Maxime Renahy
Maxime Renahy, né le à Grande-Synthe (Nord) est un lanceur d'alerte, analyste financier et journaliste français ayant travaillé dans la finance à Jersey et au Luxembourg.
| Naissance | |
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| Nationalité | |
| Activité |
Lanceur d'alerte, analyste financier, journaliste d'investigation |
| A travaillé pour |
Mourant Ozannes (- |
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| Distinction |
Prix éthique d'Anticor (2020) |
Biographie
modifierJeunesse et études
modifierSon grand-père est résistant à partir de 1940. Son père est maoïste et vit plusieurs années dans la clandestinité ; il devient ensuite directeur d'un centre d'information jeunesse. Il est cousin de Jean Tirole[1].
Il effectue une partie de ses études en Angleterre, à Bristol, pour apprendre l'anglais[2].
Carrière dans la finance et à la DGSE
modifierIl devient administrateur de fonds du fiduciaire Mourant à Jersey (filiale de State Street)[3],[4],[5]. Le rachat du fabricant de valises Samsonite (Hénin-Beaumont) en [6], dont la production est ensuite délocalisée en Asie, est l'élément déclencheur qui l'amène à prendre contact avec les services de renseignement français DGSE.
En parallèle de ses activités professionnelles, il aurait transmis durant 5 ans des informations sensibles aux services de renseignement français DGSE.
Les échanges auraient alors été fréquents entre lui et les agents français, notamment via des clés USB chiffrées. Par la suite, il aurait étendu son espionnage à d'autres cabinets d'avocats via des soirées, et plus généralement les événements festifs fréquents sur l'île[7]. Une fois muté au Grand-Duché du Luxembourg, il lui aurait été demandé de découvrir le montant des rétrocommissions potentiellement versées par les Britanniques dans divers dossiers d'armement[1]. Ayant l'impression qu'il « ne servait pas l'intérêt de [ses] concitoyens, mais [...] d'autres multinationales et milliardaires français », il décide alors de quitter le monde financier et les services de renseignement pour aller travailler pour des ONG[7].
Son rôle d'informateur pour la DGSE est documenté par le journaliste Jean Guisnel dans Histoire secrète de la DGSE (Robert Laffont, 2019), ainsi que dans la bande dessinée Lanceurs d'alerte de Flore Talamon et Bruno Loth (Delcourt, 2021), qui lui consacre un chapitre[8],[9].
Carrière de lanceur d'alerte
modifierAfin de lutter contre l'évasion fiscale, il crée avec son frère Alexandre une association et le site Internet lanceuralerte.org permettant à d'autres lanceurs d'alerte de déposer des informations de manière anonyme, le but étant de les diffuser par la suite[10].
Le dossier Lactalis
modifierDébut 2019, sur la base d'une analyse financière que lui a commandée la Confédération paysanne, Maxime Renahy conclut que le groupe Lactalis a soustrait environ deux milliards d'euros au fisc via un système de refacturation interne et des achats fictifs d'actions ; le syndicat accuse publiquement le groupe sur cette base et saisit le Parquet national financier (PNF)[10],[11].
En octobre 2020, Disclose publie « L'ogre du lait », une enquête en plusieurs volets sur le groupe, dont un chapitre consacré aux mécanismes financiers mis en place au profit de la société écran Nethuns à Luxembourg, détenue par la famille Besnier[12]. Pour ce volet, Disclose mandate Maxime Renahy afin de décrypter, en lien avec ses journalistes, 113 documents relatifs aux comptes annuels de sociétés détenues par le groupe[13]. Les auteurs estiment que ce mécanisme aurait permis d'économiser 220 millions en impôts au groupe Lactalis[12].
Le 6 février 2024, la Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale perquisitionne les sièges de plusieurs sociétés du groupe — le siège de Laval, des bureaux parisiens et l'hôtel particulier d'Emmanuel Besnier — dans le cadre de cette enquête, désormais élargie à des soupçons de fraude fiscale aggravée[14]. Le groupe indique alors à l'AFP que l'opération s'est déroulée « sereinement » et concerne des faits déjà connus des autorités[15].
Le 19 décembre 2024, Lactalis annonce régler 475 millions d'euros à l'administration fiscale pour clore un différend portant sur des opérations menées via trois structures ouvertes en Belgique et au Luxembourg entre 2006 et 2022[16]. Le groupe affirme n'avoir eu « aucune intention délictueuse », tout en reconnaissant un désaccord persistant avec l'administration sur le fond[16]. Une enquête préliminaire du PNF sur des soupçons de minoration du bénéfice imposable du groupe reste par ailleurs en cours[16].
