Margaret Benson

archéologue britannique

Margaret Benson, née le à Crowthorne, dans le Berkshire et morte le à Wimbledon (Londres), est une égyptologue britannique.

Margaret Benson
Margaret Benson, vers 1880.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 50 ans)
WimbledonVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Lady Margaret Hall (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Mère
Mary Benson (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie

C'est la première femme qui parvient à obtenir la permission d'effectuer des fouilles archéologiques, ce qu'elle fait aux côtés de sa compagne Janet Gourlay au temple de Mout. Le chantier dirigé par Benson permet de cartographier le site en entier pour la première fois, et de déterminer qu'il est construit par la reine Hatchepsout.

Biographie

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Jeunesse, famille et formation

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Margaret Benson est l'une des six enfants d'Edward White Benson, évêque anglican de Truro qui devient plus tard archevêque de Cantorbéry, et de Mary Benson née Sidgwick (1841–1918), « la femme la plus intelligente d'Europe » selon William Gladstone[1],[2].

La fratrie de Margaret est notamment composée de :

La famille Benson est « étonnamment queer » : Mary, la mère de Margaret, fait emménager son amante, Lucy Tait, dans la maison familiale[4] et l'homosexualité de Frederic, Arthur, Robert et Margaret est constatée[2],[5],[6],[7].

Margaret et Mary Benson font leurs études secondaires à l'école de filles Truro Girls High School, une école fondée par leur père en 1879. En 1883, Margaret s'inscrit à la faculté pour femmes Lady Margaret Hall d'Oxford où elle étudie la philosophie et l'économie et obtient son diplôme en 1886[1],[8]. Elle étudie par elle-même l'égyptologie[1]. Son intelligence est considérée comme remarquable par ses enseignants[3],[9].

Portrait de Janet Gourlay (à gauche) et Margaret Benson (à droite) vers 1910

Parallèlement à ses études, Benson dessine et peint, et son talent lui vaut une invitation de John Ruskin à venir étudier dans son établissement. Il est persuadé qu'elle deviendrait maîtresse de dessin à la faculté[9].

Âge adulte : Égypte, handicap et lesbianisme

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En 1885, elle attrape la fièvre rouge à Zermatt. En 1890 elle vit quotidiennement avec l'arthrose et les rhumatismes. Son handicap la pousse à chercher des traitement pour soulager ses symptômes. En 1893 elle rend visite à son frère Frederic qui étudie l'archéologie à la British School of Athens, ce qui attise son intérêt pour l'égyptologie[8],[10]. Elle voyage pour la première fois en Égypte en 1894 dans l'espoir que le climat chaud adoucisse sa souffrance[9].

Entre 1895 et 1897, malgré ses douleurs chroniques, elle dirige des fouilles archéologiques à Karnak. Son handicap inquiète beaucoup sa famille et Benson doit souvent rester alitée durant ses séjours en Égypte, où elle souffre également d'épisodes dépressifs[9].

Au cours de la deuxième expédition, en 1896, Benson rencontre Janet « Nettie » Gourlay dont elle devient l'amante[3],[7],[9]. À partir de cette date, Margaret et Nettie commencent à se présenter au monde égyptien et anglais comme des compagnes dévouées. Cependant, le couple qu'elles forment est très souvent occulté dans les livres d'histoire[6].

La dernière expédition en Égypte se termine brusquement lorsque Benson contracte une pleurésie qui menace sa vie[9]. En rentrant en Angleterre, elle se met à écrire et publie plusieurs ouvrages d'archéologie et de théologie[1].

En 1900, elle est victime d'une crise cardiaque[3]. En 1907 elle perd la foi et est hospitalisée pour dépression et hallucinations au prieuré de Roehampton, dans le Surrey, jusqu'en 1912. À partir de 1912, elle vit sous supervision médicale à Wimbledon et recommence à écrire de la poésie[1]. Margaret et Janet restent bonnes amies mais leur couple ne survit pas aux problèmes de santé de Margaret[6].

Elle meurt en 1916 à Wimbledon, à l'âge de 50 ans et est enterrée au cimetière d'Addington Park à Croydon[1].

