Mohamed Mai Sefraoui
Mohamed Ma'i Sefraoui (en arabe : محمد بن محمد مَعِّي الصفراوي), né en 1923 à Aïn Sfa et mort à Oujda, est un militant nationaliste, résistant et journaliste marocain.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
محمد بن محمد مَعِّي الصفراوي |
| Nationalité |
marocaine |
| Activité |
Militant nationaliste, résistant, journaliste, écrivain |
| Distinction |
Wissam du Mérite national (classe exceptionnelle) Médaille de la résistance marocaine |
|---|
Membre dirigeant de la section du parti de l'Istiqlal à Berkane, il joue un rôle d'organisateur, de rédacteur clandestin et d'agent de liaison lors du soulèvement armé du 17 août 1953 dans la région des Béni-Snassen, marquant le déclenchement régional de la Révolution du Roi et du Peuple. Il exerce également comme correspondant régional du quotidien nationaliste Al Alam.
Biographie
modifierOrigines familiales et formation
modifierMohamed Ma'i Sefraoui naît en 1923 dans le village d'Aïn Sfa (foyer des Ouled Ma'i à Beni Khlouf, fraction des Beni Menkouch du Sud), au sein de la confédération tribale des Béni-Snassen[1],[2]. Son père, El Haj Mohamed dit « Ma'i » Sefraoui, commerçant puis agriculteur, meurt le 21 août 1973 des suites d'un accident de la route ; sa mère se nomme Khadija bent El Mostafa Es-Sarrar, de la fraction des Beni Boukhalef[3]. Il est l'un de six frères, parmi lesquels Belkacem, Mostafa, Ahmida et El Hassen[4].
Selon les traditions familiales, la lignée des Ouled Ma'i trouverait son origine dans la région de la Seguia el-Hamra et rattacherait son ascendance à la descendance du cheikh et résistant Ma El Aïnin ; Mohamed Ma'i Sefraoui précise toutefois n'avoir pas pu vérifier ce rattachement[5],[1]. D'après cette même tradition, le premier aïeul installé près de l'actuel foyer des Ouled Ma'i, nommé Sidi M'hamed Kerfa, avait établi un lieu de retraite spirituelle et d'adoration (خلوة للعبادة), ce qui amena certaines branches familiales locales à porter le patronyme de « Kerfati »[5],[1].
Après avoir appris le Coran et suivi l'enseignement primaire en français, il étudie la grammaire arabe et le droit musulman avant de poursuivre ses études supérieures à l'université Al Quaraouiyine de Fès[2]. Au sein du milieu universitaire, il prend part au mouvement nationaliste naissant et participe aux manifestations étudiantes en soutien au Manifeste de l'Indépendance de janvier 1944, ainsi qu'aux contestations entourant la fermeture de la Quaraouiyine et du lycée Moulay Idriss (ar)[6].
Contraint de quitter Fès à la suite de la répression coloniale, il est assigné à résidence à Berkane sous contrôle policier. En 1945, il adhère au parti de l'Istiqlal et intègre le bureau de la section locale[7],[8]. En 1948, il tente de rejoindre le Proche-Orient pour s'engager comme volontaire lors de la première guerre israélo-arabe, avant de participer à Paris en 1949 à un meeting maghrébin unitaire à la Maison de la Mutualité aux côtés des représentants du Parti du peuple algérien et du Néo-Destour tunisien[9].
Responsabilités politiques et résistance armée (1952-1953)
modifierEn décembre 1952, lors de la grève générale déclenchée après l'assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hached, il assure la lecture clandestine des directives du parti à Berkane et diffuse un bulletin clandestin pour coordonner les cellules locales après l'arrestation de la direction nationale[10]. Il intègre le bureau central reconstitué de la section aux côtés notamment d'El Haj Jelloul Al-Waklani, de Bouziane Amara et d'Ahmed Bensaïd Essarjane[11].
Dès la fin de l'année 1952, il prend la responsabilité de la première réunion clandestine consacrée à la planification de la lutte armée et à la mise en place de filières d'approvisionnement en armes depuis la zone sous protectorat espagnol vers Casablanca[12]. Les cellules d'action directe de la région sont alors structurées sous l'appellation d'« Organisation de la Main Noire » (منظمة اليد السوداء)[13].
Le 11 août 1953, lors d'une réunion clandestine tenue à Berkane (« Dar Al-Arqam ») avec les émissaires venus de Fès et d'Oujda, il rédige de sa main le document d'instructions ordonnant la restructuration en cellules armées de cinq membres et fixant le passage à l'insurrection en cas de déposition du sultan Mohammed V[14].
Le 16 août 1953, envoyé en mission de liaison à Oujda, il est informé de l'imminence du soulèvement. Il regagne alors l'arrière-pays en automobile pour transmettre les consignes aux cellules clandestines d'Ahfir (dirigées par Driss Lahbil) et de Berkane[15]. Le 17 août 1953, lors de l'insurrection de Berkane et face au déploiement des blindés de l'armée coloniale, il intègre la délégation de dirigeants nationalistes qui négocie face au contrôleur civil français et au caïd local devant la foule insurgée[16].