En septembre 2025, Maxime Renahy cofonde l'association Justice pour nos primes[17],[18], qui réunit 432 salariés et anciens salariés du groupe assistés de l'avocat Renaud Portejoie et estime que cette minoration des bénéfices a mécaniquement réduit leurs primes de participation légale sur une période d'environ quinze ans[19],[20]. Selon Me Portejoie, le préjudice total est estimé entre 500 et 600 millions d'euros, avec un manque à gagner individuel pouvant atteindre près de 10 000 euros par salarié, sur les 14 000 à 16 000 salariés de droit français potentiellement concernés[21].
Le 13 mars 2026, les plaignants font citer à comparaître Emmanuel Besnier, en tant que président du directoire du groupe et de sa holding BSA, ainsi que deux commissaires aux comptes visés comme complices, devant le tribunal correctionnel de Laval pour « présentation ou publication de comptes infidèles »[22]. Sollicité par l'AFP, le groupe se dit non préoccupé par ce qu'il juge être des initiatives infondées de l'association, et précise avoir de son côté déposé une plainte pénale[22].
Le 19 mars 2026, à la veille d'une audience prévue devant le Tribunal des activités économiques de Paris, Lactalis dépose ses comptes consolidés pour la période 2020-2024, rendant sans objet une procédure engagée par Maxime et Alexandre Renahy pour en obtenir la publication[23]. Selon Me Portejoie, qui représente les deux frères dans cette procédure, Emmanuel Besnier aurait par ailleurs été condamné à rembourser les frais de justice des requérants [23]. Contacté, Lactalis n'a pas répondu à Ouest-France[23].
Carrière d'auteur et journaliste
modifierEn 2019, dans le cadre d’une collaboration rémunérée avec Le Media, il dénonce une présumée évasion fiscale de BFM TV[24],[25],[26],[27]. Le directeur de BFM TV, Alain Weill, lui répond dans Telerama que tout est légal et qu'« il n'y a aucune fraude fiscale derrière ça »[28].
La même année, il mène plusieurs actions en justice afin de forcer des multinationales et milliardaires à publier leurs comptes[29], dont une action en justice de L214 contre Bigard[30].
À la suite de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, il constate que cette entreprise est détenue depuis 2011 par Berkshire Hathaway, le fonds d'investissement de Warren Buffett, via une succession de holdings. Ce mécanisme permet de diminuer les impôts payés, de façon légale, par le biais de prêts intra-groupe[31],[32].
Le , dans le cadre de son travail d'investigation pour le Média, il publie une enquête sur l'évasion fiscale prétendument pratiquée par certains groupes d'EHPAD français, comme DomusVI[33]. Dans la même étude, il avance qu'une partie de l'assurance-vie en France serait placée en offshore dans des investissements incontrôlables, dont possiblement dans des entreprises d'armement[33],[2].
En , il dévoile, « en épluchant des dizaines de documents accessibles depuis le registre des sociétés du Luxembourg », qu'Apollo Global Management, le principal actionnaire de Verallia (dont l'État français par le biais de la BPI possède également 7% environ) a effectué en un virement de 559 millions d'euros d'une filiale luxembourgeoise « vers celle qui la possède aux îles Caïmans »[34],[35],[36]. Or, quelques mois plus tard, en , Verallia annonce une réorganisation de ses activités de production avec la suppression de 130 postes au sein de ses usines en France[37],[38].
Par ailleurs, il intervient régulièrement dans les médias pour sensibiliser l'opinion sur l'optimisation fiscale et l'évasion fiscale[39],[40],[6],[5]. Il intervient notamment à deux reprises sur la chaîne d'entretiens Thinkerview : en septembre 2019, dans un entretien totalisant plus de 577 000 vues[41], puis en juillet 2020, dans un entretien vu plus de 1,3 million de fois[42].
Pour son ouvrage Là où est l'argent, il reçoit le prix éthique de l'association Anticor le [43].
