Messor barbarus

espèce d'insectes

Messor barbarus est une espèce de grandes fourmis de la sous-famille des Myrmicinae. Elle est monogyne (une seule reine par colonie), même si des cas de polygynie (plusieurs reines) ont été rapportés en captivité [1]. La fondation est indépendante (la reine est capable de fonder seule la colonie).

Répartition

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On trouve ces fourmis essentiellement autour de l'ouest du bassin méditerranéen, où elles s'installent en creusant leurs galeries dans des sols secs, voire rocheux.

Étymologie

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Messor, du latin messis veut dire « moisson ». Cela fait référence au régime granivore de ces fourmis, qui stockent les graines collectées dans des greniers, au sein de leurs fourmilières.

Description

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Une colonie adulte peut compter plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d'ouvrières.

Les colonies comprennent :

  • une reine reproductrice ; La gyne (ou reine), qui peut vivre jusqu'à vingt ans, mesure entre 9 et 15 mm[2]. Elle est de couleur noire, la tête, le gastre et l'extrémité des pattes parfois teintés de rouge, selon le taux d'humidité présent dans le nid lors de sa conception.

Les ouvrières vivent jusqu'à 3 à 5 ans, sont polymorphes et l'on peut reconnaître 3 sous castes principales, bien qu'on les trouve sous toutes les variations de taille (polymorphisme progressif):

  1. des ouvrières mineures assurant principalement les soins au couvain et les travaux internes ;
  2. les ouvrières media sont la caste intermédiaire. Mesurant jusqu'à mm, cette sous caste représente le « standard » de l'ouvrière, la sous caste la plus présente au sein d'une colonie. Elles participent au transport des graines et à l'entretien du nid ;
  3. Les ouvrières major représentent la sous caste supérieure des Messor barbarus. Elles peuvent atteindre 12 mm et sont, dans de rares cas, plus volumineuses que la gyne. Elles sont reconnaissables par leur énorme tête parfois rouge, plus grosse que leur gastre, abritant de puissants muscles. Leur but premier est de broyer les graines les plus dures bien qu'elles soient aussi associées à la fonction de soldat. Elles sont également capable de transporter des graines de 60 mg jusqu'aux greniers de la colonie.

Les mâles mesurent entre 7 et 12 mm. Une fois l'essaimage terminé, ils meurent, qu'ils se soient accouplés ou non.

Comme chez tous les membres de la sous-famille des Myrmicinae, le couvain présente des nymphes nues (elles ne se développent pas dans des cocons) entre le stade larvaire et l'imago.

Alimentation

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Principalement granivores, les Messor récoltent des graines qu'elles acheminent jusqu'au nid en formant des « autoroutes » à double sens de plusieurs dizaines de mètres de long sur quelques centimètres de large. Une fois acheminées jusqu'au nid, les graines sont stockées au sec pour éviter leur germination. Les larves, elles, se nourrissent de viande de petits insectes. Les fourmis, incapables d'ingurgiter autre chose que des matières liquides, broient les graines qu'elles aspergent de liquide salivaire. L'amylase fractionne les molécules d'amidon en molécules de glucose et les dissout. La graine se transforme en pâte spongieuse appelée « pain de fourmi ». Les fourmis se nourriront en suçant le liquide nutritif présent dans ce pain.

Bien que les graines constituent l'essentiel du régime alimentaire, la colonie exploite également :

  • des insectes morts ;
  • de petits arthropodes ;
  • occasionnellement des liquides sucrés disponibles dans l'environnement.

Les protéines animales jouent un rôle particulièrement important dans le développement des larves.

Rôle dans l'écosystème

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En stockant des graines qu'elle ne consomme pas toutes, Messor barbarus participe activement à la dissémination des plantes de son milieu, un phénomène appelé myrmécochorie. Les graines accumulées dans les dépotoirs à l'entrée du nid, puis dispersées quand ces dépotoirs se dégradent l'hiver, favorisent la recolonisation végétale des sols secs et caillouteux qu'elle affectionne. Des travaux de restauration écologique en milieu steppique méditerranéen ont même utilisé le transfert de reines fondatrices pour accélérer ce processus dans des zones où l'espèce avait disparu.