Historiographie du soulèvement du 17 août 1953
modifierLe rôle de Mohamed Ma'i Sefraoui dans le déclenchement du soulèvement est examiné par le chercheur Abdellah Lahsaini dans une communication présentée lors d'un colloque de la Délégation de la résistance consacré à l'insurrection de Berkane et Tafoughalt. Celui-ci le décrit comme le coordinateur entre Oujda et Berkane, recevant l'ordre d'insurrection par l'intermédiaire du résistant Driss El Ouartassi, et rapporte le témoignage du résistant Abdessadeq Boutchich, qui indique dans ses mémoires avoir rencontré Mohamed Ma'i Sefraoui, alors membre du bureau de la section de l'Istiqlal à Berkane, le 16 août 1953 pour lui transmettre la décision du bureau d'Oujda[17].
Lahsaini note une divergence entre les deux récits sur un point de détail : Mohamed Ma'i Sefraoui affirme dans ذاكرة وطني que la population était armée et avait provoqué les soldats postés sur leurs blindés, tandis que Boutchich rapporte que des consignes ultérieures demandèrent le dépôt des armes. Lahsaini estime pour sa part que le choix d'une manifestation pacifique, décidé en raison du délai trop court pour organiser une action armée, relevait du bon sens et constitua un succès stratégique : la mobilisation de quelque 40 000 manifestants permit d'éviter une répression immédiate et favorisa la constitution ultérieure des premières cellules armées de la région, à l'origine de l'Armée de libération[17].
Répression, détention et pénitencier d'El Adir
modifierDésigné par les services de sécurité du protectorat parmi les neuf principaux instigateurs du soulèvement des Béni-Snassen et de la Triffa, il est arrêté le 23 août 1953 et incarcéré au commissariat de police de Berkane, où il subit 27 jours d'interrogatoires et de sévices[18].
Le 17 septembre 1953, le tribunal du caïd de Berkane le condamne à deux ans de prison ferme sous l'inculpation d'« actes de nature à troubler l'ordre public » (écrou no 2073)[19]. Le 20 octobre 1953, il est transféré au pénitencier agricole d'El Adir près d'El Jadida, soumis au régime des travaux forcés aux côtés d'autres figures nationalistes telles qu'Abdelhamid Zemmouri[20]. Durant sa détention, à la suite de la découverte par les autorités du document d'instructions manuscrit rédigé lors des réunions clandestines, il est extrait et soumis à deux interrogatoires approfondis par trois officiers du tribunal militaire de Casablanca[21]. Son père lui rend visite à plusieurs reprises durant son incarcération[22].
À l'issue de sa peine officielle le 23 août 1955, il est maintenu en détention dans les cellules d'El Jadida puis transféré sous escorte à la prison de Sidi Saïd à Meknès, avant d'être définitivement libéré et de regagner Berkane en octobre 1955[23]. Le 18 novembre 1955, lors du rassemblement célébrant le retour d'exil de Mohammed V et la Fête du Trône, il prononce l'allocution officielle de la section de Berkane[24].
Journalisme, responsabilités publiques et activités postérieures
modifierLe 15 février 1956, à la veille de la proclamation officielle de l'indépendance, Mohamed Ma'i Sefraoui reçoit son accréditation de correspondant de presse pour l'Oriental auprès du quotidien Al Alam, sous l'égide duquel il signe sous les pseudonymes d'« Ibn 'Ataa-Allah » et « Al-Bāhith »[25]. Son ouvrage reproduit plusieurs de ses correspondances publiées par le journal, dont un article consacré au retour à Berkane du militant Abdelkhalek El Arabi après quatre années d'absence, ce dernier ayant été arrêté à bord du navire Athos intercepté par la marine française en juin 1957 alors qu'il convoyait des armes destinées à l'Armée de libération nationale algérienne[26]. L'historien Kaddour El Ouartassi (ar) le mentionne dans deux de ses ouvrages consacrés à l'histoire régionale : dans بنو يزناسن عبر الكفاح الوطني (1976), il le présente comme l'un des correspondants d'Al Alam durant la période de la lutte nationale[7] ; dans معالم من تاريخ وجدة (1972), il le cite parmi les militants ayant consacré leur jeunesse à la cause de l'indépendance[27].
Le 10 avril 1956, il participe avec les cadres du parti à une visite protocolaire au commissariat de Berkane pour inspecter les lieux de leur détention de 1953[28], et représente la section lors de la visite ministérielle de Mohamed Douiri dans la région la même année[29]. Il fait également partie de la délégation officielle accueillant le roi Mohammed V lors de sa première visite à Nador après l'indépendance[30].
Proche des cercles dirigeants du mouvement national, il participe à l'organisation de la visite d'Allal El Fassi à Berkane les 8 et 9 novembre 1957[31]. Durant cette même période, il prend part au soutien politique et logistique apporté aux militants de l'Armée de libération nationale algérienne (FLN), intervenant comme orateur lors des meetings de solidarité à Berkane — notamment lors du rassemblement du 18 avril 1958 avec les représentants du FLN — et participant aux réseaux d'acheminement frontalier[1],[32].
