Med TV

chaîne de télévision kurde

MED TV est une ancienne chaîne de télévision satellitaire kurde, créée en 1995 et basée à Londres, au Royaume-Uni. Elle est généralement considérée comme la première chaîne de télévision satellitaire kurde[1]. Elle dispose de studios à Londres et à Denderleeuw, en Belgique, et diffuse vers l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

MED TV
Logo de MED TV
Caractéristiques
Création
Disparition
Propriétaire
MED Broadcasting Ltd.
Format d'image
Langue
Pays
Statut
Chaîne privée satellitaire
Siège social
Site web
Diffusion
Aire
Chronologie

La chaîne diffuse des programmes en plusieurs langues, principalement en kurde, dans ses variantes kurmandji, sorani et zazaki, ainsi qu’en turc, arabe, anglais et syriaque. Sa programmation comprend des journaux télévisés, débats politiques, émissions culturelles, programmes pour enfants, documentaires, émissions musicales et programmes consacrés à la littérature kurde.

MED TV fait l’objet d’importantes pressions diplomatiques de la part de la Turquie, qui l’accuse d’être liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Sa licence de diffusion britannique est suspendue en mars 1999, puis révoquée le par l’Independent Television Commission (ITC), au motif que certaines émissions étaient susceptibles d’encourager la violence ou le désordre[2]. Après sa fermeture, Medya TV commence à émettre depuis la France en juillet 1999 jusqu'en février 2004.

Histoire

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Fondation et lancement

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MED TV est fondée en mars 1995 à Londres[3]. Ses émissions régulières commencent le [4]. Elle est exploitée par MED Broadcasting Ltd. et diffuse par satellite vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Selon plusieurs sources, la chaîne constitue une rupture importante dans l’histoire des médias kurdes, en permettant pour la première fois une diffusion télévisuelle transnationale en langue kurde. Elle est reçue notamment dans les régions kurdes de Turquie, de Syrie, d’Irak et d’Iran, ainsi que dans la diaspora kurde en Europe.

La chaîne utilise notamment des satellites polonais avant de devoir changer de fournisseur à la suite de pressions turques. Après l’interruption de cette diffusion, MED TV loue des capacités auprès d’Intelsat afin de poursuivre ses émissions[5].

Programmation et public

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La programmation de MED TV est variée. Elle comprend des émissions d’information, des documentaires, des débats politiques, des programmes musicaux, des émissions pour enfants, ainsi que des programmes culturels et littéraires[6].

Une émission est notamment consacrée aux livres kurdes publiés dans les trois principaux alphabets utilisés par les Kurdes : alphabet arabe, alphabet latin et alphabet cyrillique. Elle est animée par une journaliste liée au journal kurde Özgür Gündem[6].

La chaîne est particulièrement suivie par les Kurdes de Turquie et par les communautés kurdes d’Europe. En Turquie, sa réception est interdite de fait. Des téléspectateurs sont arrêtés pour avoir regardé ses programmes, et la police confisque parfois des antennes paraboliques, notamment à Diyarbakır[6].

En février 1999, The Independent décrit MED TV comme une chaîne très populaire parmi les Kurdes de Turquie, en raison de sa diffusion d’informations et de programmes culturels en langue kurde[7].

En 1997, lors d’un débat à la Chambre des lords, Lord Hylton affirme que des habitants de Diyarbakır et de Mardin lui ont décrit MED TV comme une ouverture culturelle importante pour les Kurdes après une longue période de privation linguistique et culturelle[8].

Organisation

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Lors de sa création en 1995, MED TV compte un petit nombre d’employés, dont beaucoup ne sont pas issus d’une formation professionnelle télévisuelle. Selon Kurdistan Report, treize personnes travaillent alors pour la chaîne, dont une seule dispose d’une formation dans le domaine des médias. L’organisation se développe rapidement et atteint environ 250 employés en 1997[6].

La chaîne entretient des liens avec le journal kurde Özgür Gündem. La journaliste Gurbetelli Ersöz, ancienne rédactrice en chef de ce journal, est également associée à la rédaction de MED TV[6].

Suspension et révocation de la licence

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Pressions turques

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Dès ses débuts, MED TV fait l’objet de critiques et de pressions de la part de l’État turc. Les autorités turques accusent la chaîne d’être liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation qu’elles considèrent comme terroriste. Plusieurs sources indiquent que la Turquie demande à plusieurs gouvernements européens et fournisseurs de satellites de mettre fin à la diffusion de la chaîne[4].

La Turquie intervient notamment auprès de la Pologne, du Royaume-Uni et d’autres États européens afin d’obtenir l’arrêt de la diffusion. Après l’interruption de la transmission par des satellites liés à la Pologne, MED TV utilise des services satellitaires américains pour poursuivre ses émissions[5].

Un rapport et plusieurs travaux universitaires décrivent MED TV comme un objet central de la communication transnationale kurde et de la mobilisation de la diaspora kurde en Europe[9].

Décision de l’Independent Television Commission

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La licence de MED TV est suspendue le par l’Independent Television Commission (ITC), organisme britannique de régulation audiovisuelle, après plusieurs émissions jugées problématiques au regard de la législation britannique sur l’incitation à la violence[2].