Dans certaines zones agricoles d'Espagne, cette même récolte massive de graines a longtemps été perçue par les agriculteurs comme une nuisance, avant que des études ne montrent le rôle bénéfique de l'espèce pour l'écosystème environnant.

Un système reproductif hors norme

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Les essaimages ont lieu au début de l'automne après les premiers orages de fin d'été, quand les conditions sont favorables (fortes précipitations la veille, température >20°C).

La reine est fécondée par plusieurs mâles, puis perd ses ailes et s'enterre pour passer l'hiver. Elle pond ses premiers œufs au printemps et élève elle-même la première génération d'ouvrières.

Chez Messor barbarus, la caste d'une femelle — reine ou ouvrière — ne dépend pas de la façon dont la larve a été nourrie, comme c'est le cas chez la plupart des fourmis. Elle dépend directement de ses parents.

Les populations étudiées en péninsule Ibérique sont en réalité composées de deux lignées génétiques distinctes, qu'on ne peut pas différencier à l'œil nu. Une reine qui s'accouple avec un mâle de sa propre lignée produira des filles qui deviendront reines. Si elle s'accouple avec un mâle de l'autre lignée, ses filles seront génétiquement condamnées à devenir ouvrières, quel que soit leur régime alimentaire[3].

Une même reine, fécondée par plusieurs mâles lors du vol nuptial, peut ainsi produire à la fois des ouvrières (accouplements croisés) et, plus tard, de futures reines (accouplements au sein de la même lignée). Ce phénomène, appelé « hybridogenèse sociale », a été confirmé sur treize populations réparties sur toute l'aire de répartition de l'espèce, ce qui suggère qu'il ne s'agit pas d'une anomalie locale mais bien du mode de reproduction normal de l'espèce[4]. Une hypothèse pour l'expliquer : les Messor sont exclusivement granivores et ne peuvent donc pas moduler l'alimentation des larves comme le font par exemple les abeilles pour fabriquer une reine — la seule option qui leur reste pour distinguer génétiquement les deux castes est de jouer sur qui s'accouple avec qui.

Le même système a depuis été retrouvé chez deux autres espèces du genre, Messor structor et Messor ebeninus, mais pas chez Messor capitatus[5].

Relations avec l'Homme

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Messor barbarus est l'une des espèces les plus élevées par les myrmécologues amateurs en Europe en raison de :

  • son polymorphisme spectaculaire ;
  • sa facilité d'observation ;
  • son comportement de récolte des graines.

L'espèce ne présente pas de danger particulier pour l'être humain. Les ouvrières possèdent un aiguillon fonctionnel mais les piqûres sont peu fréquentes et généralement bénignes.

Galerie

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Notes et références

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  1. Eric Provost et Philippe Cerdan, « Experimental Polygyny and Colony Closure in the Ant Messor barbarus (L.) (Hym. Formicidae) », Behaviour, vol. 115, nos 1/2, , p. 114–126 (ISSN 0005-7959, lire en ligne, consulté le )
  2. Gómez & Abril (2012, Myrmecological News 16)
  3. (en) Victoria Norman, Hugo Darras, Christopher Tranter, Serge Aron et William O. H. Hughes, « Cryptic lineages hybridize for worker production in the harvester ant Messor barbarus », Biology Letters, vol. 12, no 11, (DOI 10.1098/rsbl.2016.0542)
  4. (en) Jonathan Romiguier et al., « Convergent evolution of social hybridogenesis in Messor harvester ants », Molecular Ecology, vol. 26, no 2, , p. 465–470 (DOI 10.1111/mec.13899)
  5. (en) Jonathan Romiguier et al., « Convergent evolution of social hybridogenesis in Messor harvester ants », Molecular Ecology, vol. 26, no 2, , p. 465–470 (DOI 10.1111/mec.13899)

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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