Miroslav Kvočka
Miroslav Kvočka (né le ) est un ancien policier serbe de Bosnie, reconnu coupable par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de persécution, de meurtre et de torture, constitutifs de crimes contre l’humanité et de violations des lois et coutumes de la guerre, commis au camp de concentration d’Omarska à Prijedor, en Bosnie-Herzégovine, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.
| Naissance | |
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| Activité |
Fonctionnaire de police |
| Condamnation |
Crimes contre l'humanité, violations des lois et coutumes de la guerre |
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Biographie
modifierMiroslav Kvočka est né à Prijedor, en Bosnie-Herzégovine, alors partie de la Yougoslavie. Il grandit dans la région et travaille avant la guerre comme policier au sein des forces de police locales.
À la fin du mois de mai 1992, au début de la guerre de Bosnie-Herzégovine, il est affecté au camp d’Omarska, un centre de détention où sont internés principalement des civils bosniaques et croates de la région de la Bosanska Krajina.
Selon les conclusions du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Kvočka occupait de facto une fonction équivalente à celle de commandant adjoint du service de garde du camp.
Guerre de Bosnie-Herzégovine
modifierAvant la guerre, la population de la municipalité de Prijedor était majoritairement composée de Bosniaques musulmans. Malgré cette majorité, les dirigeants politiques serbes de Bosnie considéraient la région comme faisant partie du territoire destiné à être intégré à un futur État serbe en Bosnie-Herzégovine.
Le 30 avril 1992, le Parti démocratique serbe (SDS), soutenu par les forces de police locales et des unités de l’Armée populaire yougoslave (JNA), prend le contrôle de la ville de Prijedor. Les principaux bâtiments administratifs et stratégiques sont rapidement occupés par les forces serbes.
À la suite de cette prise de contrôle, les populations non serbes de la municipalité sont victimes de discriminations, de violences et d’arrestations massives.
Après la transformation de la JNA en Armée de la République serbe de Bosnie (VRS) le 20 mai 1992, plusieurs villages majoritairement bosniaques ou croates de la région de Prijedor sont attaqués et leurs habitants arrêtés lors d’opérations de rafle.
Selon les conclusions du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), le 23 mai 1992, les forces serbes prennent le contrôle du village de Hambarine, majoritairement peuplé de Bosniaques musulmans, entraînant le déplacement d’environ 20 000 non-Serbes. Le lendemain, une offensive est lancée contre la ville de Kozarac, située dans une zone également majoritairement bosniaque musulmane, où vivaient environ 27 000 musulmans bosniaques dans la ville et sa grande banlieue. La population non serbe est ensuite soumise à des opérations d’expulsion et de détention[1].
Selon le jugement, des messages diffusés par radio ordonnent aux habitants musulmans de marquer leurs habitations avec un drap blanc, de porter un ruban blanc au bras et de se rassembler dans le centre de la ville afin de signaler leur soumission aux autorités serbes. Plusieurs témoins ont indiqué avoir observé des victimes et des corps lors de leur déplacement vers les points de rassemblement[1]. Les hommes en âge de combattre sont séparés des femmes, des enfants et des personnes âgées. Ils sont d’abord conduits au commissariat de police de Prijedor, puis transférés en bus vers les camps de détention d’Omarska et de Keraterm.
Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont généralement transférés au camp de Trnopolje. Les responsables politiques, intellectuels et représentants des communautés non serbes sont également arrêtés et internés dans ces centres de détention[2].
Camp d’Omarska
modifierLe camp d’Omarska était un centre de détention situé près de Prijedor, où étaient internés des civils bosniaques et croates arrêtés dans la région.
Kvočka y travaille à partir de la fin du mois de mai 1992 comme membre du personnel de sécurité. Selon le TPIY, il occupait un rang équivalent à celui de commandant adjoint des gardiens du camp.
Entre le 29 mai et le 23 juin 1992, le camp est le théâtre de détentions massives, de violences physiques et psychologiques, de tortures et de meurtres de détenus civils.
Le tribunal a établi que Kvočka a participé à des persécutions pour des motifs politiques, raciaux et religieux, constitutives de crimes contre l’humanité. Il a également été reconnu coupable de meurtre et de torture en tant que violations des lois et coutumes de la guerre.
Les juges ont estimé qu’il avait connaissance des violences systématiques commises dans le camp et qu’il avait, à plusieurs reprises, toléré ou ignoré ces actes. Sa présence régulière sur les lieux démontrait qu’il était conscient des sévices infligés aux détenus.
Le camp d’Omarska est fermé à la fin du mois d’août 1992 à la suite de la médiatisation internationale de son existence, notamment après les reportages des journalistes Ed Vulliamy[3] et Roy Gutman[4].
Procès
modifierMiroslav Kvočka est inculpé par le TPIY puis arrêté en 1998 par la Force de stabilisation (SFOR) avant d’être transféré à La Haye.
Son procès se déroule avec plusieurs coaccusés liés aux camps de détention de la région de Prijedor.
En 2001, il est reconnu coupable de persécution, meurtre et torture en tant que crimes contre l’humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre. Il est condamné à sept ans d’emprisonnement. Sa condamnation est confirmée en appel et il est libéré en 2005 après avoir purgé sa peine.
Le TPIY considère que Kvočka a participé, en tant que coauteur dans le cadre d’une entreprise criminelle commune, à l’administration du camp d’Omarska.
Ses coaccusés sont également condamnés :
- Dragoljub Prcać, auxiliaire administratif auprès du commandant du camp d’Omarska, est condamné à cinq ans d’emprisonnement ;
- Milojica Kos, chef d’une équipe de gardiens au camp d’Omarska, est condamné à six ans ;
- Mlađo Radić, chef d’une équipe de gardiens au camp d’Omarska, est condamné à vingt ans ;
- Zoran Žigić, gardien lié aux camps de Keraterm, Omarska et Trnopolje, est condamné à vingt-huit ans d’emprisonnement[5]
Références
modifier- 1 2 ICTY, « Le Procureur c/ Miroslav Kvočka, Milojica Kos, Mlađo Radić, Zoran Žigić, Dragoljub Prcać, jugement »,
- ↑ ICTY, « Rapprochement avec les communautés locales - Prijedor, Bosnie-Herzégovine »
- ↑ (en) Ed Vulliamy, « Shame of camp Omarska »,
- ↑ Roy Gutman, Bosnie : Témoin du génocide, Desclée de Brouwer, (ISBN 978-2-220-03551-2), p. 115-136,158-197, 216-236, 267-272
- ↑ ICTY, « Kvočka et consorts, « Camps d’Omarska, de Keraterm et de Trnopolje » (IT-98-30/1), fiche informative »