Monique Schneider
Monique Schneider, née à Mirecourt le et morte à Paris le , est une universitaire, psychanalyste et philosophe française.
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Monique Camille Schneider |
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Biographie
modifierMonique Schneider naît en 1935[1]. Issue d'un milieu modeste et excellente élève, la découverte de la philosophie l'affranchit d'un quasi-mutisme d'enfant trop occupée à prendre soin de ses parents, elle l'autorise à exprimer sa pensée propre[2]. Normalienne en 1955, elle est reçue première à l'agrégation de philosophie en 1958 (cacique). Elle enseigne la philosophie et le français au lycée de Grenoble puis, en 1965, après une grave dépression dont la psychanalyse la sauve[3], elle devient assistante à L'institut de psychologie de cette même ville[4],[5]. En 1970, elle est attachée de recherche en philosophie au CNRS puis, en 1978, chargée de recherche. Elle soutient son doctorat d'État en philosophie en 1980, à l'université de Nanterre et sous la direction de Paul Ricœur. Il porte sur La réflexion émotionnelle chez Freud et Proust notamment[6]. En 1984, directrice de recherche au CNRS, elle enseigne la psychanalyse à l'université Paris VII. Deux éméritats successifs lui donneront la possibilité de tenir un séminaire de recherche à l'école normale supérieure de la rue d'ULM où, jusqu'en juin 2015, elle prolongera la lecture de L’Esquisse d’une psychologie scientifique qui faisait, en 2011, l'objet de son dernier livre paru, La détresse aux sources de l'éthique[7]. Son dernier article répertorié fut quant à lui publié en 2022 dans l'édition actualisée de l'ouvrage collectif Le désir, l'objet qui nous fait vivre, dirigé par Paul-Laurent Assoun aux éditions In Press[8].
Recherches et activités éditoriales
modifierMonique Schneider opère une relecture critique de Freud. Elle s'intéresse notamment à sa conception du plaisir, à son abandon de la "théorie de la séduction" au profit de celle d'un fantasme œdipien, ainsi, plus généralement, qu'à ses contradictions, ou ses "oscillations" sur la question du "partage sexué". Elle met en évidence dans l’œuvre du fondateur de la psychanalyse une involution qu'elle déplore[11]. Freud a d'abord développé un point de vue « cryptoféministe », se prononçant contre la répression dont la sexualité féminine faisait l'objet et reconnaissant que la maternité puisse être, en tant que privative de liberté, un fardeau – aux femmes la frigidité et le soin des autres, aux hommes la libre circulation entre la maman et la putain. Puis il a souscrit à une logique patriarcale, que ses héritiers n'ont fait, pour la plupart, que rigidifier[12].
Dans la continuité de l'analyse critique de la répartition des aptitudes qu'entérine et institue le Moïse de Freud qu'elle a menée dans Le Féminin expurgé (1979) – aux hommes, l'esprit, aux femmes, les sens –, Monique Schneider explore, dans La part de l'ombre (1992)[13] puis dans Le Paradigme féminin (2004), la conception freudienne de l'appareil psychique comme situé en territoire féminin dans la mesure où il est capable d'accueillir de l'autre[14]. Conception paradoxale au regard de la misogynie dont est empreint le Moïse.
Le “féminin”, tel que l'approche Monique Schneider[15], est ainsi la « métaphore de l'inconscient comme lieu de l'autre », de l'étrangeté de l'autre. Non sans lien avec une éthique de l'hospitalité qu'Emmanuel Levinas associe pour une part au féminin et qui intéresse la psychanalyste, en particulier dans “En deçà du visage"[16] et La détresse aux sources de l'éthique.
Dans Généalogie du masculin, Monique Schneider parcourt le territoire masculin, en explore les vulnérabilités, si souvent déniées des Grecs jusqu'à nos jours, ainsi que le montrent les travaux, par exemple, de Nicole Loraux, Françoise Héritier, et Sylviane Agacinski, et elle décrit des masculinités non strictement ou non seulement verticales et phalliques[17]. Ces masculinités divergentes, elle les exhume d'œuvres littéraires (Tournier, Sollers...), telle celle, "phorique", qui s'enchante de porter et de prendre soin d'un autre, ou celle que la fécondité végétale n'inquiète pas (contrairement à Freud[18]), mais transporte[19],[20].
