Mohammed Ziane
Mohammed Ziane, né le à Malaga (Espagne), d'un père originaire de la région du Rif et d'une mère espagnole, est un avocat et homme politique marocain.
| Mohammed Ziane محمد زيان | |
Mohammed Ziane en 2017. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Ministre délégué chargé des Droits de l'Homme | |
| – (3 ans et 14 jours) |
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| Monarque | Hassan II |
| Premier ministre | Abdellatif Filali |
| Gouvernement | Filali II et III |
| Prédécesseur | premier titulaire |
| Successeur | Mohamed Aujjar |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Malaga (Espagne) |
| Nationalité | Marocaine |
| Parti politique | Union constitutionnelle (1983 à 1996) Parti de l'action (1997) Parti marocain libéral (depuis 2002) |
| Diplômé de | Université Mohammed-V de Rabat |
| Profession | Avocat Bâtonnier |
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Fondateur du parti marocain libéral, il a été grand bâtonnier des ordres des avocats du Maroc et ministre des Droits de l'Homme dans plusieurs gouvernements de Abdellatif Filali.
Longtemps réputé proche du pouvoir sous le règne de Hassan II, il adopte un positionnement beaucoup plus contestataire vis-à-vis du régime marocain à la fin des années 2010[1],[2]. Son revirement tardif et son style discursif lui valent des accusations de populisme de la part de ses détracteurs.
Il s'illustre notamment en assurant la défense de Nasser Zefzafi, leader du Hirak du Rif, ainsi que celle du journaliste Taoufik Bouachrine. En raison de ses critiques frontales contre l'appareil sécuritaire et le monarque, il fait l'objet de multiples poursuites judiciaires. Incarcéré depuis novembre 2022, il est condamné à plusieurs peines de prison ferme.
Biographie
modifierEn 1963, Mohammed Ziane suit des études secondaires à Genève en Suisse. En 1967, il est diplômé en droit public à la Faculté des sciences juridiques de Rabat. En 1968-1969, il obtient un CES en droit public, sociologie générale et relations internationales.
Parcours d'avocat
modifierDe 1965 à 1968, il travaille comme haut fonctionnaire au ministère de l'Agriculture puis démissionne. En 1971, il est avocat titulaire au barreau de Rabat, et devient l'avocat du gouvernement marocain durant les « années de plomb ».
Il est alors réputé proche d'Ahmed Reda Guedira alors conseiller du roi Hassan II. Malgré les différends qui l'opposaient à Driss Basri, il fait partie des personnes qui assistent à son enterrement après son exil.
En 2006, il prend la tête du barreau de Rabat.
En 2008, il prend la défense de Christophe Curutchet, un ressortissant français condamné à 8 ans de prison pour trafic de drogue[3] qui retrouvera la liberté après 18 mois d'incarcération[4].
Il a été également avocat de l'ESISC (Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité)[5]. En 2009, il fait condamner l'hebdomadaire Le Journal à leur verser 250 000 euros pour préjudice subi et atteinte à sa notoriété[6].
En , Mohammed Ziane rédige une lettre ouverte adressée au ministre de la Justice Mustapha Ramid dans laquelle il dénonce 13 cas de corruption. Alors qu'il pouvait transmettre le dossier à l'instance centrale de la prévention (ICPC), il préfère exposer ces cas de corruption publiquement en expliquant que l'ICPC dépend du parquet, un organe lui-même corrompu[7].
En 2017, il devient l'un des principaux avocats de Nasser Zefzafi, le leader du mouvement « Hirak » du Rif. Il est toutefois écarté du comité de défense après avoir rendu publique une lettre attribuée à son client affirmant que ce dernier n'est ni séparatiste ni révolutionnaire, une initiative contestée par d'autres membres de la défense[8],[9].
En 2018, il défend Taoufik Bouachrine[10],[11], directeur du quotidien indépendant Akhbar al-Yaoum, dans un procès pour agressions sexuelles hautement controversé. Devant le tribunal, Ziane dénonce un procès politisé visant à museler la presse indépendante et critique les méthodes des services de sécurité.
À la suite de ses déclarations et plaidoiries véhémentes, le parquet demande sa radiation du barreau. Après un refus initial du Conseil de l'Ordre, une décision de justice contraint l'ordre à le suspendre temporairement de ses fonctions professionnelles.
Parcours politique
modifierEn 1985 et 1986, il est président de la commission de la législation et de la fonction publique. De 1985 à 1996, il est membre du conseil municipal de Rabat, et de 1985 à 1997, il est également député de Rabat (1re circonscription).
De 1991 à 1997, il est membre du conseil consultatif des droits de l'homme. De à , il est ministre délégué aux Droits de l'homme[12]. Il démissionne de son poste en 1996 en raison de profonds désaccords avec la politique d'« assainissement » (campagne anti-corruption) menée par le ministre de l'Intérieur Driss Basri[13]. Il annonce sa démission en direct au cours d'un journal télévisé, fait inédit dans l'histoire politique du pays.
Mohammed Ziane a également été membre du bureau politique de l'Union constitutionnelle (dont il démissionnera), le fondateur de la publication Al Hayat Al Yaoumiya[12], et le coordinateur national du parti marocain libéral[14].
