

Lors de la première réunion publique de la Nouvelle Action Française, le , Patrice Bertin énonce : « Nous sommes des « révolutionnaires » : notre but est de détruire la République par tous les moyens »[6]. C’est avec la création de cette dissidence au sein de l’Action Française que les médias commencent à parler de d’une rupture « gauchisante » ou même d’émergence d’un « mao-maurrassisme ». Ces accusations se basant à la foi sur le refus de la NAF de condamner le gauchisme en bloc et sur un nombre de jeunes royalistes non négligeable ayant intégré les groupes maoïstes[7].

La NAF commence alors à développer un maurrassisme radical aux antipodes du conservatisme et à proposer une mémoire active autour du Maurras-socialiste[8].

On retrouve alors cette pensée détaillé par Patrice Sicard dans l’ouvrage « Mao ou Maurras ? », dans lequel il n’hésite pas aller puiser des références du côté de Georges Sorel et des spiritualistes des années 1930 comme Arnaud Dandieu tout en construisant une critique de l’individualisme, de la société libérale, de la société de consommation et de la « techno-bureaucratie ». Cette critique frontale s’accompagne de la proposition d’une « révolution » visant à « mettre en train une politique de réanimation de la société qui a été asphyxiée par l’État techno-bureaucratique depuis le début du XXe siècle »[9].

Analyses

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Pour Olivier Dard, « si le « maorrassisme » n’existe pas au seuil des années 1970 », force est de constater en revanche une certaine convergence » avec des thèmes de gauche que « les jeunes maurrassiens sont à même de se réapproprier dans la mesure où ils font partie de leur bagage idéologique ». Il évoque alors la « redécouverte des communautés » ou « certaines formes de syndicalisme » comme des  « terrains sur lesquels des convergences sont possibles »[10].

Selon Pierre Debray, dans un article publié le , l’argument de dérive gauchiste est mis en avant lorsque ces dissidents royalistes mettent en avant le maoiste Alain Geismar. Il écrit alors : « qu’un quarteron de gamins rêve d’une AF qui prendrait le style d’Alain Geismar, qu’est-ce que cela prouve ? Simplement qu’ils n’ont pas assimilé l’empirisme organisateur. […] Plutôt que de calquer nos méthodes et notre langage sur un gauchisme, qui ne constitue qu’un sous-produit d’ailleurs explosif, des sociétés bureau-technocratiques, inventons un devenir à la mesure d’un grand passé »[5].

Notes et références

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  1. ↑ Humberto Cucchetti, « De la nouvelle action française à la nouvelle action royaliste. Analyse du processus de mutation militante à partir d’une trajectoire organisationnelle nationaliste », Pôle Sud, no 42,‎ , p. 87-104
  2. ↑ Philippe Hamel et Patrice Sicard, Mao ou Maurras ? volume 2 carrefour des jeunes, Beauchesne, , 132 p., p. 17
  3. ↑ Jean Birnbaum, Les Maoccidents. Un néoconservatisme à la française, stock, , 144 p. (ISBN 9782234063471), p. 87-88
  4. ↑ Jean-Philippe Chauvin, « Les trois "Lys rouge" », Le Lys rouge, vol. 3e trimestre, no 49,‎ , p. 10 (lire en ligne)
  5. 1 2 Patrick Louis, Histoire des royalistes. De la Libération à nos jours, Jacques Grancher, , 224 p. (ISBN 2733904450), p. 156
  6. ↑ « NAF », Nouvelle Action Française, no 2 bis,‎
  7. ↑ « « Déviationnisme de gauche… et scission à l’Action française » », Le Figaro,‎
  8. ↑ Bertrand Renouvin, « Maurras et le socialisme », AFU, no 166,‎
  9. ↑ Philippe Hamel et Patrice Sicard, Mao ou Maurras ? volume 2 carrefour des jeunes, Beauchesne, , 132 p., p. 20-75
  10. ↑ Olivier Dard, Les territoires du politique Hommages à Sylvie Guillaume, Presses universitaires de Rennes, , 274 p. (ISBN 978-2-7535-2106-3), « Des maorassiens aux maosoccidents : réflexions sur un label et sa pertinence en lisant un essai récent », p. 167-176