María Cambrils
María Cambrils Sendra, née à El Cabañal, un quartier de la ville de Valence, en 1878 et morte à Pego dans la province d'Alicante le , est une écrivaine et féministe espagnole. Autodidacte, elle a fait partie de l'élite intellectuelle de la classe ouvrière en tant qu'auteure d'articles et conférencière. Elle a publié de nombreux articles dans la presse ouvrière, spécialement El Socialista. Elle est l'autrice du livre Feminismo socialista (1925), un référent sur les droits des femmes et l'action féministe et socialiste.
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Biographie
modifierElle a passé la plus grande partie de sa vie à Valence[1] où ses parents (un ouvrier et une mère analphabète) avaient émigré de Pego dans la Province d'Alicante. Elle prend pour mari José Martínez Dols ; à la mort de celui-ci, elle entre au sein d'un couvent (non précisé) et devient religieuse le temps d'une saison dès lors que commence son veuvage. Dans ses écrits elle évoque sa "vie conventual" et démontre une maîtrise des textes religieux, les archives qui subsistent restent encore éparses et non précises[2]. Ainsi du fait de l'absence de données concernant ses origines, les détails sur le cheminement de son choix d'engagement peuvent faire l'objet de suppositions. En effet sa rencontre fortuite dix années auparavant avec José Alarcón Herrero (es), ancien leader anarchiste né en Jumilla et membre au sein du même Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) pourrait y avoir contribué . '[3],[4]
Dans ses écrits, elle explique que ce sont ses lectures et ses discussions avec une voisine de Valence qui lui auraient ouverts les yeux sur la doctrine de la rédemption prolétarienne et le rôle que les femmes se devaient d'y jouer[5].
Entre 1924 et 1933, elle écrit des centaines d'articles dans la presse ouvrière, principalement dans El Socialista, média où elle était l'une des rares femmes à y contribuer régulièrement, publiant ses articles aux côtés de ceux du fondateur Pablo Iglesias, Julián Besteiro, Andrés Saborit, Indalecio Prieto ou Largo Caballero. Elle collabore également avec El Pueblo, El obrero de Elche, Revista Popular, El obrero Balear, El Popular, Mundo Obrero et La Voz del Trabajo.
Ses textes questionnent la situation qui concerne les femmes et entament l'affirmation de nécessité d'action féministe. Aussi dans son parti, elle reprochait à certains militants leur insuffisance d'investissement dans cette cause : au même titre que leur camarades féminins, la libération des femmes à but égalitaire.
En 1925, elle a publié à Valence le livre Feminismo Socialista dont le prologue est écrit Clara Campoamor, texte de grande répercussion, considéré fondamental dans l'évolution du féminisme de gauche par les historiennes, et l'une des premières œuvres publiées en espagnol sur la relation entre ces deux concepts. Elle y aborde le féminisme de classe engagé avec l'époque de l'Espagne du premier tiers du XXe siècle. Elle finance également une édition, dédiée à Pablo Iglesias, qu'elle qualifie de « vénérable maître » avec l’imprimerie de El Socialista. « Todo hombre que adquiera y lea este libro deberá facilitar su lectura a las mujeres de su familia y de sus amistades, pues con ello contribuirá a la difusión de los principios que conviene conozca la mujer en bien de las libertades ciudadanas”[1], est affirmé dès l’introduction. Le livre a été réédité en 1992 par l'Association Clara Campoamor, de Bilbao[6].
En 1933, suite à une santé fragilisée, elle revient avec José Alarcón à Pego, où il devînt alors conseiller municipal et secrétaire général du Groupe Socialiste, dirigeant de l'UGT et membre du Conseil d'administration de la Casa del Pueblo de 1933 à 1939. À la fin de la guerre d'Espagne, et bien qu’on n’a pu prouver le crime de sang connexe à leur subite disparition, la plus probable des hypothèses demeure : Alarcón aurait été fusillé à Alicante avec Aquilino Barrachina et d’autres socialistes pegolins le .
María Cambrils, dont l'état de santé s'aggravait malgré les soins de ses nièces auprès d'elle et tandis qu'Alarcón était toujours en prison, meurt quant à elle le . Elle est enterrée dans une fosse commune, sans pierre tombale.
Une histoire longtemps ignorée
modifierL'émergence des aspects biographiques autour de María Cambrils reste récente. La seule photographie d'elle connue à ce jour, présente dans cet article, a été publiée pour la première fois en 2004 par Elvira Cambrils. D'après les dires de la journaliste Rosa Solbes, dans certains milieux, on aurait même pensé que María Cambrils était le pseudonyme d'un homme jusqu'à retrouver les témoignages de survivants qui avaient des archives spécifiques à propos de l’auteure, comme ceux du vétéran de la CNT Leonardo Herández ou encore Juan Bautista Pons, garde d’assaut pendant la Deuxième République.
En l'Université de Valence a publié une monographie intitulée María Cambrils, el despertar del feminismo socialista, qui contient sa biographie, son livre Feminismo Socialista et plus d'une centaine d'articles publiés entre 1924 et 1933 dans Le Socialista, L'Ouvrier Balear, Le Village, Revue Populaire... Le travail a été réalisé par la journaliste Rose Solbes, l'historienne Ana Aguado et l'archiviste Joan Miguel Almela dont la préface est signée par Carmen Alborch[7].
