Mario Scalesi
Mario Scalesi ou Marius Scalesi, né le à Tunis et mort le à Palerme, est un poète italien. Il est considéré comme l'un des pionniers de la poésie maghrébine d'expression française.
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Cimetière de Santa Maria dei Rotoli (d) |
| Nom de naissance |
Mario Scalisi |
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Biographie
modifierMario Scalisi nait à Tunis en 1892 d'un père sicilien et d'une mère italo-maltaise, originaire de Gênes. Il francise ultérieurement son nom en Scalesi, tandis que le prénom de Marius lui est quelquefois attribué par certains de ses hagiographes. Il vit dans des conditions misérables dans La Petite Sicile, un quartier de Tunis entre la médina et le quartier européen : il se rompt la colonne vertébrale à cinq ans, attrape la tuberculose, et arrête très tôt l'école française pour aller travailler comme aide comptable chez différents employeurs[1],[2].
Fréquentant assidument la bibliothèque du souk El Attarine, il devient, sous la houlette d'Arthur Pellegrin dont il partage le sort d'être tuberculeux, critique littéraire à partir de 1917 dans La Tunisie illustrée et Soleil, tous deux créées par ce dernier. Il y écrit aussi quelques poèmes, sous les pseudonymes de Rocca Staïti ou de Claude Chardon. À partir de 1919, il milite au sein de la Société des écrivains de l'Afrique du Nord fondée par Pellegrin en faveur d'une littérature tunisienne et maghrébine d'origines variées mais de langue française.
Il meurt dans la misère dans un hospice de Palerme le , et son corps est jeté dans une fosse commune[3].
Un premier recueil de ses poèmes, Les poèmes d'un Maudit (it), paraît après sa mort, en 1923. Il est constamment enrichi lors de quatre rééditions successives, la dernière réédition, bilingue, ayant lieu en 1997 sous le titre Le liriche di un Maladetto et comportant outre 92 poèmes, les articles qu'il a publiés en tant que critique littéraire[1].
Style poétique
modifierAvant ses biographes, Mario Scalesi se qualifie lui-même de poète maudit. Il fait remonter sa malédiction à sa blessure d'enfance, qui lui a laissé une scoliose et le rend infirme à vie[4] :
L'instant où j'ai cessé de vivre,
Je le verrai longtemps encore.
(Quand l'espoir a fermé son livre
On peut bien dire qu'il est mort).
Ses critiques identifient chez lui des influences de Baudelaire, de Verlaine et de Dante. Avec ce dernier, il parage la pratique de la terza rima, dans le début de sa Tour des crânes, en référence à la tour du même nom, ou Borj-er-Rous en arabe, édifiée lors de la bataille de Djerba. Il y décrit dans un passage la contradiction entre la douceur de l'île et les violences de la guerre[4], caractéristique de sa poésie que certains ont qualifié de « tout entière dans l'entrebâillement entre deux extrêmes : les miasmes de l'enfermement sépulcral et les envolées solaires »[3] :
À Djerba, l'île douce et qu'a chantée Homère,
Les ossements jaunis des compagnons d'Alvar
Du pirate vainqueur attestaient la colère.
Cimentés avec soin, empilés avec art,
Leurs crânes composaient, près des vagues dolentes,
Une tour pleine d'yeux au sinistre regard.
Œuvres
modifier- Les poèmes d'un Maudit, Paris, Les Belles Lettres, , 147 p. (OCLC 464204284).
- Poèmes d'un Maudit, Tunis, La Kahéna, , 37 p. (OCLC 462025735).
- Les poèmes d'un Maudit, Tunis, Saliba, , 162 p. (OCLC 929674624).
- Les poèmes d'un Maudit : suivi de Poèmes d'Orient et Poèmes de guerre, Tunis, Université de Tunis, , 301 p. (ISBN 978-9973177254).
- (it) Le liriche di un Maladetto : la poesia mediterranea di un italiano di Tunisi (trad. Salvatore Mugno (it)), Palerme, Institut sicilien d'études politiques et économiques, , 191 p. (OCLC 889459588).
- (ar) أشعار ملعون (trad. Hédi Balegh), Tunis, Artypo, , 271 p. (ISBN 978-9973057273).
- (it) Le poesie di un Maledetto (trad. Salvatore Mugno (it)), Massa, Transeuropa, , 214 p. (ISBN 978-8831249805).
- (es) Los poemas de un maldito (trad. Adrián Fernández Burló), Lo Desconocido, , 364 p. (ISBN 978-8409520763).
Notes et références
modifier- 1 2 Gérard Crespo, « Mario Scalesi - Poète italien de langue française né en Tunisie : Poète mineur ? Poète maudit ? Poète multiculturel ? », sur Centre de documentation historique sur l'Algérie (consulté le ).
- ↑ Saloua Khadhar Zangar, « Marius Scalesi », sur sharinghistory.museumwnf.org (consulté le ).
- 1 2 Yves Chemla, « Samia Kassab-Charfi, Adel Khedher, Un siècle de littérature en Tunisie. 1900-2017 », Studi Francesi, vol. LXIV, no 190, , p. 225–227 (ISSN 0039-2944 et 2421-5856, DOI 10.4000/studifrancesi.23299, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Pierre Brunel, « Mario Scalési, nouveau poète maudit : perspectives comparatistes », Revue de littérature comparée, vol. 327, no 3, , p. 351–365 (ISSN 0035-1466, DOI 10.3917/rlc.327.0351, lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Abderrazak Bannour et Yvonne Fracassetti Brondino, Mario Scalesi : précurseur de la littérature multiculturelle au Maghreb, Paris, Publisud, , 301 p. (ISBN 978-2866009120).