Carrière

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Égyptologie : le temple de Mout

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Genèse

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Statues de Sekhmet bordant le lac sacré Isherou du temple de Mout à Karnak (2005)
Bas relief du temple de Mout à Karnak (1999)

Avant l'intervention de Benson, quelques statues de Sekhmet sont déjà découvertes sous Napoléon puis embarquées par Giovanni Belzoni qui les destine aux musées européens. Jean-François Champollion et Karl Lepsius ont visité les lieux, mesuré les ruines et recopié les inscriptions en hiéroglyphes. Auguste Mariette avait déjà organisé des fouilles et pensait avoir découvert tout ce que le site avait à dire, sans pour autant permettre de déterminer les architectes du temple[9]. Les chantiers dirigés par Benson pour étudier le temple sont beaucoup plus grands que ceux de ses prédécesseurs, car avant elle, la plupart des spécialistes ne s'y intéressaient pas[3].

En 1895, elle obtient du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes la permission de commencer des fouilles archéologiques au temple de Mout, grâce à l'appui de l'égyptologue Edouard Naville[8],[9]. Le manque d'intérêt de la communauté scientifique pour le site a sûrement aidé les autorités à fermer les yeux sur le manque d'expérience de Benson[3],[8]. Elle souligne elle-même dans The Temple of Mut at Asher qu'elle est la première femme à être autorisée à diriger des fouilles archéologiques en Égypte[9]. Ce titre est repris par d'autres publications contemporaines et plus récentes[10],[11].

Lady Jane Lindsay présente l'archéologue écossaise Janet Gourlay à Benson, et elles deviennent compagnes de voyage, une forme de partenariat de l'époque victorienne qui permet à deux femmes de voyager sans hommes. Dans le cas de Benson et Gourlay, « deux femmes éduquées ont pu travailler sans la supervision d'un homme, dans une période où il était presque impossible pour une femme seule de faire de même »[6]. Benson conduit des fouilles pendant trois saisons qui durent environ deux mois chacune[8]. Des collègues plus expérimentés, comme Naville, David Hogarth et Percy Newberry les conseillent et les guident pour que le chantier se déroule bien. Son frère Frederic l'aide également à superviser ses hommes[9].

Les fouillent commencent avec quatre hommes, seize garçons qui sont chargés de transporter la terre, un chef d'équipe, un gardien de nuit et un transporteur d'eau. L'équipe, qui évolue au fil des saisons, compte jusqu'à dix-sept hommes et trente-six garçons, un nombre assez important[9].

Fouilles de 1895, 1896 et 1897

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Statue d'Hatshepsut conservée au MET (2012)

Au cours des fouilles de 1895, Benson découvre la statue d'Amenemhet, un scribe royal du temps d'Amenhotep II, qui est aujourd'hui conservée au musée égyptien du Caire. La localisation de la statue permet de réviser la date de construction du temple et corriger les plans établis par Mariette[9].

En 1896, plusieurs autres statues sont découvertes, ainsi qu'une crypte. De nombreux endroits sont testés dans l'espoir de trouver des fondations qui donneraient des indice sur les architectes du temple. À la toute fin de l'expédition sont découvertes deux statues : la première représente représente Bakenkhonsou, et la seconde Sénènmout, ainsi qu'une inscription impliquant Hatchepsout dans la construction du temple[9]. Cette découverte est particulièrement importante parce qu'elle permet de déterminer qui est à l'origine du temple, mais aussi parce que Thoutmôsis III tente d'effacer les traces du règne d'Hatchepsout, sa prédécesseur[3].

L'expédition de 1897 reprend où s'est arrêté celle de 1896 et deux statues de Montouemhat sont extraites, ainsi que des dizaines de statues et fragments de statues, notamment la Benson Head (« tête de Benson ») conservée au British Museum[12]. Cette expédition bénéficie d'un budget supérieur aux deux précédentes, ce qui permet à Benson d'engager plus d'hommes et de fouiller l'ensemble du temple pour cartographier le site[3],[9].

De nombreuses autres statues et objets aujourd'hui conservés dans différents musées sont dégagées par Benson. Son travail au temple de Mout est considéré comme aussi important et documenté que celui de ses collègues titulaires d'un diplôme d'égyptologie. Bien que ses publications soient citées dans tous les ouvrages de référence sur la région, le nom de Margaret Benson est absent des dictionnaires biographiques du XXe siècle[9].