Le , l’ITC révoque définitivement la licence de la chaîne. L’organisme estime que certains programmes étaient « susceptibles d’encourager ou d’inciter au crime ou de conduire au désordre »[2]. Cette révocation intervient peu après l’arrestation d’Abdullah Öcalan, chef du PKK, en février 1999, et dans un contexte de forte pression diplomatique turque[10].

Le président de l’ITC, Sir Robin Biggam, déclare alors qu’il n’est pas dans l’intérêt public qu’un diffuseur utilise le Royaume-Uni comme plateforme pour des programmes incitant à la violence[11].

Le , un porte-parole de MED TV affirme que la chaîne souhaite reprendre ses émissions depuis un autre pays ou sous un autre nom[12].

Critiques de la révocation

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La décision de l’ITC suscite des critiques dans certains milieux favorables aux droits kurdes et à la liberté d’expression. Des commentateurs affirment que la décision britannique a été influencée par les relations économiques et militaires entre le Royaume-Uni et la Turquie.

Le journaliste et humoriste politique Mark Thomas critique notamment le rôle de Sir Robin Biggam, alors président de l’ITC, en raison de ses liens avec BAE Systems, société ayant des intérêts économiques en Turquie[13]. The Guardian publie également une chronique critique sur le sujet[14].

Des critiques visent aussi le rôle de certaines entreprises britanniques, dont Balfour Beatty, dans le contexte plus large des relations économiques entre le Royaume-Uni et la Turquie, notamment autour du projet de barrage d’Ilısu[15].

Succession par Medya TV et Roj TV

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Après la révocation de la licence britannique de MED TV, Medya TV commence à émettre en juillet 1999 depuis la France, avec un studio de production à Denderleeuw, en Belgique[16].

En février 2004, les autorités françaises révoquent à leur tour la licence de Medya TV. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel estime que Medya TV constitue le successeur de MED TV, et les juridictions françaises confirment cette décision[17],[18].

Roj TV commence ensuite ses émissions depuis le Danemark le [18]. Dans les années suivantes, d’autres chaînes kurdes, dont Nuçe TV et Sterk TV, sont également associées à cet héritage médiatique.

Voir aussi

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Notes et références

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  1. ↑ (en) Nick Ryan, « 'Terrorist TV' - The amazing story of Med-TV, Kurdish satellite television station » [archive du ], sur nickryan.net (consulté le )
  2. 1 2 3 (en) Peter Feuilherade, « UK regulator revokes Kurdish Med TV's licence » [archive du ], sur BBC News, (consulté le )
  3. ↑ (tr) « Milliyet - 31 Mart 1995 - MİLLİYET GAZETE ARŞİVİ » [archive du ], sur Milliyet Gazete Arşivi (consulté le )
  4. 1 2 (en) Paul White, Primitive Rebels or Revolutionary Modernizers? The Kurdish National Movement in Turkey, Londres ; New York, Zed Books,
  5. 1 2 (en) Dale F. Eickelman et Jon W. Anderson, New Media in the Muslim World: The Emerging Public Sphere, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-21605-2, lire en ligne), p. 194
  6. 1 2 3 4 5 (de) « Med TV: Geschichte des ersten kurdischen Fernsehsenders », sur Kurdistan Report (consulté le )
  7. ↑ (en) Nick Ryan, « Kurdistan is alive and well on TV » [archive du ], sur The Independent, (consulté le )
  8. ↑ (en) « Human Rights in Turkey », sur Hansard, House of Lords, (consulté le )
  9. ↑ (en) Nevzat Soguk, « Transversal Communication, Diaspora, and the Euro-Kurds », Review of International Studies, vol. 34,‎ , p. 173-192 (DOI 10.1017/S0260210508007857, JSTOR 20542756)
  10. ↑ « Les Kurdes privés de leur télé » [archive du ], sur L'Humanité, (consulté le )
  11. ↑ (en) Keith Parkins, « Med-TV - Kurdish Satellite Television » [archive du ], sur heureka.clara.net, (consulté le )
  12. ↑ (en) Siamek Rezaei, « Med-TV Kurdish Satellite TV is shut down » [archive du ], sur KURDICA (consulté le )
  13. ↑ (en) « Mark Thomas Info » [archive du ], sur markthomasinfo.com (consulté le )
  14. ↑ (en) « Little Biggam man » [archive du ], sur The Guardian (consulté le )
  15. ↑ (en) « Sample Union Motion. The Role of the Trade Unions » [archive du ], sur Dundee Chamber of Ilisu Dam Campaign Foundation (consulté le )
  16. ↑ (en) David Romano, The Kurdish Nationalist Movement: Opportunity, Mobilization and Identity, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-85041-4), p. 157
  17. ↑ (en) « Clandestine Radio Watch #153 » [archive du ], sur Clandestine Radio Watch, (consulté le )
  18. 1 2 (en) « Clandestine Radio Watch #154 » [archive du ], sur Clandestine Radio Watch, (consulté le )

Liens externes

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