Mines d'argent des rois francs
Mines d'argent de Melle
Les mines d'argent de Melle sont un ancien district minier situé à Melle, dans les Deux-Sèvres (région Nouvelle-Aquitaine, France). Exploitées principalement du VIIe siècle à la fin du Xe, elles comptent parmi les plus importantes exploitations argentifères de l'Empire carolingien[1].
Le minerai exploité est la galène argentifère, un sulfure de plomb contenant de faibles quantités d'argent. Son extraction et sa transformation alimentent une activité métallurgique importante, associée à la production de monnaies, notamment de deniers et d'oboles[1].
Les vestiges miniers et métallurgiques font l'objet de recherches archéologiques, notamment depuis les années 1990. Une partie des galeries est aujourd'hui aménagée pour la visite sous le nom de « mines d'argent des rois francs ».
Localisation et géologie
modifierLe district minier de Melle se situe dans le sud du département des Deux-Sèvres, à la limite des bassins sédimentaires aquitain et parisien. Le minerai exploité est la galène, un sulfure de plomb contenant de l'argent, dont la teneur est estimée à environ 0,2 % de la masse du minerai[2].
Le gisement, présent dans les formations calcaires du sous-sol, occupe une superficie estimée à 47 km2. Les prospections archéologiques ont cependant identifié des traces d'exploitation sur une superficie plus restreinte, d'environ 7 km2[2].
Les travaux publiés en 2003 estiment les réserves du gisement à 14 000 tonnes d'argent et 750 000 de plomb. Ces valeurs correspondent à des estimations des ressources métalliques et non aux quantités effectivement extraites durant le haut Moyen Âge[1].
Histoire de l'exploitation
modifierOrigines et développement
modifierLa découverte du gisement argentifère de Melle pourrait remonter au VIe siècle. Son exploitation prend un essor important dans la seconde moitié du VIIe siècle, avant de connaître son apogée aux VIIIe et IXe siècles, durant la période carolingienne[2].
Le développement des mines accompagne l'importance croissante de l'argent dans les échanges et la production monétaire du monde franc. Melle devient alors l'un des principaux centres d'extraction argentifère de l'Empire carolingien[1].
Organisation de la production
modifierL'exploitation minière repose sur une succession d'opérations techniques comprenant l'extraction, le concassage et l'enrichissement du minerai, puis sa transformation métallurgique.
Les recherches archéologiques ont mis en évidence plusieurs ateliers spécialisés. À Melle, le site des Boulitotes était consacré à l'enrichissement du minerai, tandis que l'atelier du Triangle, situé sur le territoire de Sepvret, assurait différentes opérations métallurgiques[3],[4].
La production melloise ne se limitait pas à l'argent. Elle comprenait également du plomb et du verre, trois produits issus de la chaîne de transformation du minerai argentifère[2].
Déclin et abandon
modifierL'activité minière décline au cours du Xe siècle et finit par cesser. Contrairement à d'autres districts miniers européens, le gisement de Melle ne fait pas l'objet d'une reprise importante de son exploitation au cours des siècles suivants.
Cette absence de réexploitation contribue à la préservation des galeries et des vestiges techniques du haut Moyen Âge, qui constituent aujourd'hui un ensemble particulièrement intéressant pour l'archéologie minière[1].
Rôle économique et monétaire
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Un centre majeur de production d'argent
modifierLes mines de Melle jouent un rôle important dans l'approvisionnement en argent du monde franc au haut Moyen Âge. Leur développement accompagne l'essor du monnayage d'argent, notamment après les réformes monétaires carolingiennes.
La ville possède un atelier monétaire dès l'époque mérovingienne. Celui-ci devient l'un des principaux centres de frappe monétaire au IXe siècle, produisant notamment des deniers et des oboles. Les monnaies frappées au nom de Melle circulent dans différentes régions de l'Empire carolingien et au-delà[1].
- Deniers attribués à l'atelier monétaire de Melle sous trois souverains carolingiens.
- Denier de Charlemagne (768-814).
- Denier de Louis le Pieux (814-840).
- Denier de Charles le Chauve (843-877).
Une étude publiée en 2024 dans la revue Antiquity souligne toutefois que, malgré son importance, la production argentifère de Melle ne suffisait pas à approvisionner l'ensemble des ateliers monétaires de l'Empire carolingien[5].