Publications (sélection)
modifier- De l'exorcisme à la psychanalyse : le féminin expurgé, Retz, 1979.
- La parole et l'inceste, Aubier Montaigne, 1980
- Sigmund Freud et le plaisir, Denoël, 1980
- Père ne vois-tu pas…? : le père, le maître, le spectre dans l'interprétation des rêves, Denoël, 1985
- Le trauma et la filiation paradoxale : de Sigmund Freud à Sándor Ferenczi, Ramsay, 1985
- La part de l'ombre : approche d'un trauma féminin, Aubier, 1992
- Don Juan et le procès de la séduction, Aubier, 1994
- Le paradigme féminin, Éd. Flammarion-Champs, 2006 (ISBN 2080801570)
- Généalogie du masculin, Éd. Flammarion-Champs, 2006 (ISBN 2080801538)
- La cause amoureuse : Freud, Spinoza, Racine, Le Seuil, 2006 (ISBN 2020964929)
- La détresse : aux sources de l'éthique, Le Seuil, 2011
Notes et références
modifier- ↑ Catherine Durieux Benassen, « Schneider, Monique [1935] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 3895
- ↑ Sylvia Duverger, « Monique Schneider », dans Christine Bard, Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes, France XVIIe-XXIe siècle, Presses universitaires de France, , 1954 p.
- ↑ Sylvia Duverger, « Monique Schneider », dans Christine Bard, Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècle, PUF,
- ↑ Dossier de second éméritat de Monique Schneider (archives personnelles d'Anne Schneider)
- ↑ « Monique Schneider : la souffrance psychique », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Thèse de philosophie, notice Sudoc
- ↑ François Lévy, « Compte rendu. Monique Schneider, La Détresse, aux sources de l’éthique, Paris, Seuil, 2011, 377 p. par François Lévy », Les Lettres de la SPF, vol. 2, no 26, , p. VIII (lire en ligne [PDF])
- ↑ « Notice Schneider, Monique »
, sur IdRef Identifiants et référentiels pour l'enseignement supérieur (consulté le ) - ↑ « Relevé des fichiers de l'Insee », sur matchid.io (consulté le ).
- ↑ « Avis de décès de mrs Monique SCHNEIDER - Odella.fr », sur www.odella.fr (consulté le )
- ↑ Monique Schneider, « De l'interprétation des rêves au Moïse : le débat avec le statut du féminin », Revue germanique internationale, no 14, , p. 67-80 (DOI 10.4000/rgi.804)
- ↑ Monique Schneider, Le paradigme féminin, Paris, Aubier, 2004; réédition augmentée en poche champs/flammarion en 2006
- ↑ Monique Schneider, La part de l'ombre, approche d'un trauma féminin, Paris, Aubier,
- ↑ https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-psychosomatique-2004-2-page-35
- ↑ (fr) « Rencontres 2010 », sur /marielouisevonfranz.free.fr (consulté le )
- ↑ Monique Schneider, « En-deçà du visage », Les cahiers du GRIF, vol. 46, no 1, , p. 47–63 (DOI 10.3406/grif.1992.1859, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Généalogie du masculin » (consulté le )
- ↑ Monique Schneider, « Père ne vois-tu pas… ? » Le père, le maître, le spectre dans L’Interprétation des rêves, Paris, Denoël,
- ↑ Monique Schneider, Généalogie du masculin, Paris, Aubier, 2000, réédition en poche champs flammarion en 2006.
- ↑ Monique Schneider, « Le masculin et le vivant », Tumultes, vol. 1, no 26, (DOI 10.3917/tumu.026.0129
[PDF])
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la recherche :
- La culpabilité et l'éthique originaire [PDF]