Mausolée d'Halicarnasse
Le Mausolée d'Halicarnasse est le tombeau monumental de Mausole, satrape de Carie, construit au milieu du IVe siècle av. J.-C. à Halicarnasse, ville du sud-ouest de l'Anatolie (aujourd'hui Bodrum en Turquie). Il est édifié sous son règne ou peu après sa mort en 353 av. J.-C., probablement à l'initiative de sa sœur et épouse Artémise II, et achevé vers 350 av. J.-C..
| merveille du monde Mausolée d'Halicarnasse | |
Maquette du mausolée au musée d'archéologie sous-marine du château Saint-Pierre à Bodrum. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Coordonnées | 37° 02′ 16″ nord, 27° 25′ 27″ est |
| Pays | |
| Ville | Bodrum |
| Construction | |
| Date | de 353 av. J.-C. à 350 av. J.-C. |
| Durée | 3 années |
| Matériaux principaux | marbre |
| Constructeur | Pythéos de Priène |
| Utilité | religieuse |
| Destruction | |
| Date | XIIIe et XIVe siècles |
| Cause | multiples tremblements de terre |
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Le Mausolé était un vaste édifice de marbre, d'environ 45 m de hauteur, élevé sur une base rectangulaire surmontée de colonnes, supportant un toit pyramidal, lui-même couronné d'un quadrige. L'ensemble était richement orné de sculptures en ronde-bosse et de haut-reliefs ; plusieurs grands sculpteurs grecs seraient associés à sa décoration, notamment Bryaxis, Léocharès, Scopas et Timothéos[1], même si l'attribution précise des différentes parties reste discutée.
Le monument subsiste pendant plusieurs siècles avant d'être progressivement détruit par des séismes au Moyen Âge. Ses ruines servent ensuite de carrière, notamment au XVe siècle pour la construction du château Saint-Pierre. Le site est redécouvert et fouillé à partir de 1856-1857 par l'archéologue britannique Charles Thomas Newton. Une partie importante des sculptures et des éléments architecturaux mis au jour est aujourd'hui conservée au British Museum, tandis que les vestiges des fondations sont toujours visibles à Bodrum.
Par ses dimensions et son décor, le Mausolée est admiré dès sa construction. Sa renommée le fait figurer dans plusieurs listes de Merveilles du monde dès l'Antiquité ; depuis le XVIe siècle, il fait partie de la liste canonique des Sept Merveilles du monde antique. Parmi ces dernières, il est également la Merveille ayant subsité le plus longtemps, après les Pyramides d'Égypte.
Nom
modifierLe nom de Mausolée dérive de son commanditaire, Mausole (en grec ancien Μαύσωλος / Maúsôlos). Son nom grec, Μαυσωλεῖον / Mausôleîon, dérive directement de son nom, avec l'adjonction du suffixe -εῖον / -eîon indiquant un lieu caractéristique d'une fonction ou d'une personne. Le nom grec passe en latin sous la forme Mausoleum, qui désigne tout d'abord le tombeau d'Halicarnasse, puis se généralise à tout tombeau monumental. Il est par exemple utilisé pour le mausolée de l'empereur romain Hadrien au IIe siècle (actuel château Saint-Ange). Le terme donne ensuite le français « mausolée » et ses équivalents dans d'autres langues européennes.
Contexte
modifierDans la première moitié du IVe siècle av. J.-C., la Carie est une province dépendant de l'Empire achéménide, mais largement autonome. Mausole (né vers 410 av. J.-C.) en est le satrape depuis 377 av. J.-C., ayant hérité de la fonction créée par son père Hécatomnos. Dès le début de son règne, il déplace la capitale à Halicarnasse, où il entreprend de grands travaux d'embellisement et de fortifications. Il fait notamment construire un théâtre et un temple à Arès, le dieu de la guerre. Bien que nominalement dépendant de l'Empire perse, Mausole se comporte plus ou moins comme un souverain indépendant. Il étend peu à peu son contrôle à des villes et des îles grecques voisines. Il meurt en 353 av. J.-C. sans descendance.
Construction
modifierSelon la tradition (Strabon, Pausanias), c'est sa sœur et veuve, Artémise II, qui décida de construire un monument exceptionnel en son honneur. Néanmoins, comme elle ne régna que deux ans après lui, il est probable que le monument fût commencé du vivant même de Mausole. Il fut achevé en 350 av. J.-C.[2], soit un an après la mort d'Artémise II. On ne sait pas par qui il fut achevé, peut-être par le frère de Mausole, peut-être par Alexandre le Grand, peut-être même ne fut-il jamais achevé.
Le bâtiment aurait été conçu par Satyros de Priène et Pythéos de Priène[3]. Les plus grands artistes contemporains furent requis pour la construction du Mausolée : selon Vitruve[4], Praxitèle y aurait participé, aux côtés de Léocharès, Bryaxis et Scopas, mais cette mention est considérée comme douteuse[5]. Le nom de Timothéos a été d'autre part avancé comme étant celui du quatrième sculpteur[1].

