Mathilde Cohen Tervaert-Israëls
Mathilde Anna Cohen Tervaert-Israëls, née le à Amsterdam et morte le à Saint-Gall, peu après sa libération du camp de concentration de Theresienstadt, est une militante néerlandaise des droits des femmes, de la première vague féministe.
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Elle défend les droits et la place des femmes dans la société, se consacrant plus particulièrement aux femmes célibataires et aux mères non mariées au sein de l'association Onderlinge Vrouwenbescherming (nl) (Protection mutuelle des femmes). Elle est aussi membre de la Vereeniging voor Vrouwenkiesrecht (Association pour le droit de vote des femmes) et préside l'Association néerlandaise des femmes citoyennes (Nederlandse Vereeniging van Staatsburgeressen, NVS. De 1924 à 1935, elle est députée pour le Parti libéral d'état (en), le Vrijheidsbond, aux États provinciaux de Hollande-Méridionale.
Biographie
modifierJeunesse et famille
modifierMathilde Israëls, dite Masje, est née le 14 février 1864 à Amsterdam, au 471, Prinsengracht, dans une famille juive. Son père est le peintre Jozef Israëls et sa mère Aleida Schaap (1843-1894)[1].
Elle a un frère cadet, Isaac Israëls, qui devient artiste comme leur père, et une sœur, Rebecca Maria, née en 1866 et décédée la même année. Son père se destine initialement à devenir rabbin, mais opte finalement pour une carrière d'artiste. Mathilde Israëls grandit dans un environnement libéral où les traditions juives sont peu observées. La famille s'installe à La Haye en 1871[1].
La famille accompagne régulièrement le père dans les voyages qu'il entreprend pour peindre et pour participer à des expositions. Ainsi, en 1877, ils entreprennent un voyage à travers l'Europe et, à partir de 1878, ils se rendent chaque année au Salon de Paris. Ces voyages, dès son plus jeune âge, participent à la formation de Mathilde Israëls, tandis qu'on n'a pas d'information sur sa scolarité[1].
Son intérêt pour la littérature, et plus particulièrement pour la littérature française, ainsi que son talent d'écriture lui sont transmis par sa mère[2].
Age adulte
modifierLe 12 mai 1887, Mathilde Israëls épouse son cousin maternel, Gerard David Cohen Tervaert (1856–1923)[3],[1], un médecin spécialisé en oto-rhino-laryngologie avec lequel elle est fiancée depuis sept ans. La cérémonie se passe au domicile de ses parents à La Haye et selon le rite juif[1].
Il est installé comme médecin au 13, Hofstraat à La Haye en juillet 1885 et, à partir de 1903, il est le premier médecin ORL de l'hôpital municipal Zuidwal de La Haye[1].
Après le mariage, ils vivent au Parkstraat 10 à La Haye et ont quatre enfants : Dirk Gerard (né en 1888), Aleida Anna Maria (née en 1889), Jozeph Marie Theodoor (né en 1890) et Gerard Matthijs (né en 1895), lesquels ne reçoivent pas d'éducation religieuse[1].
Camps de concentration et mort
modifierAprès le début de la Seconde Guerre mondiale, Mathilde Cohen Tervaert-Israëls vit avec sa fille Aleida au 18, Rijnstraat à La Haye. Elles sont conscientes du danger auquel elles sont confrontées en raison des persécutions antisémites, mais Mathilde Cohen Tervaert-Israëls refuse de se cacher. Tout le monde la connaît, et se cacher n'aurait guère de sens[1]. Toutes deux figurent également sur la "Liste Van Dam" (Plan Frederiks (en)) qui est censée protéger de la déportation les juifs ayant une "importance sociale" pour les Pays-Bas. Néanmoins, elles sont arrêtées le 23 mars 1943 et internées au camp de Barneveld. Le 4 janvier 1944, elles sont emmenées au camp de regroupement et de transit de Westerbork puis, le 4 septembre 1944, déportées au ghetto de Theresienstadt[1].
