Martine Barrat

photographe française

Martine Barrat, née en 1932 ou 1933 à Oran, alors en Algérie française, est une photographe, actrice, danseuse, écrivaine, réalisatrice, documentariste et vidéaste française qui vit et travaille à New York.

Martine Barrat
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Biographie

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Martine Barrat naît en 1933 en Algérie à Oran, où elle grandit. Sa grand-mère, chirurgienne, est une Russe exilée installée dans un quartier bourgeois d’Oran[1].

Confrontée dès l’enfance au racisme ambiant en Algérie française, Martine Barrat, en rupture avec sa famille, choisit, à l’âge de 15 ans, de partir pour la Suède où elle vit seule et sans attaches quelques temps avant de venir s’installer à Paris où elle se forme à la danse[1]. Proche de la communauté argentine de Paris, elle se noue d’amitié avec le peintre Antonio Seguí, Copi, figure du théâtre d’avant-garde et le réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky. Elle danse sur scène avec Graziella Martinez, compagne de Seguí, et joue en 1966 dans une pièce sous la direction de Jorge Lavelli[1].

Lors d'une tournée en Écosse, elle est découverte au Festival international de danse à Édimbourg par Ellen Stewart, légende du théâtre expérimental américain. LaMaMa (surnom de Stewart) lui déclare : « I want you in my theater » et lui paie, ainsi qu’à son fils, un billet d'avion pour les États-Unis, pour qu’elle vienne se produire dans son théâtre, La MaMa Experimental Theatre Club, dans le Lower East Side de Manhattan[2].

Martine Barrat arrive aux États-Unis en . Elle se produit un temps pour Ellen Stewart mais une fracture de la cheville la contraint à renoncer définitivement à la scène[1]. Elle travaille alors comme serveuse et monte en parallèle des ateliers pour les enfants. Ellen Stewart lui trouve un local et elles créent un atelier qui mêle théâtre, vidéo et musique jazz, à destination des jeunes du Lower East Side et du quartier de Harlem[3]. Elle collabore également avec le Human Arts Ensemble (en) qui fait découvrir les arts de la musique et de la vidéo aux enfants[4]. Elle souhaite filmer les enfants qu’elle rencontre et son ami Félix Guattari parvient à lui procurer sa première caméra, une Portapak, grâce à une université canadienne[1].

Vers 1971, Martine Barrat commence à partager le quotidien, pendant huit années, de deux gangs, les « Roman Kings » et les « Roman Queens », leur équivalent féminin, dont les membres sont issus des communautés afro-américaines et portoricaines du South Bronx, un quartier difficile où elle réussit à se faire accepter, ainsi que du président des Ghetto Brothers (en) et à travailler avec la vidéo avec eux. Elle se consacre pendant des années à ce travail et à partager l'équipement vidéo, créant ainsi entre 1971 et 1976 toute une série de documentaires. Cet énorme projet documentaire, qui la mobilisera pendant plusieurs années, aboutira au film You Do The Crime, You Do The Time [Tu as fait le crime, tu as fait ton temps], qui obtient, en 1978, le prix du meilleur documentaire à Milan et fait ses débuts à Columbia et à l'ambassade de France dans un spectacle organisé par Félix Guattari et Gilles Deleuze, à travers leur organisation Cerfi. En Italie, Channel 2 diffuse le film plusieurs fois aux heures de grande écoute. En Amérique, plus tôt cette même année, des extraits sont diffusés sur NBC[5]. Le Whitney Museum de New York montre également le film ainsi que les premières photographies qu'elle a prises dans le South Bronx.

Au cours des années suivantes, Martine Barrat se consacre totalement à la photographie, s'intéressant aux membres des gangs du South Bronx et se plongeant aussi dans le monde de la boxe à New York, pour photographier les jeunes garçons qui s'entraînent à Harlem, Bed-Stuy, Brooklyn, jusqu'au Bronx[6].

En 1993, ses photographies sur le monde de la boxe à New York sont rassemblées dans le livre Do or Die, publié par Viking Press et préfacé par Gordon Parks et Martin Scorsese[7].

