Misothéisme

Haine ressenti envers Dieu (ou les dieux); hostilité envers Dieu (ou les dieux)

Le misothéisme (littéralement, haine de Dieu ou haine des dieux) désigne le fait d'avoir une animosité personnelle envers Dieu dans sa conception monothéiste[1] ou polythéiste, souvent née de sentiments concernant le mal et la souffrance, remettant en question le culte d'une divinité potentiellement existante.

Distinctions

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Il diffère de l'athéisme (absence de croyance en l'existence de dieux) et de l'antithéisme (opposition à la croyance en l'existence de dieux), car le misothéisme suppose que la personne qui le manifeste croit en l'existence d'un ou plusieurs dieux.

Le misothéisme ne va pas remettre en cause l'omnipotence ou l'omniprésence de Dieu mais l'omnibienveillance de Dieu. Toutefois, bien qu'apparenté au dysthéisme (croyance en un dieu pas totalement bon), le misothéisme est distinct. En effet, le dysthéisme répond au problème du mal par l'affirmation que Dieu serait imparfait car capable d'être mauvais ou inique, tandis que le misothéisme se manifeste par une animosité personnelle ou existentielle, pouvant être compatible avec la conception d'un dieu bon mais toutefois jugé indigne d'allégeance en raison de ses actions et de ses inactions ou parce qu'il semble tolérer la souffrance des mortels.

Lien avec le problème du mal

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Le misothéisme émerge comme une tentative de réponse à l'insuffisance des théodicées, qui cherchent à justifier la justice et la bonté divines face aux maux contemporains de la société en invoquant des mécanismes tels que le libre arbitre ou la formation de l'âme. L'argument du libre arbitre tient compte du mal moral, c'est-à-dire de la capacité de l'être humain de décider de faire le mal au lieu du bien par action ou inaction mais les critiques constateront qu'il ne tient pas suffisamment compte des maux naturels, qui sont indépendants de la volonté de l'individu et qui sont difficilement résistibles, comme les catastrophes naturelles ou les maladies qui tuent autant les humains comme les animaux, les innocents comme les coupables[2]. En effet, l'absence d'intervention de Dieu ou des dieux dans les grands maux de l'humanité impliquent selon les misothéistes que l'humanité est sujette à la négligence ou au sadisme divin, étant donné la souffrance, l'injustice et le désordre dans le monde. Les misothéistes supposent que le ou les dieux provoquent ou permettent (intentionnellement) que cela se produise : alors qu'ils ont le pouvoir de faire ce qui est bon pour le monde et l'humanité, ils choisissent délibérément de ne pas le faire[3]. Par conséquent, ce Dieu ou ces dieux ne méritent pas selon les misothéistes d'être adorés et vénérés, mais d'être haïs et peut-être même combattus (pour autant que cela soit jugé possible).

Dans la fiction

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Les romans de Howard Phillips Lovecraft, qui ont lancé le genre de l'horreur cosmique, montre un misothéisme implicite à travers sa description et sa caractérisation de l'univers comme peuplé d'entités divines, représentés comme des êtres chimériques et des forces amorales et incompréhensibles dont les actes inspirent non pas l'amour et la vénération mais la peur et la répulsion, incitant d'ailleurs l'humanité à résister vainement face à eux. Cette représentation de la divinité comme non anthropocentrique et plus proche des déités cananéennes, illustre la vision de la divinité comme échappant à toute considération éthique[4].

Créé par Jason Aaron et Esad Ribić en 2013, le personnage de Gorr le Boucher des Dieux des comics Marvel est un exemple de misothéisme. En effet, Gorr est un extraterrestre mortel qui a commencé à détester les dieux après avoir perdu sa mère, son épouse et ses enfants et qui s'est lancé dans une croisade pour exterminer les déités de la Terre-616[5].

Notes et références

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  1. (en) Bernard Schweizer, Hating God : The Untold Story of Misotheism, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-978001-3, lire en ligne), p. 6-9
  2. (en) « The Problem of Evil », sur plato.stanford.edu,
  3. (en-GB) Henry McDonald, « Stephen Fry calls God an ‘evil, capricious, monstrous maniac’ » [« Stephen Fry qualifie Dieu de « maniaque maléfique, capricieux et monstrueux » »], The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  4. (en) Olli-Pekka Vainio, « War on heaven and earth: Misotheistic themes in popular culture », Dialog, vol. 58, no 4, , p. 301–306 (ISSN 1540-6385, DOI 10.1111/dial.12520, lire en ligne [archive du ])
  5. (en-US) Kevin Erdmann, « Gorr The God Butcher Is The Reason Thor Became Unworthy », sur ScreenRant,

Annexes

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