Elles font partie du convoi de 1200 juifs (principalement issus d'Allemagne et des Pays-Bas) libérés par Himmler en février 1945, après des négociations avec l'homme politique suisse Jean-Marie Musy. Ils sont conduits à Saint-Gall, en Suisse, pays neutre[2],[4].
Mathilde Cohen Tervaert-Israëls décède peu après, à Saint-Gall, le 18 février 1945. Elle est inhumée au cimetière israélite de Saint-Gall[5].
Militante féministe
modifierA partir de 1900, Mathilde Cohen Tervaert-Israëls s'implique dans de nombreuses organisations féminines[2]. Au sein du mouvement féministe, elle passe pour une militante radicale et s'oppose parfois à des féministes plus modérées. Elle est particulièrement proche de Rosa Manus et Aletta Jacobs[2].
Protection des mères célibataires
modifierEn 1897, elle est une des premières membre de l'association Onderlinge Vrouwenbescherming (nl) (Protection mutuelle des femmes), fondée par Annette Versluys-Poelman, Nellie van Kol, Maria Rutgers-Hoitsema et Jan Rutgers (nl), sur une idée de Marie de Koning. L'association vient en aide aux femmes célibataires et aux mères non mariées et défend leurs droits[6],[2]. A l'époque, elles sont considérées à l'instar des prostituées et le deviennent parfois, après avoir perdu leur travail à cause de leur grossesse et seules des associations à caractère religieux leur viennent en aide, avec une démarche paternaliste[6].
Mathilde Cohen Tervaert-Israëls est secrétaire du conseil d'administration de l'association, puis fondatrice et présidente de la section de La Haye, de 1902 à 1912 où elle crée un centre de consultation à son domicile[1],[2].
Avec cette association elle milite pour une égalité de droits de la mère par rapport au père et es droits des enfants nés hors mariage, notamment leurs droits successoraux[2].
Convaincue que l'indépendance économique et le droit au travail sont déterminants pour les femmes, elle lutte pour l'évolution des législations sur le congé de maternité et les aides financières associées et l'accès aux soins de santé[2].
Droit de vote des femmes
modifierElle rejoint la Vereeniging voor Vrouwenkiesrecht (Association pour le droit de vote des femmes) vers 1907.
Avec Wilhelmina Drucker et Mietje Rutgers-Hoitsema, elle fonde le Comité pour la protection des mères et la réforme sexuelle (Comité voor Moederbescherming en Sexueele Hervorming) en 1912 et siège au conseil d'administration de l'Association internationale pour la protection des femmes, également fondée cette année-là[2].
Après le décès inopiné de son mari Gerard David Cohen Tervaert en avril 1923, elle s'installe au 20, Luikschestraat à La Haye et poursuit ses activités sociales[1].
Autres associations féministes
modifierElle est admise, en 1924, au conseil d'administration de l'Association néerlandaise des femmes citoyennes (Nederlandse Vereeniging van Staatsburgeressen, NVS), issu de l'Association pour le droit de vote des femmes[1],[2].
Mathilde Cohen Tervaert-Israëls s'installe à Scheveningen en 1928 et devient présidente de la NVS qui fusionne alors rapidement avec la Nederlandse Unie voor Vrouwenbelangen (nl) (Union néerlandaise pour les intérêts des femmes), pour devenir, en 1930, l'Association néerlandaise pour les intérêts des femmes et l'égalité des droits (Nederlandse Vereniging voor Vrouwenbelangen en Gelijk Staatsburgerschap (nl), NVVGS). Pendant une courte période, elle est membre du conseil d'administration de cette association.
Elle est aussi membre, pendant plusieurs années, du comité de rédaction de « Vrouw en Gemeenschap » (Femme et Communauté), la publication de l'association[1].
Engagement politique
modifierVers 1910, elle rejoint l'Union libérale (en), qui fusionne avec le Parti libéral d'état (en), le Vrijheidsbond, en 1921. Elle y est active plus particulièrement dans le groupe des femmes. De 1924 à 1935, elle est députée pour ce parti aux États provinciaux de Hollande-Méridionale[1],[2].
