Mihemed Arif Cizîrî
Mihemed Arif Cizîrî, ou Mihemed Arif Cizrawî, né en 1912 à Cizre et mort le à Duhok, est un dengbêj et chanteur kurde.
| Surnom | Mihemed Arif Cizrawî |
|---|---|
| Naissance |
Cizre, Empire ottoman |
| Décès |
Duhok, kurdistan irakien |
| Activité principale | Dengbêj, chanteur |
| Genre musical | Musique kurde, musique traditionnelle |
| Instruments | Voix, Tembûr |
il est un Dengbêj de la région du Botan, il se fait connaître au Kurdistan irakien, notamment grâce aux émissions en langue kurde de Radio Bagdad. Ses interprétations et ses enregistrements participent à la conservation et à la diffusion d'une partie du répertoire musical kurde du XXe siècle[1].
Biographie
modifierEnfance à Cizre
modifierMihemed Arif naît en 1912 à Cizre, alors située dans l'Empire ottoman. Son père, Arif Mihemed Kerîm, disparaît après avoir été mobilisé pendant la Première Guerre mondiale. Il grandit principalement auprès de sa mère, Edla Reşîd[1].
Sa mère est connue localement pour sa voix et sa connaissance des chants traditionnels et religieux. Mihemed Arif l'accompagne lors de mariages, de fêtes et de cérémonies au cours desquelles sont interprétés des chants, des poèmes religieux et le Mewlûd. Cet environnement familial constitue son premier contact avec la tradition vocale de Cizre[2].
Emprisonnement
modifierEn 1925, alors qu'il est âgé d'environ treize ans, Mihemed Arif est arrêté dans le contexte de la répression qui suit la révolte de Cheikh Saïd. Il est détenu à Diyarbakır jusqu'en 1929[3].
Il est arrêté à Istanbul avec le cheikh Ubeydullah qui a aussi mené une révolte et d'autres militants kurdes, puis condamné à mort avant que sa peine soit commuée en raison de son jeune âge[2]. Les circonstances précises de cette arrestation restent cependant mal documentées.
Après sa libération, il revient quelque temps à Cizre, où il travaille notamment comme porteur d'eau. Il commence parallèlement à interpréter des chants consacrés à des personnages et à des événements transmis par la mémoire orale locale[1].
Installation au Kurdistan irakien
modifierAu cours des années 1930, Mihemed Arif quitte Cizre et s'installe dans la région de Duhok. Il y exerce plusieurs activités afin de subvenir à ses besoins. Il aurait notamment tenu un petit établissement dans lequel il vendait de la nourriture ou du pain pendant la journée et chantait le soir avec ses proches[1].
Après son service militaire, il travaille comme circonciseur itinérant dans les villages de la région. Selon ses biographes, ses déplacements lui permettent de recueillir des chants, des mélodies et des récits auprès des populations locales[1].
Il se marie en 1932 et a deux enfants, un fils nommé Kerîm et une fille nommée Asiya[2].
Carrière musicale
modifierDans les années 1940, sa réputation dépasse progressivement la région de Duhok. Vers 1946 ou 1947, il dirige un ensemble interprétant notamment des chants religieux et le Mewlûd. Il se rend ensuite à Bagdad, où il enregistre ses musiques[1].
À Bagdad, il fréquente plusieurs figures de la musique kurde, parmi lesquelles Elî Merdan, Hesen Zîrek, Tahir Tofiq, Meryem Xan, Hesen Cizîrî, Fewziye Mihemed et Nesrîn Şêrwan[1].
Il participe également avec Meryem Xan pour le studio d'enregistrement Ebul Qelbe[2].
Les sources divergent sur la date à laquelle Mihemed Arif commence à travailler pour les émissions kurdes de Radio Bagdad. Certaines donnent l'année 1939[2], tandis que d'autres situent son arrivée à la radio en 1949[1].
Ses prestations radiophoniques contribuent à diffuser son répertoire auprès d'un public kurdophone plus large. Des chants comme Xezal, Xirabû, Suwaro, Pismamo et Koçerê comptent parmi ses interprétations les plus connues[1].
En 1966, il se rend au Koweït, où il participe à plusieurs représentations avec des artistes arabes. Il se produit ensuite à Qamichli en 1968, puis participe en 1970 à des célébrations de Newroz organisées à Kirkouk, Souleimaniye et Erbil. En 1973, il se rend également au Liban avec les artistes Gulbahar et Îsa Berwarî[1].
