Microforêt
Une microforêt (aussi orthographié comme micro-forêt, pocket forest en anglais) est créée en plantant diverses espèces d'arbres et d'arbustes indigènes à proximité les unes des autres, généralement pour restaurer rapidement les espèces végétales indigènes dans les écosystèmes endommagés. Alors que les forêts se développent naturellement en passant par une phase primaire puis une phase secondaire avant d'atteindre leur stade climax, les microforêts sont créées par une plantation dense d'espèces en phase climax qui croissent rapidement du fait de leur compétition pour la lumière du soleil.

Les microforêts ont été adoptées par certains écologues comme un moyen de reboiser les espaces urbains et de sensibiliser les urbains aux écosystèmes forestiers indigènes. Cet intérêt croissant pour les microforêts est inspiré des travaux du botaniste japonais Akira Miyawaki, dont les « forêts de Miyawaki » ont influencé le développement de diverses méthodologies de création de microforêts adaptées à différents climats et contraintes spatiales.
Méthodes
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Plusieurs protocoles de préparation des sites et des plantations ont été mis au point. Ils partagent les principes fondamentaux de la méthode Miyawaki. [réf. nécessaire]
À titre d'illustration, voici un exemple de méthodologie :
La zone à planter est d'abord recouverte d'une couche de carton, puis de 3–6 couches de papier. On recouvre la zone de compost ou de copeaux de bois et elle est laissée s'acclimater aux conditions d'humidité locales pendant plusieurs mois. On y plante ensuite des jeunes plants d'un an, issus de pépinière et espacés d'environ 60 cm d'écart[1]. Toute la surface doit être plantée simultanément avec une variété d'espèces indigènes afin qu'aucun jeune plant de la même espèce ne soit adjacent à un autre[2],[1]. L'arrosage est inutile pour les plantes indigènes acclimatées à l'environnement local ; toutefois, un arrosage pendant les premières années suivant la plantation, et pendant les périodes de sécheresse, réduit la mortalité des plants[3],[1]. Les microforêts plantées à une densité supérieure à celle des forêts commerciales utilisent un éclairage de bordure en plus de l'éclairage zénithal pour croître plus rapidement tout en absorbant davantage de dioxyde de carbone par hectare[4].
Pour créer une microforêt, il faut au minimum trois espèces différentes de jeunes plants en pépinière. La disposition ci-dessous des espèces A, B et C illustre une disposition qui permet d'éviter la plantation d'espèce identique côte à côte.
A B C A B C A B C A B C A
Exemples de réalisation
modifierEn Belgique
modifier- Une microforêt de 20 espèces a été plantée en 2022 sur une surface de 700 m2 dans la ville de Bruxelles[5].
En France
modifier- Une microforêt urbaine à Rennes, sur le campus universitaire de Villejean[6]
- Une microforêt urbaine à Paris, sur la place de Catalogne[7]
Au Canada
modifierAux États-Unis d'Amérique
modifier- La nation Yakama a planté sept microforêts abritant 47 espèces au total, soit plus de 2 000 m2 dans leur établissement correctionnel et de réadaptation[8].
- Une forêt de Miyawaki a été plantée sur une décharge à Cambridge, dans le Massachusetts, dans le cadre du parc Danehy[9].
- Une forêt d'environ 100 m2 a été plantée dans le cadre du Griffith Park à Los Angeles[9].
- Plusieurs forêts de Miyawaki ont été plantées à Berkeley, en Californie[2].
- La ville d'Ayer, dans le Massachusetts, a organisé des bénévoles de la communauté pour planter une petite forêt[10].
Dans le reste du monde
modifierAvantages de la méthode
modifierLa microforêt plantée selon la méthode Miyawaki présente, selon ses défenseurs, l'avantage d'accélérer l'implantation d'une forêt. Ainsi la plantation serait considérée comme autonome au bout de trois ans, et elle pourrait ressembler à une forêt mature en une vingtaine d'années, ce qui réduirait d'un facteur de cinq à dix la durée généralement constatée pour une forêt « classique »[12].
Critiques et limites
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Des spécialistes de la foresterie ont constaté que, dans les années 2020, des affirmations non fondées selon lesquelles la forêt de Miyawaki croît dix fois plus vite que les autres techniques de reboisement se sont répandues sur les réseaux sociaux et les sites web[13]. Cette affirmation pourrait confondre des successions écologiques plus rapides, documentées, avec les taux de croissance globaux[13].
La promotion systématique de la méthode Miyawaki a également été critiquée pour son incapacité à prendre en compte les caractéristiques spécifiques du site, telles que le climat et le sol locaux[13]. La méthode de la forêt Miyawaki est considérée comme coûteuse, notamment dans les régions au climat méditerranéen où l'entretien nécessite des ressources en eau importantes et où certaines plantes peuvent souffrir de photoinhibition[13]. La technique Miyawaki est jugée irréalisable pour les grandes surfaces[13]. Une forêt Miyawaki peut aboutir à une communauté végétale désorganisée, présentant peu d'intérêt paysager[13].