En 2007, le travail de Martine Barrat est présenté dans la grande rétrospective Harlem in My Heart à La Maison européenne de la photographie à Paris. L'exposition présente 190 photographies et son travail vidéo récent[8].

Les photos de Harlem in My Heart sont titrées par David Murray, compositeur et musicien de jazz, pour le spectacle. Son implication dans la scène jazz de New York donne lieu à des collaborations textuelles avec des musiciens de jazz, comme Ornette Coleman, qui donne de nombreux titres à ses photographies et écrit des textes d'accompagnement, et qui organise une exposition comprenant son travail[9]. Mohamed Ali apprécie tellement ce travail qu'il dédicace chacune des photos.

En 1973, Martine Barrat réalise une commande pour les parfums YSL, un portrait de son ami d’enfance à Oran et son mécène, le couturier Yves Saint Laurent[10]. Mais le court métrage aux accents hippies, Woman Is Sweeter, réalisé sur la musique de Galt MacDermot, compositeur de la comédie musicale Hair, déplaît à l’entreprise qui ne le diffuse pas[1].

La photographie de Barrat s'étend du quartier de la Goutte-d'Or à Paris[11], aux îles des Caraïbes, en passant par l'Afrique, le Japon[12] et le Brésil. Néanmoins, l'essentiel de son travail porte sur la vie des quartiers de Harlem et du Bronx à New York, où elle s’est établie depuis son arrivée aux États-Unis en 1968[6].

Au fil des ans, le travail de Martine Barrat est publié dans de nombreuses publications, telles que The New York Times Magazine, Life, Vanity Fair, The Village Voice, Vogue France, Paris Match, Le Monde, Die Zeit, La Republica ou encore Libération.

Installée depuis les années 1970 dans un petit deux-pièces au 10e étage du Chelsea Hotel, elle y est l’une des dernières résidentes à l’année après la transformation de l’établissement en hôtel de luxe en 2022[1].

Expositions

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Expositions personnelles

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Expositions collectives

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Publications

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Collections

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 Emmanuelle Lequeux, « De la Goutte-d’Or à Harlem, Martine Barrat, une photographe sans peur et sans limites », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) Maria Golia, Ornette Coleman: The Territory and the Adventure, Reaktion Books, (ISBN 978-1-78914-263-1, lire en ligne).
  3. (en) C. Gerald Fraser, « Videotapes of South Bronx Youth Gangs By French Film Maker in Whitney Series », The New York Times, (lire en ligne, consulté le ).
  4. « Martine dans le South Bronx » Accès libre, sur www.vice.com, (consulté le ).
  5. (en) John J. O'Connor, « TV: Life in 'Video City' », The New York Times, (lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 Gens d'images, « Coup de Cœur – Martine Barrat à la Galerie Rouge, Paris » Accès libre, sur gensdimages.com, (consulté le )
  7. (en) Loïc J. D. Wacquant, Body & Soul: Notebooks of an Apprentice Boxer, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-530562-3, lire en ligne), p. 14
  8. « Martine Barrat avec Caroline Bourgine », sur France Culture, (consulté le )
  9. Brigitte Ollier, « Critique - Harlem, un coeur battant » Accès limité, sur Libération, (consulté le )
  10. [vidéo] « Woman Is Sweeter », Martina Barrat et Galt MacDermot, (consulté le )
  11. Bastien Stisi, « Les photos de Martine Barrat racontent la Goutte d’Or » Accès libre, sur https://www.nova.fr/, (consulté le )
  12. Rossana Di Vincenzo, « Au cœur du Bronx des 70's avec la photographe Martine Barrat » Accès libre, sur www.telerama.fr, (consulté le )
  13. Rossana Di Vincenzo, Au cœur du Bronx des 70's avec la photographe Martine Barrat, in Télérama, 23 octobre 2018
  14. (en) « Brighton Beach, Mother and Daughter on a Picnic - Brooklyn Museum », sur www.brooklynmuseum.org.
  15. (en) « Martine Barrat | MoMA », The Museum of Modern Art.
  16. (en) « Martine Barrat », sur americanart.si.edu, Smithsonian American Art Museum.
  17. « The Whitney Museum of American Art », MARTINE BARRAT.

Voir aussi

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