Origine et recyclage de l'argent monétaire
modifierLa relation entre les mines de Melle et l'atelier monétaire local a fait l'objet de nouvelles recherches archéométriques.
Dans une étude publiée en ligne en 2024 dans la revue Archaeometry, le chercheur Guillaume Sarah analyse la composition de près de 2 000 monnaies d'argent couvrant les périodes mérovingienne, carolingienne et féodale. L'analyse des éléments traces, notamment l'or et le bismuth, permet de comparer les signatures chimiques des monnaies à celles de l'argent extrait à Melle.
Les résultats montrent qu'une partie des monnaies frappées à Melle au IXe siècle ne présente pas les caractéristiques chimiques attendues de l'argent provenant du gisement local. L'atelier monétaire aurait ainsi utilisé, parallèlement à la production minière melloise, des stocks d'argent issus du recyclage et de l'affinage de monnaies provenant d'autres régions[6].
Ces résultats nuancent l'idée selon laquelle l'ensemble des monnaies frappées à Melle provenait directement de l'exploitation du minerai local.
Prolongement du monnayage après l'exploitation minière
modifierÀ partir du Xe siècle, l'affaiblissement de l'autorité carolingienne favorise l'autonomie des pouvoirs territoriaux. Les comtes de Poitou poursuivent la frappe de monnaies au nom de Melle, en conservant des types monétaires relativement stables pendant environ deux siècles.
La poursuite de cette production monétaire après le déclin de l'exploitation minière témoigne de la distinction entre l'activité extractive du district et l'histoire de l'atelier monétaire[6].
Techniques minières et métallurgiques
modifierExtraction par abattage au feu
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La principale technique d'extraction utilisée à Melle est l'abattage au feu. Elle consiste à chauffer la roche au moyen de foyers afin de faciliter sa fragmentation et le creusement des galeries.
Les études archéologiques ont identifié des traces de foyers et des résidus de combustion permettant de reconstituer les méthodes de travail des mineurs. Des expérimentations réalisées dans les galeries ont notamment permis d'étudier l'emploi de fagots et de mieux comprendre les formes laissées par cette technique d'extraction[4].
Préparation et lavage du minerai
modifierAprès son extraction, le minerai est concassé puis enrichi afin de séparer les matériaux utiles d'une partie de la gangue.
Des fouilles réalisées en 1996 et 1997 au lieu-dit Les Boulitotes ont mis au jour un atelier d'enrichissement du minerai. Quarante-six fosses, réparties en huit types, ont été identifiées. Elles témoignent de l'organisation des différentes étapes du traitement du minerai. Des tables de broyage et des résidus de lavage ont également été découverts[3].
Fusion et production de l'argent
modifierLa transformation de la galène argentifère nécessite plusieurs opérations métallurgiques permettant d'obtenir du plomb contenant de l'argent, puis de séparer les deux métaux.
Cette dernière opération repose notamment sur la coupellation, procédé au cours duquel le plomb est oxydé afin d'isoler l'argent métallique[1].
Les fouilles de l'atelier métallurgique du Triangle, sur le territoire de Sepvret, ont révélé un ensemble de structures liées au traitement du minerai. Le site, dont l'étendue dépasse trois hectares, présente notamment des vestiges de fusion et de retraitement des scories. Son fonctionnement est situé entre environ 850 et 900[4].
Recherches archéologiques
modifierLes mines de Melle ont fait l'objet de campagnes de prospection, de relevés souterrains, de fouilles et d'analyses archéométriques.
Dans les années 1990, un programme de recherche consacré à la production de l'argent à l'époque carolingienne permet notamment d'étudier le réseau minier, les ateliers d'enrichissement du minerai et les installations métallurgiques[3].
Les travaux dirigés par l'archéologue Florian Téreygeol ont également recours à l'archéologie expérimentale pour reconstituer les techniques d'extraction et de transformation du minerai[4].
L'analyse des charbons de bois archéologiques contribue à la compréhension des combustibles utilisés et des relations entre l'activité minière et les ressources forestières[1].
Patrimoine et valorisation touristique
modifierUne partie des anciennes galeries est aménagée pour accueillir le public sous le nom de « Mines d'argent des rois francs ». Situé rue du Pré du Gué à Melle, le site propose des visites guidées permettant de découvrir les vestiges de l'exploitation souterraine et les techniques employées par les mineurs du haut Moyen Âge[7].