D'autres critiques portent sur le vocabulaire de forêt qui peut induire en erreur : la microforêt n'est pas une véritable forêt en petit format car elle ne présente pas les mêmes services que peut offrir un écosystème forestier plus large. Elle offre certes des habitats pour certaines espèces animales, de la réduction de l'érosion des sols, un rafraîchissement de l'atmosphère, etc. mais elle n'offre pas la même diversité qu'une forêt primaire ou implantée par des méthodes traditionnelles[14].
On a reproché à la méthode Miyawaki d'avoir été promue à des fins lucratives, parfois dans le but de solliciter des fonds de responsabilité sociale des entreprises.[15],[13] Le concept est plus perçu comme marketing que comme scientifiqu par certaines écologues[16].
Miyawaki a mis au point cette méthode pour régénérer les sols forestiers en laissant les feuilles mortes et les brindilles se décomposer dans un écosystème humide de pourrissement du bois[17]. Ce processus peut s'avérer moins efficace dans les écosystèmes plus secs sujets aux incendies, où les nutriments sont recyclés sous forme de cendre.s[18],[19] La microforêt dense constitue un piège pour les braises transportées par le vent, la litière sèche au sol étant une source d'inflammation. La structure à plusieurs strates de cette forêt forme une barrière combustible augmentant les risques d'incendies de forêt en milieu urbain[20].
La forêt de Miyawaki a fait l'objet d'une controverse politique au Chili en 2025, lorsque les autorités politiques ont exigé la modification des zones vertes projetées à Santiago, en climat méditerranéen, afin d'y inclure cette forêt. Cette demande a été dénoncée par le politicien d'opposition Ignacio Briones comme étant « arbitraire et illégale », et la question a ensuite été débattue devant la Commission de l'environnement du Sénat chilien[21],[22].
Références
modifier- 1 2 3 (en) Basil Camu, From Wasteland to Wonder: Easy Ways We Can Help Heal Earth in the Sub/Urban Landscape, Raleigh, NC, 2nd, (ISBN 979-8-9900303-0-5)
- 1 2 (en) Hahn, « Budget Referral: Miyawaki "Pocket Forest" Pilot Program to Support Carbon Sequestration, Biodiversity, Cooling, Noise Reduction, Health, and Equity », Berkeley, California (consulté le )
- ↑ (en) « Strength in Numbers: The Basics of a Pocket Forest », Leaf & Limb (consulté le )
- ↑ (en) « Pocket forests: A growing idea finds a home in urban settings », Ferns & Feathers (consulté le )
- ↑ de Brabandère, « Tour & Taxis Forest », SUGi (consulté le )
- ↑ « Micro-forêt urbaine à Villejean. Université Rennes 2 », sur www.univ-rennes2.fr (consulté le )
- ↑ « Paris : une micro-forêt de 500 arbres a été inaugurée », sur franceinfo.fr, (consulté le )
- ↑ (en) Bryson, « Healing Forest », SUGi (consulté le )
- 1 2 (en) Cara Buckley, « Tiny Forests with Big Benefits », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Manoian, « Pocket Forest Planting Day », Ayer, Massachusetts (consulté le )
- ↑ « Pocket Forests », The Digital Hub (consulté le )
- ↑ Serge Muller, « Microforêts urbaines : que penser de la « méthode Miyawaki » ? », sur The Conversation, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (es) « Bosques Miyawaki: ¿Técnica basada en ciencia o sólo un producto del marketing? », Revista Mundo Forestal, , p. 20–30 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Annabel Porté et Bastien Castagneyrol, « Méthode Miyawaki : pourquoi les « microforêts » ne sont pas vraiment des forêts », sur The Conversation, (consulté le )
- ↑ (en) Giseburt, « Miyawaki forests are a global sensation, but not everyone's sold on them », Mongabay, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Annabel Porté et Bastien Castagneyrol, « Méthode Miyawaki : pourquoi les « microforêts » ne sont pas vraiment des forêts », sur The Conversation, (consulté le )
- ↑ (en-US) « 2,200 trees planted in Changunarayan forest », Himalayan News Service, (consulté le )
- ↑ Kloetzli, « Des forêts en ville? La méthode Miyawaki n'est pas la solution miracle », reporterre.net (consulté le )
- ↑ (en-US) « Restoring Mediterranean forests with the Miyawaki method » [archive du ], DG Environment News Alert Service, European Union, (consulté le )
- ↑ Loudermilk, O'Brien, Goodrick et Linn, « Vegetation's influence on fire behavior goes beyond just being fuel », Fire Ecology, Springer Open, vol. 18, no 1, , p. 9 (DOI 10.1186/s42408-022-00132-9, Bibcode 2022FiEco..18a...9L)
- ↑ (es) Martín Garretón, « Qué es la "técnica Miyawaki", la curiosa solicitud del seremi de Medio Ambiente a proyecto de terminal de buses », Emol, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (es) « Se secó antes de florecer: Los reparos del Senado al Jardín Miyasaki para terminal en San Bernardo », CNN Chile, (lire en ligne, consulté le )
Bibliographie
modifier- (en) Buckley, « Tiny Forests With Big Benefits », The New York Times, (consulté le )
- (en) Zeldovich, « The Miyawaki Method: A Better Way to Build Forests? », JSTOR Daily, (lire en ligne, consulté le )