Un miroir spatial désigne l'équipement d'un satellite artificiel servant à renvoyer les rayons lumineux du Soleil vers la Terre. Imaginé dans les années 1920, le concept donne lieu à de premières réalisations, dans les années 1990, par l'agence spatiale russe. Il est repris dans les années 2020 par une entreprise privée américaine, qui obtient en 2026 l'autorisation de lancer un satellite équipé d'un prototype. Son projet est de déployer ensuite une constellation de 50 000 unités à l'horizon 2035.

Histoire

modifier

Dans son ouvrage paru en 1923, Die Rakete zu den Planetenräumen, le physicien Hermann Oberth évoque l'utilisation de miroirs géants placés dans l'espace pour réfléchir les rayons du Soleil vers la Terre.

L'idée est concrétisée par Roscomos dans le cadre du projet Znamia qui conduit à une expérience en 1993.

L'entreprise américaine Reflect Orbital (en) est créée dans les années 2020 dans le but spécifique de fournir, par ce biais, de la lumière et de l'énergie solaire sur la Terre durant la nuit[1].

En juillet 2026, l'entreprise obtient, de la part de la Commission fédérale des communications, l'autorisation de lancer un premier satellite[2]. Le projet porte sur le déploiement à 600 km d'altitude d'un miroir carré de 18 m de côté, réfléchissant la lumière sur une zone de 5 km2[3]. Reflect Orbital a pour ambition de mettre en place par la suite une constellation de 50 000 unités à l'horizon 2035, ce qui, selon elle, permettrait de tripler la production d'électricité d'origine solaire mondiale et de fournir notamment des prestations de jeux de lumière à but événementiel. Le projet est soutenu par l'armée de l'air américaine, afin de fournir, sur demande, un éclairage pour des champs d'opération militaire et de l'énergie de nuit[4].

Controverses

modifier
Simulation réalisée par l'ESO entre, à gauche, le ciel observé par le VLT et, à droite, ce qui serait observé si la constellation de 50 000 miroirs de Reflect Orbital était déployé.

Tony Tyson (en), professeur de recherche émérite à UC Davis et directeur scientifique de l'observatoire Vera-C.-Rubin, critique, en juin 2026, le projet de Reflect Orbital en soulignant qu'il va répandre une intensité lumineuse diffuse sur une trop grande surface du fait de l'utilisation de films de faible épaisseur, et qu'il est « encore plus fou » que celui des constellations de satellites de télécommunication[5].

L'Observatoire européen austral fait savoir, en juillet 2026, que la présence de miroirs dans l'espace est une grave menace pour les observations astronomiques depuis la Terre, à cause de la pollution lumineuse générée[6]. Yaël Nazé reprend les mêmes arguments en soulignant aussi les effets néfastes sur la biodiversité d'un tel projet[7].

Des scientifiques de Princeton et l'université de Bratislava manifestent également leur inquiétude en août. Ils exposent qu'un miroir, dans la version standard de 54 m prévue, générerait, notamment par la diffusion Rayleigh, des perturbations lumineuses sur une trentaine de km[8].

Références

modifier
  1. ↑ (en) Jung-ho, « US Startup Plans to Launch Giant Mirrors Into Space to Sell Sunlight », sur ustechtimes.com, (consulté le )
  2. ↑ (en) « GRANT Reflect Orbital Inc. ICFS File No: SAT-LOA-20250701-00129 », sur docs.fcc.gov, (consulté le )
  3. ↑ « Des miroirs dans l'espace pour éclairer la nuit », Sciences et Avenir, no 955,‎ , p. 7
  4. ↑ Jean-Baptiste Breen, « Une constellation de satellites controversée promet d’éclairer la Terre pendant la nuit », sur rfi.fr, (consulté le )
  5. ↑ (en) Chris Martin, « FCC approves Reflect Orbital’s space mirror satellite for testing », sur eciks.org, (consulté le )
  6. ↑ (en) ESO, « "Beyond the limit": one million satellites and mirrors in space pose grave threat to the night sky », sur eso.org, (consulté le )
  7. ↑ Miguel Allo, « Éclairer la Terre depuis l’espace : le projet audacieux de Reflect Orbital face à la pollution lumineuse et aux alertes scientifiques », sur rtbf.be, (consulté le )
  8. ↑ (en) Miroslav Kocifaj, Gáspár Á. Bakos, František Kundracik, « Atmospheric Light Pollution by Proposed Reflect Orbital Space Mirrors », sur arxiv.org, (consulté le )