Opposition politique et démêlés judiciaires
modifierAu tournant des années 2020, il multiplie les déclarations publiques virulentes contre les abus supposés des services de renseignement marocains.
En réaction, le site web Chouf TV diffuse une vidéo intime le mettant en scène, affirmant qu'il se trouve en compagnie d'une prostituée. La défense de Ziane démontre par une expertise technique qu'il s'agit d'un montage vidéo malveillant visant à le discréditer, soulignant que la femme présente est en réalité sa cliente, Ouahiba Khourchich, une ex-policière qui accusait sa hiérarchie de harcèlement sexuel[15].
En , à la suite d'une plainte déposée par le ministère de l'Intérieur, il est poursuivi pour onze chefs d'accusation, parmi lesquels : « atteinte à l'honneur des autorités », « outrage à la justice », « diffamation », « adultère » et « complicité d'immigration illégale ». Il est condamné en première instance à trois ans de prison ferme et à de lourdes amendes, mais reste libre dans l'attente du procès en appel.
L'escalade définitive a lieu en octobre 2022, après une interview accordée au quotidien espagnol El Independiente, dans laquelle il critique les absences prolongées du roi Mohammed VI à l'étranger et suggère une abdication en faveur du prince héritier Moulay el-Hassan. Le 21 , la Cour d'appel de Rabat confirme sa peine de trois ans de prison ferme lors d'une audience expéditive tenue en son absence. Il est arrêté le jour même à son cabinet par une vingtaine de policiers et incarcéré à la prison d'Al Arjat[16]. En février 2024, il observe une grève de la faim temporaire pour protester contre ses conditions de détention et demander sa libération[17].
Parallèlement, il fait l'objet d'une seconde procédure judiciaire pour « détournement et dilapidation de deniers publics » concernant les subventions accordées par l'État à son parti (le PML) lors de la campagne électorale de 2015. Après une condamnation en première instance à 5 ans de prison en juillet 2024, la Cour d'appel de Rabat allège sa peine à 3 ans de prison en mai 2025[18].
Cependant, à la suite d'un pourvoi, la Cour de cassation annule cet arrêt en décembre 2025 et renvoie l'affaire devant la justice. Le 8 avril 2026, la Cour d'appel de Rabat aggrave finalement la sentence et le condamne définitivement à cinq ans de prison ferme pour cette affaire financière, prolongeant ainsi son maintien en détention à l'âge de 83 ans[19],[20].
Notes et références
modifier- ↑ « Maroc : Un « manuel » pour déguiser la répression des opposants », sur Human Rights Watch, (consulté le ).
- ↑ (en) « Amnesty International Report 2022/23: The state of the world’s human rights », sur Amnesty International, (consulté le ).
- ↑ « Maroc: un Français condamné pour "trafic de drogue" en grève de la faim », sur CIRC.asso.net, .
- ↑ « Christophe Curutchet revient libre et innocenté du Maroc », sur Lejpb.com, .
- ↑ « "Journal Hebdo", la mise en garde de Ziane », sur Aujourd'hui le Maroc, .
- ↑ « Affaire LeJournal-ESISC: la Cour Suprême confirme la condamnation de l'hebdomadaire », sur Menara.ma, .
- ↑ Reda Zaireg, « La corruption "érigée en principe d'existence" selon Mohammed Ziane »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Medias 24, .
- ↑ LesEco.ma, « Ziane : «Je verrais mon nom barré de la liste des avocats» », sur LesEco.ma, (consulté le ).
- ↑ « Me Ziane réagit à sa mise à l'écart du comité de défense de Zefzafi , H24info », sur h24info.ma (consulté le ).
- ↑ « Douze ans de prison ferme contre Taoufik Bouachrine : RSF dénonce un verdict entaché de doute | RSF », sur rsf.org (consulté le ).
- ↑ Forbidden stories, « Affaire Bouachrine - Forbidden stories », sur forbiddenstories.org (consulté le ).
- 1 2 « Mohamed Ziane, ancien ministre des Droits de l'Homme », sur Maroc Hebdo/Maghress.com, .
- ↑ Stephen Smith, « Hassan II limoge son ministre trublionAux Droits de l'homme, Me Ziane, homme du sérail, a braqué tout le monde. », sur Libération (consulté le ).
- ↑ « Le parti libéral marocain de Mohamed Ziane autorisé un an après son congrès constitutif », sur Aujorud'hui le Maroc/Maghress.com, .
- ↑ « Kompromat à la Marocaine: une ex-policière accuse, son avocat humilié, la PJ réplique... », sur Le Desk (consulté le ).
- ↑ « Mohammed Ziane, avocat et ex-ministre des droits de l’homme, arrêté et incarcéré au Maroc ».
- ↑ Le Monde avec AFP, « L’opposant marocain Mohamed Ziane en grève de la faim pour demander sa libération ».
- ↑ « Mohamed Ziane condamné à 3 ans de prison en appel », (consulté le )
- ↑ « Justice : Mohamed Ziane condamné en appel à 5 ans de prison ferme », sur TelQuel, (consulté le ).
- ↑ « Rabat : La peine de 5 ans contre Mohamed Ziane confirmée en appel », sur Yabiladi, (consulté le ).