Il resta en bon état jusqu'au XIIe siècle puis, faute d'entretien et à cause de multiples tremblements de terre, il tomba en ruines. Au haut Moyen Âge, il servit de carrière pour construire les maisons des alentours, ensuite, les ruines tombèrent dans l'oubli. À la fin du Moyen Âge, il restait la base inférieure, en triste état, ainsi que les fondations de l'édifice. Au XVe siècle, les Hospitaliers s'en servirent comme carrière pour bâtir le château Saint-Pierre sur l'ancienne acropole d'Halicarnasse, puis pour réparer les fortifications de la ville.
Description
modifierLe Mausolée, haut d'environ 45 m, reposait sur une substruction rectangulaire, entourée d'une enceinte sacrée (τέμενος / témenos) ouverte à l'est par un propylée. La substruction était surmontée de 36 colonnes, supportant un toit à degrés pyramidal de 24 degrés, au sommet duquel se trouvait un quadrige en marbre. Décoré de hauts-reliefs et de rondes-bosses, il abrite dans son massif une chambre funéraire. Sur les centaines de mètres de frises, on trouve une procession, une amazonomachie (marquée par la figure d'Héraklès, reconnaissable à sa léonté), des statues dynastiques (dont une statue aux traits épais, faussement identifiée comme celle de Mausole[6], portant cheveux longs et moustache), une course de chars, des lions, une centauromachie, des combats, des chasses... Scopas aurait réalisé le côté est du décor, tandis que Léocharès aurait travaillé sur le côté opposé.
Découverte archéologique
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En 1857, Charles Thomas Newton localisa d'abord le monument grâce à ses connaissances en littérature antique, surtout sur Vitruve et Pline l'Ancien, mais aussi grâce à une grande maîtrise de l'interprétation des fragments trouvés sur le sol, habitude acquise grâce à un long travail sur le terrain.
Il dut adapter sa technique de fouilles aux conditions locales. En effet, il n'avait pas les moyens d'acheter l'ensemble des terrains supposés renfermer le Mausolée. Il eut donc recours à des tunnels, et non à des tranchées pour localiser les limites extérieures du bâtiment. Il put ainsi, après avoir découvert les quatre coins, n'acheter que les champs qu'il désirait explorer en priorité.
Il retira du sol de très nombreux fragments d'architecture et de sculpture, dont quatre dalles de la frise est, œuvre attribuée à Scopas représentant un combat entre Grecs et Amazones[7]. Tous ces fragments, ainsi qu'une des roues monumentales du quadrige sur lequel se trouvaient les statues colossales de Mausole et d'Artémise sont conservés au British Museum. Il put aussi rassembler dans ce musée les autres fragments identifiés du Mausolée dispersés (à Genève, Constantinople ou Rhodes). Là, son travail de conservateur rejoignait celui d'archéologue.
Dans la culture populaire
modifier- Le Mausolée d'Halicarnasse peut être construit comme merveille mondiale dans plusieurs opus de la franchise de jeux vidéo Sid Meier's Civilization (Civilization III, Civilization IV, Civilization V et Civilization VI).
- Le Mausolée représente l'une des 7 civilisations disponibles dans le jeu de plateau 7 Wonders.
Notes et références
modifier- 1 2 (en) William Smith, Dictionary of Greek and Roman Antiquities, (lire en ligne), p. 744
- ↑ J-F Roussel, Le Mausolée d'Halicarnasse in Initiation à l'archéologie et la préhistoire, n°4, mars 1979, p.18.
- ↑ Martinez, Les œuvres attribuées à Praxitèle, p. 43.
- ↑ Vitruve, De l'architecture (VII, pref., 13).
- ↑ Muller-Dufeu les classe dans la catégorie « œuvres incertaines ou attribuées faussement à Praxitèle », p. 517 ; Pasquier, « Éléments de biographie », p. 20 et « Praxitèle aujourd'hui ? La question des originaux », p. 83-84 ; Ridgway, p. 265. Voir l'article Praxitèle pour ces références.
- ↑ Mais plus probablement un membre de sa famille, les Hécatomnides. J-F Roussel, Le Mausolée d'Halicarnasse in Initiation à l'archéologie et la préhistoire, n°4, mars 1979, p.20
- ↑ J-F Roussel, Le Mausolée d'Halicarnasse in Initiation à l'archéologie et la préhistoire, n°4, mars 1979, p.20
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- The Maussolleion at Halikarnassos, Aarhus, Aarhus University Press, 1981-1988, I.– Kristian Jeppesen, Flemming Hojlund et Kim Aaris-Sorensen, The Sacrificial Deposit, 1981, 110 p. II.– Kristian Jeppesen et Anthony Luttrell, The Written Sources and the Archaelogical Background, 1986, 224 p. III.– Poul Pedersen, The Maussolleion Terrace and Accessory Structure, 1988, 240 p.