Publications
modifier- Là où est l’argent, Paris, Les Arènes, 2019 (ISBN 978-2-35204-751-3)
- Guerre économique : qui est l'ennemi ?, ouvrage collectif (École de guerre économique, Centre de recherche 451), Nouveau Monde éditions, 2022, 220 p. (ISBN 978-2380943207)
Notes et références
modifier- 1 2 Maxime Renahy, Là où est l'argent, Paris, Les Arènes, , 390 p. (ISBN 978-2-35204-751-3 et 2-35204-751-X, OCLC 1102539805, lire en ligne)
- 1 2 Thinkerview, « L'espion, le Covid et le truand », sur youtube.com, (consulté le )
- ↑ « PORTRAIT. Maxime Renahy, l'espion franc-comtois qui dénonce les dérives de la finance et les paradis fiscaux », sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté (consulté le )
- ↑ (en) Sullivan, Ruth, « State Street grows with Mourant purchase », sur www.ft.com, Financial Times, (consulté le )
- 1 2 « Mais qu'allait faire Mitt Romney aux îles Caïmans ? », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Comment Mitt Romney a coulé Samsonite Hénin-Beaumont », sur La Voix du Nord (consulté le )
- 1 2 Hervé Chambonnière, « Maxime Renahy. « L’État français utilise les paradis fiscaux » », sur letelegramme.fr, (consulté le )
- ↑ Jean Guisnel, Histoire secrète de la DGSE, Robert Laffont, (ISBN 978-2221240281)
- ↑ Flore Talamon et Bruno Loth, Lanceurs d'alerte, Delcourt, (ISBN 978-2413040088)
- 1 2 « Lactalis accusé par la Confédération paysanne d'avoir soustrait 2 milliards au fisc », sur FIGARO, (consulté le )
- ↑ Christophe Violette, « INFO OUEST-FRANCE. La très complexe tuyauterie financière de Lactalis », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
- 1 2 Mathias Destal, Marianne Kerfriden, Inès Léraud et Geoffrey Livolsi, « Les milliards cachés de Lactalis », sur Disclose,
- ↑ « Lactalis, une firme sans foi ni loi », sur Disclose,
- ↑ « Perquisitions chez Lactalis pour des soupçons de fraude fiscale estimée à plusieurs centaines de millions d'euros », sur L'Usine Nouvelle,
- ↑ « Lactalis perquisitionné dans une enquête pour fraude fiscale aggravée », sur La France Agricole,
- 1 2 3 « Le groupe Lactalis va payer 475 millions d'euros au fisc français », sur LSA,
- ↑ « L'association », sur justiceprimes.fr
- ↑ « Maxime Renahy, l'homme qui attaque encore le géant mondial du lait Lactalis », sur Ouest-France
- ↑ « Fraude fiscale : plus de 300 millions d'euros de primes jamais versées à des employés de Lactalis, une action en justice », sur France Bleu Mayenne (ICI),
- ↑ « Primes non-versées par Lactalis : l'avocat des salariés écrit au Parquet national financier et demande à être "convoqué" », sur ICI Mayenne,
- ↑ « Primes non-versées par Lactalis : "On parle potentiellement d'incarcération" pour le patron Emmanuel Besnier, affirme l'avocat des salariés », sur franceinfo,
- 1 2 « Le patron de Lactalis convoqué au tribunal par ses salariés pour des primes minorées », sur France 24 (AFP),
- 1 2 3 « Lactalis : le groupe aurait déposé ses comptes pour la période allant de 2020 à 2024 », sur Ouest-France,
- ↑ Etienne Labrunie, « BFM-TV a-t-elle été financée par de la fraude fiscale ? C'est ce que démontre une enquête du Média », sur Télérama, (consulté le )
- ↑ « Le Média, une information au service du bien commun », sur www.lemediatv.fr (consulté le )
- ↑ Manuel Vicuña, « BFM et l'évasion fiscale ? Les rares reprises de l'enquête du Média - Par Manuel Vicuña | Arrêt sur images », sur www.arretsurimages.net, (consulté le )
- ↑ FLORIAN BAYARD, « BFM TV financé par la fraude fiscale ? Altice-SFR dément », sur PhonAndroid, (consulté le )
- ↑ « Evasion fiscale pour financer BFM TV ? Alain Weill répond : “Nous respectons totalement la loi” », sur Télérama (consulté le )
- ↑ Eric Verhaeghe, « Les multinationales doivent-elles rendre leurs comptes publics? », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
- ↑ Marie-Josée Cougard, « Viande : L214 assigne Bigard en justice », sur Les Echos, (consulté le )
- ↑ « [Révélations] Le pactole luxembourgeois qui n'a pas brûlé à Lubrizol », sur www.lemediatv.fr, (consulté le )
- ↑ « Lubrizol et Warren Buffett : quels liens ? », sur Franceinfo, (consulté le )
- 1 2
- ↑ « Verallia: des montages financiers qui font désordre », sur CharenteLibre.fr (consulté le )
- ↑ « Des centaines de millions d’euros aux Caïmans », sur L'Humanité, (consulté le )
- ↑ « [ENQUÊTE] - Verallia licencie mais envoie pourtant des centaines de millions d'euros dans les paradis fiscaux | Le Média », sur www.lemediatv.fr (consulté le )
- ↑ « Verallia réorganise son activité en France », L'Usine Nouvelle, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Verallia va supprimer 80 postes sur le site de Châteaubernard : "On est en train de tuer Cognac" s'insurge la CGT », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le )
- ↑ « Comment ils ont bradé la France », sur Marianne, (consulté le )
- ↑ « "Dans les paradis fiscaux, on considère les gilets jaunes comme des jaloux dangereux" », sur Marianne, (consulté le )
- ↑ « DGSE : l'impuissance de l'état ? Maxime Renahy [EN DIRECT] », sur YouTube, Thinkerview, (consulté le )
- ↑ « L'espion, le Covid et le truand ? Maxime Renahy [EN DIRECT] », sur YouTube, Thinkerview, (consulté le )
- ↑ « Un prix « éthique » d'Anticor pour Aurore Gorius », sur Les Jours,