Par la suite, le temple de Mout continue d'être fouillé par le Brooklyn Museum et l'université Johns-Hopkins[3].

Philosophie

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Entre 1900 et 1904, elle s'oppose de manière véhémente à la science chrétienne en écrivant des articles dans The Clarion, un journal socialiste. Sa critique théologique se concentre sur l'éducation des femmes, et elle est membre du Conseil de Lady Margaret Hall entre 1902 et 1904. En 1904, elle participe à la fondation de l'Association Biblique de Saint Paul, qui devient un endroit privilégié pour les femmes intellectuelles. À terme, cette association se transforme en formation de théologie au sein de la faculté pour femmes du King's College de Kensington. La série de conférence compte 292 inscrites la première année[1].

Publications

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  • (en) Capital, Labour and Trade, and the Outlook : Plain Papers, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, (lire en ligne)
  • (en) Subject to Vanity, New York, Dodd, Mead & Cie, (lire en ligne)
  • (en) Margaret Benson et Janet Gourlay, The temple of Mut in Asher; an account of the excavation of the temple and of the religious representations and objects found therein, as illustrating the history of Egypt and the main religious ideas of the Egyptians, Londres, John Murray, (lire en ligne)
  • (en) The soul of a cat, and other stories, Londres, William Heinemann, (lire en ligne)
  • (en) The venture of rational faith, Londres, Macmillan and Co. Ltd., (lire en ligne)
  • (en) The court of the king : and other studies, Londres, T. Fisher Unwin, (lire en ligne)

Bibliographie

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  • (en) Rodney Bolt, As good as god, as clever as the devil: the impossible life of Mary Benson, Atlantic Books, (ISBN 978-1-84354-861-4)
  • (en) Simon Goldhill, A Very Queer Family Indeed. Sex, Religion, and the Bensons in Victorian Britain, The University of Chicago Press,

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Jessica Martin, « Benson, Margaret », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (DOI 10.1093/ref:odnb/56291 Accès payant)
  2. 1 2 (en) Georgia Farinou-Malamatari, « Philhellenism and after: Greece in E.F. Benson's life and work », Byzantine and Modern Greek Studies, vol. 47, no 2,‎ (DOI 10.1017/byz.2023.10, lire en ligne Accès payant)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Sarah Pickman, « That Air of Expectation, Still and Assured », Archaeology,‎ (lire en ligne)
  4. ↑ (en) Sasha Garwood, « E. F. Benson's Lost Romance », Gay & Lesbian Review Worldwide, vol. 33, no 2,‎
  5. ↑ (en) R.K. Fordyce, « The life of E.F. Benson », Lambda Book Report, vol. 3, no 4,‎ (lire en ligne Accès payant)
  6. 1 2 3 4 (en) « “Constant Companions” and “Intimate Friends”: The Lives and Careers of Maggie Benson and Nettie Gourlay », Lady Science,‎ (lire en ligne)
  7. 1 2 (en) Mara Gold, « Sapphistry on the Spoil Heap: Lesbianism and Female Homosociality in Early Archaeology », sur torch.ox.ac.uk, (consulté le )
  8. 1 2 3 4 5 (en) Megan Price, « Three Travellers in Nineteenth Century Egypt: Sarah Belzoni, Amelia Edwards and Margaret Benson », dans Sarah Searight (dir.), Women travellers in the Near East, Oxbow Books,
  9. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en) William H. Peck, « Margaret Benson in Egypt », sur William H. Peck (consulté le )
  10. 1 2 (en) David W. J. Gill, « 'The Passion of Hazard': Women at the British School at Athens before the First World War », The Annual of the British School at Athens, vol. 97,‎ (lire en ligne Accès payant)
  11. ↑ (en) F. G. H. P., « Review: The Temple of Mut in Asher by Margaret Benson, Janet Gourlay », The Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, vol. 29, nos 1-2,‎ (lire en ligne Accès payant)
  12. ↑ (en) « Object: The Benson Head », sur British Museum (consulté le )

Liens externes

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