Féminisme socialiste
modifierMaría Cambrils représente un tournant dans la formulation des approches égalitaires et féministes au sein du socialisme dans le premier tiers du XXe siècle en Espagne, selon des chercheurs de l'Université de Valence qui, en 2015, analysent dans le livre María Cambrils, el despertar del feminismo socialista revenant sur le travail qu'elle a apporté et retraçant certains éléments de sa biographie.
Inspirée par August Bebel, Cambrils écrit: "nous les femmes ouvrières ne pouvons pas oublier que la seule force politique bonne qui défend le féminisme, est le socialisme" et a défini son œuvre comme "plaidoyer contre l'injustice, l'oppression, le mariage indissoluble et la violence cette maladie du coeur[6].
Dans ses textes, elle défend le lien essentiel entre socialisme et féminisme et questionne le rôle de l'Église, institution qui, selon elle, ne conserve rien de l'esprit compatissant du défenseur des plus faibles[2]. Elle parle aussi du suffrage des femmes, de leur enseignement, la maternité, la recherche de paternité, du féodalisme agricole, de l'antiféminisme déguisé, du divorce, des avancées et des problèmes des femmes ailleurs dans le monde, et comment elles s'organisent. Elle affronte également la misogynie ouvrière, critique le fait que nombre de ses collègues ne se soucient pas de l'égalité et éducation de leurs proches, et dénonce leur manquement quand il s'agit de se battre pour le suffrage. "La femme moderne -écrit-elle aspire à coparticiper au droit, non à s'imposer, comme le prétendent capricieusement les ennemis du féminisme. Nous ne voulons pas la miséricorde mais la justice"[8],[2].
Reconnaissance et postérité
modifierAux débuts de la transition espagnole, en 1976, un groupe d'économistes socialistes de Valence, dont faisaient partie Ernest Lluch et Dolors Bramon entre autres, prend le nom de María Cambrils. Sont écrits plusieurs articles dans l'hebdomadaire Dos y Dos sur les femmes dans le contexte économique de l'époque et la simultainéité nécessaire du féminisme et du socialisme[8].
À Bilbao, le Centre d'Information, de l'enfance, de la jeunesse et la femme d'Euskadi porte son nom[9].
L'exposition "100 femmes espagnoles qui ont ouvert la voie à l'égalité" organisée par l'Institut de la Femme Espagnole, lui a consacré une référence où il n'y avait presque pas d'information outre celle qui apparaisait dans la couverture de son livre[2].
En janvier de 2016, le Conseil par la femme et l'égalité de la mairie de Valence a inclus le nom de María Cambrils dans la liste de noms proposés pour transmettre l'histoire oubliée des femmes à travers les noms des rues de la ville[10].
La ville valencienne de Pego (d'où provient sa famille) l'a mise à l'honneur en baptisant une place à son nom, et à Pincanya, près de Valence, une passerelle.
En 2019, la Fondation créée par le Parti Socialiste du Pays valencien (PSPV-PSOE) portant son nom remet les prix pour l'égalité que l'UGT du Pays valencien octroie les annuellement.
Œuvres
modifier- Feminismo Socialista (1925) Valencia, Tipografía Las Artes
- El Socialista Colaboraciones y artículos (1925-26)
Références
modifier- ↑ « Cinq femmes valenciennes qui ont marqué leur époque », sur lepetitjournal.com (consulté le ).
- 1 2 3 4 « ‘Rescatada’ una pionera del feminismo socialista | pikara magazine », www.pikaramagazine.com (consulté le )
- ↑ « Cambrils Sendra, María - Fundación Pablo Iglesias », www.fpabloiglesias.es (consulté le )
- ↑ (ca) « Diccionari biogràfic de dones », www.dbd.cat (consulté le )
- ↑ Mercedes Yusta Rodrigo, « Y a-t-il eu un féminisme antifasciste dans l’Espagne des années 1930 ? », Mouvements, vol. 104, no 4, , p. 25–35 (ISSN 1291-6412, DOI 10.3917/mouv.104.0025, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (es) Rosa Solbes, « María Cambrils, la famosa desconocida », El País, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Rosa Solbes, Ana Aguado, Joan Miquel Almela, eds., « María Cambrils: El despertar del feminismo socialista » [archive du ], puv.uv.es (consulté le )
- 1 2 (es) Rosa Solbes, Ana Aguado, Joan Miquel Almela, María Cambrils: El Despertar Del Feminismo Socialista, Universitat de València (ISBN 9788437097770, lire en ligne)
- ↑ « Centro de Información María Cambrils », www.mariacambrils.com (consulté le )
- ↑ Levante-EMV, « Las valencianas ilustres recuperan terreno en el callejero de la ciudad », www.levante-emv.com (consulté le )
Bibliographie
modifier- Rosa Solbes, Ana Aguado et Joan Miquel Almela, (2015) María Cambrils, el despertar del feminismo socialista. Biografía, textos y contextos (1877-1939) Universidad de Valencia. Colección Historia (ISBN 978-84-370-9723-7)
- Ana Aguado (2003). “Feminismo socialista y/o socialismo feminista: María Cambrils”, en Arenal. Revista de historia de las mujeres. Vol.10, n. 2 (julio-diciembre, 2003), p., 243-254.