Le parcours présente notamment les techniques d'extraction par dépilage par le feu, le traitement de la galène argentifère et les procédés métallurgiques permettant d'obtenir du plomb et de l'argent. Des démonstrations et des reconstitutions expliquent également la fabrication des monnaies à l'époque carolingienne[7].
Plateforme d'archéologie expérimentale
modifierInaugurée en 2007, la plateforme d'archéologie expérimentale des mines d'argent de Melle prolonge des recherches engagées en 1996. Elle résulte d'un partenariat entre le CNRS, la ville de Melle et l'association des mines de Melle.
La gestion scientifique est assurée par l'archéologue Florian Téreygeol, chercheur au CNRS et membre de l'Institut de recherche sur les archéomatériaux (IRAMAT). La plateforme permet de reproduire et d'étudier les techniques anciennes de production des métaux et de fabrication monétaire[8].
Elle comprend notamment un espace consacré à la chaîne opératoire de production de l'argent au haut Moyen Âge, des installations de fusion et de coupellation, un atelier de fabrication monétaire ainsi que plusieurs espaces expérimentaux dédiés à d'autres métallurgies anciennes.
Des campagnes d'expérimentation sont régulièrement organisées avec des chercheurs et des spécialistes de l'archéométallurgie. Elles contribuent à la fois à la recherche scientifique et à la valorisation du patrimoine minier de Melle[8].
- Coulée du métal en fusion dans un moule lors d'une expérimentation de fabrication monétaire à Melle.
- Démoulage des pièces métalliques obtenues après la coulée, lors de la même expérimentation.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Florian Téreygeol et Claude Dubois, « Mines et métallurgie carolingienne à Melle (Deux-Sèvres) : l'apport des charbons de bois archéologiques », Archéologie médiévale, vol. 33, , p. 91-102 (DOI 10.3406/arcme.2003.1609, lire en ligne)
- 1 2 3 4 Florian Téreygeol, Guillaume Sarah et Bernard Gratuze, « D'argent, de verre et de plomb : maximisation de la production et économie de pénurie dans les mines de Melle au haut Moyen Âge », sur casadevelazquez.org (consulté le )
- 1 2 3 Florian Téreygeol, « Melles (Deux-Sèvres). Étude de la production de l'argent à l'époque carolingienne dans le district minier de Melle », Archéologie médiévale, vol. 28, , p. 320-321 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 Florian Téreygeol, « Melle (Deux-Sèvres). Étude de la production de l'argent à l'époque carolingienne dans le district minier de Melle », Archéologie médiévale, vol. 29, , p. 379 (lire en ligne)
- ↑ (en) « Byzantine plate and Frankish mines: the provenance of silver in north-west European coinage during the long eighth century (c. 660–820) », Antiquity, vol. 98, no 398, , p. 502-517 (DOI 10.15184/aqy.2024.33)
- 1 2 (en) Guillaume Sarah, « Melle but not Melle? A mine’s mint as a hub for Carolingian silver coinage recycling », Archaeometry, vol. 68, no Suppl. 4, , S39-S55 (DOI 10.1111/arcm.13041)Publié en ligne le 20 novembre 2024
- 1 2 « Mines d'argent des rois francs », sur mines-argent.com (consulté le )
- 1 2 « Archéologie expérimentale », sur Mines d'argent des rois francs (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Florian Téreygeol et Claude Dubois, « Mines et métallurgie carolingienne à Melle (Deux-Sèvres) : l'apport des charbons de bois archéologiques », Archéologie médiévale, vol. 33, , p. 91-102 (DOI 10.3406/arcme.2003.1609)
- Florian Téreygeol, « Melles (Deux-Sèvres). Étude de la production de l'argent à l'époque carolingienne dans le district minier de Melle », Archéologie médiévale, vol. 28, , p. 320-321
- Florian Téreygeol, « Melle (Deux-Sèvres). Étude de la production de l'argent à l'époque carolingienne dans le district minier de Melle », Archéologie médiévale, vol. 29, , p. 379
- (en) Guillaume Sarah, « Melle but not Melle? A mine’s mint as a hub for Carolingian silver coinage recycling », Archaeometry, vol. 68, no Suppl. 4, , S39-S55 (DOI 10.1111/arcm.13041)
- (en) « Byzantine plate and Frankish mines: the provenance of silver in north-west European coinage during the long eighth century (c. 660–820) », Antiquity, vol. 98, no 398, , p. 502-517 (DOI 10.15184/aqy.2024.33)