Il prend sa retraite de Radio Bagdad en 1974, tout en continuant à chanter lors de réunions privées et de manifestations culturelles[1].
En 1978, il rencontre la chanteuse Ayşe Şan à Duhok. Les deux artistes participent avec Îsa Berwarî à un enregistrement amateur réalisé au domicile de ce dernier[1].
Mort
modifierAprès une période de maladie, Mihemed Arif Cizîrî meurt le 17 décembre 1986 à l'hôpital Azadî de Duhok, à l'âge de 74 ans. Il est inhumé au cimetière de Şaxkê, dans la même ville[1].
Œuvre
modifierMihemed Arif Cizîrî appartient à la tradition des dengbêjs, fondée sur la transmission orale de chants, de récits historiques, d'histoires d'amour et de souvenirs collectifs. Son répertoire aborde notamment l'amour, la séparation, la vie rurale, les conflits, les figures héroïques et l'attachement au pays[2].
Il interprète des chants issus du patrimoine oral ainsi que des compositions qui lui sont attribuées. Ses activités de chanteur, de collecteur et d'interprète radiophonique contribuent à fixer sur disque et sur bande magnétique un répertoire auparavant transmis principalement de manière orale[4].
Le nombre exact de ses enregistrements varie selon les sources. L'Ansîklopediya Kurdistanê lui attribue 36 disques et plus de 300 chants enregistrés pour la radio et la télévision de Bagdad. De nombreuses prestations réalisées lors de fêtes et de soirées auraient également circulé sur cassette[1].
La page Wikipédia en kurde et le texte de Siyamend Terbî évoquent environ 1 200 enregistrements et 60 cassettes[3], mais ce nombre pourrait inclure plusieurs versions d'un même chant ainsi que des captations privées.
Parmi les chants qu'il a interprétés ou contribué à populariser figurent notamment :
- Xezal ;
- Xirabû ;
- Suwaro ;
- Pismamo ;
- Ez Xezal im ;
- Bêrîvanê ;
- Befir Barî ;
- Babê Fexrê ;
- Hesenîko ;
- Çiyayê Şengalê ;
- Koçerê ;
- Gulê Mehromê ;
- Şevên Nîsanê ;
- Diyarbekir ;
- Çiyayê Kurdistanê[1].
Postérité
modifierMihemed Arif Cizîrî est présenté par plusieurs auteurs comme l'une des figures importantes de la tradition musicale kurde du XXe siècle. La diffusion de ses enregistrements par Radio Bagdad permet à son répertoire d'être entendu dans plusieurs régions kurdophones[4].
Plusieurs artistes kurdes des générations suivantes l'ont cité parmi leurs influences. Le chanteur Delîl Dîlanar le mentionne notamment parmi les dengbêjs qui ont marqué sa formation musicale[5].
Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de plusieurs publications, notamment une biographie de Sekvan Evdilhekîm publiée à Bagdad en 1986, un ouvrage d'Ehmed Cizîrî paru en 1992 et une étude réalisée en 2012 au département de musique de l'université Salahaddin[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 (ku) « Mihemed Arif Cizîrî », sur Ansîklopediya Kurdistanê (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (tr) « Kürt müziğine onlarca eser kazandırdı: Mihemed Arif Cizrawî'nin ölümünün üzerinden 37 yıl geçti », sur Yeni Yaşam, (consulté le )
- 1 2 (ku) « Ji girtîgeh û avkêşiyê heya efsaneya Mihemed Arifê Cizîrî » [archive du ], sur Azadiya Welat, (consulté le )
- 1 2 « Document consacré à Mihemed Arif Cizîrî » [PDF], sur Bibliothèque numérique kurde, Institut kurde de Paris (consulté le )
- ↑ (ku) « Entretien avec Delîl Dîlanar », sur Rudaw, (consulté le )
Bibliographie
modifier- (ku) Sekvan Evdilhekîm, Mihemed Arif Cizîrî: Kewê Ribat, Bagdad,
- (ku) Ehmed Cizîrî, Mihemed Arifê Cizîrî: Stranbêjê Mirovperwer, Bagdad,
- (ku) Karker Abid Silêman, Mihemed Arif Cizîrî: Jiyan û Berhem, Université Salahaddin, département de musique,