Fonctionnaire au cercle de Berkane à partir de 1957, il s'établit définitivement à Oujda à la fin de l'année 1960 pour rejoindre la chambre de commerce et d'industrie régionale, où il exerce pendant 28 ans jusqu'à sa retraite en 1988 tout en y fondant la revue corporative locale[25]. En 1963, il est élu conseiller municipal au conseil de la ville d'Oujda et est reçu à ce titre par le roi Hassan II[33].
Le 3 mai 1983, il dépose son témoignage historique sur le soulèvement du 17 août 1953 devant la commission d'appel du Conseil national des anciens résistants et anciens membres de l'Armée de libération réunie à Berkane[34]. Il est par la suite élu membre de ce conseil pour la région d'Oujda et Jerada, et est décoré du Wissam du Mérite national (classe exceptionnelle)[35]. Il participe aux commémorations officielles et aux tables rondes pédagogiques aux côtés du Haut-Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l'armée de libération et des délégations officielles à Oujda, Berkane et Tafoughalt[36]. Il rédige notamment l'hommage historique lors du centenaire de Mbarek Bekkaï à Berkane en novembre 2007[37]. Son rôle est salué par le signataire du Manifeste de l'indépendance Abou Bakr El Kadiri, qui le cite parmi les figures de la lutte nationale dans l'Oriental[38].
En mars 2018, une délégation du parti de l'Istiqlal conduite par son secrétaire général Nizar Baraka lui rend visite à son domicile d'Oujda, en marge d'une rencontre régionale du groupe parlementaire istiqlalien tenue du 1er au 4 mars ; le parti le présente à cette occasion comme l'une des figures marquantes de la lutte nationale dans l'Oriental et souligne son travail de documentation de la résistance à Oujda et Berkane à travers ses articles dans Al Alam[39].
Œuvres
modifier- (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني [« Mémoire de ma patrie »] — recueil de témoignages et d'articles d'époque sur la lutte anticoloniale dans l'Oriental marocain. L'auteur y présente son travail comme relevant de l'écriture de correspondant de presse plutôt que de l'ouvrage historique, portant sur les faits qu'il a lui-même vécus[40].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (ar) « محمد بن محمد مَعِّي الصفراوي », sur benisnassen.com (consulté le )
- 1 2 (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني [« Mémoire de ma patrie »], p. 171
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 278-279
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 268-270
- 1 2 (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 277
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 82, 114-123, 171
- 1 2 (ar) Kaddour El Ouartassi, بنو يزناسن عبر الكفاح الوطني [« Les Béni-Snassen à travers la lutte nationale »], Dar el-Gharb el-Islami, , p. 101
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 172
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 173
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 137, 172-173
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 29, 92, 134
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 30, 127, 134
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 132
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 56-57, 84, 128, 135, 164
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 35-36, 57-58, 129-130, 135, 215
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 38, 60-61, 77, 90-91, 94, 131, 135
- 1 2 (ar) Abdellah Lahsaini, « انتفاضة 17 غشت 1953م بأبركان وتافوغالت كمحطة أساسية للمقاومة المسلحة » [« Le soulèvement du 17 août 1953 à Berkane et Tafoughalt comme étape essentielle de la résistance armée »], sur Académie du patrimoine, (consulté le )
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 94-95, 136
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 97
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 99-104
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 49, 56, 89, 135, 165, 205
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 280
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 98, 105
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 142-145
- 1 2 (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 176
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 256-258
- ↑ (ar) Kaddour El Ouartassi, معالم من تاريخ وجدة [« Repères de l'histoire d'Oujda »], Rabat, Imprimerie Al-Rissala, , 124 p. (lire en ligne), p. 101
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 93
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 139
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 188
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 14, 78-79
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 149-154
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 182
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 124-125, 133-136
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 183
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 54, 70-73, 85-86, 113, 198
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 191-196
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 64-67
- ↑ (ar) « وفد استقلالي برئاسة الأمين العام يطمئن على صحة الوطني محمد معي الصفراوي بوجدة » [« Une délégation de l'Istiqlal conduite par le secrétaire général prend des nouvelles du nationaliste Mohamed Ma'i Sefraoui à Oujda »], sur istiqlal.info, (consulté le )
- ↑ (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني, p. 281
Bibliographie
modifier- (ar) Kaddour El Ouartassi, معالم من تاريخ وجدة [« Repères de l'histoire d'Oujda »], Rabat, Imprimerie Al-Rissala, , 124 p. (lire en ligne)
- (ar) Kaddour El Ouartassi, بنو يزناسن عبر الكفاح الوطني [« Les Béni-Snassen à travers la lutte nationale »], Dar el-Gharb el-Islami,
- (ar) Abdellah Lahsaini, « انتفاضة 17 غشت 1953م بأبركان وتافوغالت كمحطة أساسية للمقاومة المسلحة », sur Académie du patrimoine,
- (ar) Mohamed Ma'i Sefraoui, ذاكرة وطني [« Mémoire de ma patrie »]
