Mohamed Agack
Mohamed Agack (parfois orthographié Agak), né au milieu des années 1930 à Agadez et mort en 2016 à Niamey, est un maître-forgeron nigérien issu du peuple Kel Tamasheq (Touaregs).
| Alias |
El Hadji Mohamed Agack |
|---|---|
| Naissance |
Années 1930 Agadez |
| Décès |
Niamey |
| Pays de résidence | Niger |
| Profession |
Enaden (forgeron touareg) et président de la coopérative artisanale du Musée national Boubou-Hama |
| Formation |
Atelier familial à Agadez |
Considéré comme l'une des figures pionnières de la bijouterie touarègue moderne, il est l'un des premiers forgerons de la région d'Agadez à s'installer durablement à Niamey, la capitale du Niger. Il a par ailleurs exercé la fonction de président de la coopérative des artisans du Musée national Boubou-Hama jusqu'à sa mort.
Biographie
modifierFormation et début
modifierMohamed Agack naît au sein d'une famille d'artisans-forgerons (Inaden) établie à Agadez. Dans la société touarègue, les Inaden forment une caste endogame historiquement affiliée et parrainée par l'aristocratie (Imajaghan). Sa formation s'effectue selon le modèle d'apprentissage familial classique, caractérisé par une transmission intergénérationnelle du savoir-faire technique au sein de la famille élargie. En parallèle de son apprentissage de la forge auprès des hommes de sa famille, il fréquente l'école coranique et participe à la gestion du petit bétail ovin et caprin[1].
Durant les années 1950, le contexte économique des familles d'artisans touaregs se précarise. Sous l'administration coloniale française, les nobles (Imajaghan) perdent progressivement les ressources qui leur permettaient de subvenir aux besoins des Inaden. Cette situation contraint de nombreux artisans à chercher de nouveaux débouchés économiques. Mohamed Agack est alors embauché par la compagnie militaire coloniale d'Agadez, où il se spécialise notamment dans la fabrication de médailles militaires[2].
Carrière au musée national du Niger
modifierEn 1963, sur convocation du commandant de cercle d'Agadez, Mohamed Agack est envoyé à Niamey pour une période d'essai de trois mois au sein du tout nouveau centre artisanal du musée national du Niger (actuel musée national Boubou-Hama), inauguré en 1959. Son travail étant apprécié, il est employé par le directeur du musée, et s’installe définitivement dans la capitale nigérienne avec sa famille[3].
À partir des années 1960, il honore d'importantes commandes institutionnelles et privées. Ses productions sont vendues dans la boutique officielle du musée, fréquentée à la fois par la nouvelle élite politique urbaine du Niger indépendant et par la clientèle occidentale expatriée ou touristique. En tant que représentant officiel des forgerons du musée, il participe à de nombreuses foires commerciales et expositions culturelles internationales à travers l'Afrique, l'Europe (notamment en France, en Allemagne et en Belgique) ainsi qu'en Amérique du Nord[4],[5].
Rôle institutionnel et influence
modifierEn tant que maître artisan, Mohamed Agack assure la formation technique de plusieurs générations de jeunes apprentis au centre du musée. Quelques années après son arrivée au musée national du Niger, il est élu président de la coopérative des artisans, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort en 2016.
À ce titre, il joue un rôle majeur dans la préservation et la standardisation des motifs traditionnels, tout en adaptant l'artisanat aux dynamiques du marché contemporain. Il participe activement à la diversification des objets d'art, popularisant l'usage de variantes d'anciens pendentifs touaregs en argent et introduisant des nouveaux types d'objets tels que des pics à brochette ornés de la célèbre croix d'Agadez[6].
Pour approfondir
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Atelier de recherche : « Modes et modèles : De la bijouterie traditionnelle à la création contemporaine : Parcours d’artisans, parcours d’objets », Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM).
Notes et références
modifier- ↑ Saley Mamane, L’artisanat au Niger et son musée national à Niamey, de 1959-1983, Lyon, Thèse de doctorat, Hautes Etudes des Pratiques Sociologique, Lyon II., , 214 p..
- ↑ (en) Thomas Seligman et Kristyne Loughran, Art of Being Tuareg: Sahara Nomads in a Modern World, Stanford et Los Angeles, Iris & B. Gerald Cantor Center for Visual Arts (Stanford University) et UCLA Fowler Museum of Cultural History, , 291 p.
- ↑ Audrey Boucksom, Arts “touristiques” en Afrique et consommateurs occidentaux, le cas de l'artisanat d'art au Niger, Paris, Thèse de doctorat en Histoire de l'art, Paris, Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, , 473 p..
- ↑ (fr + en) Audrey Boucksom, « Trans-Saharian Exchanges and Innovating Design in Modern Tuareg Jewelery from Niger », dans Tara F. Deubel T., Youngstedt S., Tissières H., Saharan Crossroads: historical, cultural and artistic linkages between North and West Africa, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, .
- ↑ Julien bondaz, « Imaginaire national et imaginaire touristique : l’artisanat au Musée National du Niger », Cahiers d’études africaines, nos 193-194, , p. 365-389.
- ↑ Musée National du Niger, Catalogue des œuvres artisanales du Musée National du Niger, Niamey, Ministère de la jeunesse, des sports et de la culture du Niger, .