Mathilde Cohen Tervaert-Israëls démissione en 1934 de son poste de présidente de la branche de La Haye de la Société pour la protection mutuelle des femmes, et en avril 1935, elle démissionne de son siège de députée[1].

Gestion de la collection d'art
modifierSon frère, Isaac Israëls étant mort dans un accident de la route en octobre 1934, Mathilde Cohen Tervaert-Israëls est l'unique héritière de l'importante collection d'art de son père et de son frère[2].
Elle gère cette collection ainsi que les œuvres personnelles de son père et de son frère, avec les conseils d'Hendrik Enno van Gelder, alors directeur du musée d'art de La Haye[1].
Elle vend certains tableaux et fait des dons à des collections publiques. Le musée de Groningue reçoit de nombreuses œuvres ainsi que du mobilier de l'atelier pour aménager une salle consacrée aux Israëls[1],[2].
En 1936, elle fait don d'un portrait d'Aletta Jacobs, peint par son frère, aux Archives internationales du mouvement des femmes, Astria, nouvellement créées[1].
Elle confie finalement la collection familiale au marchand d'art Frederik Muller pour la mettre en sécurité, peu après l'occupation allemande des Pays-Bas. Par testament, elle lègue les œuvres à ses petits-enfants.
Hommages
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- Pour son 70e anniversaire, le 14 février 1934, Mathilde Cohen Tervaert-Israëls est honorée à La Haye pour son engagement en faveur des droits des femmes lors d'une réception à l'hôtel De Witte Brug et a été faite chevalier de l'ordre d'Orange-Nassau[1]. Six pages lui sont consacrées dans le magazine "Vrouw en Gemeenschap"[1].
- En 2019, l'exposition Strijd! 100 jaar vrouwenkiesrecht (Luttons! 100 ans de droit de vote des femmes), au musée de Groningue rend hommage à cette pionnière du féminisme[1].
Publications
modifier- (nl) Moederschap : Sexueele ethiek, Het Nationaal Comité voor Moedersbescherming en sexueele hervorming, (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- (nl) Chris van Weel, Voor kunst en vrouwenrechten. Mathilde Cohen Tervaert-Israëls 1864-1945 [« Pour l'art et les droits des femmes. Mathilde Cohen Tervaert-Israëls 1864-1945 »], Uitgeverij Waanders, (ISBN 9789462625518)
Liens externes
modifier- Mathilde Cohen Tervaert-Israëls sur Biografieportaal
- Mathilde Cohen Tervaert-Israëls à propos de Wilhelmina Drucker
- Mathilde Cohen Tervaerts-Israëls sur Kamp Westerbork
- Mathilde Anna Cohen Tervaert-Israëls sur Orloogs bronnen
- (nl) Wie kijkt mij aan? Mathilde Cohen Tervaert-Israëls, Rijksmuseum, podcats, 24 min
- Archives conservées par : Institut Atria pour l'histoire des femmes (en)
- Ressource relative aux beaux-arts :
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 (nl) Janneke van der Veer, « Israëls, Mathilde Anna (1864-1945) » [archive du ], sur Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (nl) Petra Teunissen-Nijsse, « Mathilde Cohen Tervaert-Israëls: feministe en kunsterfgename », sur Biografieportaal, (consulté le )
- ↑ (nl) « Genealogie Israëls » [archive du ], sur www.middel.org (consulté le )
- ↑ (de) Hans Günther Adler, Theresienstadt 1941–1945. Das Antlitz einer Zwangsgemeinschaft, Göttingen, Wallstein, (ISBN 3-89244-694-6)
- ↑ (nl) « Cimetière Israélite te St. Gallen », sur Oorlogsgravenstichting (consulté le )
- 1 2 (nl) « 1897 Vereeniging Onderlinge Vrouwenbescherming | Canon vrouwenopvang », sur canonsociaalwerk.eu (consulté le )