Monsanto Papers

affaire liée à la publication de documents internes d’une société
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Les Monsanto Papers sont un ensemble de documents internes à la société Monsanto rendus publics dans le cadre de procédures judiciaires intentées aux États-Unis à partir de 2017. Leur déclassement résulte de plus de 3 000 plaintes de personnes atteintes de lymphome non hodgkinien accusant les pesticides à base de glyphosate d'être à l'origine de leur pathologie[1],[2].

Ces documents mettent notamment en avant des questions de collusion et de conflit d'intérêts entre certaines scientifiques et autorités environnementales et la société Monsanto, des pressions exercées contre d'autres scientifiques, et des fraudes scientifiques.

Historique et origine de l'affaire

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Deux femmes réussissent à obtenir légalement de nombreux documents internes de Monsanto[3] : Carey Gillam, ancienne journaliste travaillant pour l’ONG « US right to know » a pour cela utilisé la loi Freedom of Information Act ; alors que l'avocate Kathryn Forgie a pu en obtenir par la justice lors d’un procès contre Monsanto[4]

Pour leur travail d'investigation sur ces documents, deux journalistes du Monde, Stéphane Foucart et Stéphane Horel, reçoivent le prix de l’investigation de l'Prix de la presse européenne (en) en 2018 et le Grand Prix Varenne de la presse quotidienne nationale en 2017[5].

Contenu des Monsanto papers

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Monsanto a volontairement fourni des millions de documents non triés, ce qui rend leur étude compliquée[4].

Mise à jour de conflits d'intérêts

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Mais leur déclassification en a rapidement mis en évidence des relations entre Monsanto et l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis[6]. Elle permet à des journalistes de constater comment ce groupe a réussi à convaincre Jess Rowland, un dirigeant de l'agence, d'empêcher toute agence de régulation des produits chimiques, de s'intéresser au glyphosate[7].

Des mails extraits des dossiers montrent des échanges entre un conseiller au sein du Commissariat à l'énergie atomique et Monsanto, qui cherchait des études scientifiques à présenter à l'Anses pour soutenir le Roundup. Cette personne n'apparait cependant dans aucun compte-rendu d'audition[8].

Pression contre des scientifiques

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L'analyse des documents dévoile les manœuvres de Monsanto contre le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Des chercheurs sont menacés par les avocats de Monsanto, leur travail est dénigré, leur honnêteté mise en cause, leurs bailleurs de fonds sont approchés, pour qu'ils cessent de les financer[9]. La firme tenterait de nuire au CIRC pour défendre son produit le plus vendu, le Roundup. Le Roundup contient du glyphosate, substance que le CIRC classe en 2015 « cancérigène probable » pour l'homme[10].

Identification de fraude scientifique

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Pour arriver à ses fins, Monsanto pratiqué le « ghostwriting », une technique de fraude scientifique qui consiste à écrire un article et à le faire endosser, moyennant finance, par un scientifique renommé qui prétend en être l'auteur[11],[12],[13].

Les documents identifient des échanges avec des experts et consultants privés menant à des publications scientifiques "sponsorisées" dans la revue Critical Reviews in Toxicology[2].

Campagne d'influence

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Les documents permettent d'identifier une campagne d'influence, surnommée « Let Nothing Go », menée par Monsanto depuis 2015 pour promouvoir ses propres arguments auprès du grand public[14]. Cette campagne est menée par la firme de relation publique Fleishman-Hillard[14]. Cette campagne vise non seulement à faire ressortir des éléments flatteurs à son encontre, mais aussi à exacerber la critique sur des recherches scientifiques n'allant pas dans leur sens : l'agence de presse Reuters est ainsi identifiée dans les documents internes comme ayant reçu des documents critiquant le travail du Centre international de recherche sur le cancer, deux mois avant la parution d'un article à charge de leur part[14]. En parallèle, l'organisation Academic review, identifiée grâce aux documents rendus publics comme étant fondée par un ancien directeur de la communication de Monsanto, a largement relayé des critiques envers des articles de Reuters négatifs pour Monsanto[15]. De même, ils mettent en lumière les relations d'assujettion entre l'American Council on Science and Health et Monsanto[15].

La directrice des magazines de l’information de France 2 considère, dans une émission Envoyé spécial dédiée au glyphosate, que les très nombreuses réactions négatives qui ont été reçues « a atteint des proportions très inhabituelles » et relève d'une campagne orchestrée[14].

Les échanges permettent d'identifier que plusieurs articles du biologiste américain Henry I. Miller (en) publiés par le magazine économique Forbes sont en réalité écrits par des salariés de Monsanto[2].

Conséquences

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En , le Parlement européen s'appuie sur ces documents pour demander le non-renouvellement de l’autorisation du glyphosate, même si cette demande n’aboutit finalement pas[5].

Ces documents jouent un rôle important dans la condamnation de Monsanto en 2018 à la suite de la plainte de l'Américain Dewayne Johnson, un jardinier malade d’un cancer qu’il attribue à son exposition à des herbicides contenant du glyphosate[5].

Références

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  1. ↑ « Monsanto Papers : les dessous du retrait de l’étude Séralini révélés », sur Wikiwix (consulté le ).
  2. 1 2 3 Lise Loumé, « Glyphosate : ce qu'il faut retenir des révélations liées aux Monsanto Papers », sur Sciences et Avenir, .
  3. ↑ « Celles qui ont révélé les « Monsanto papers » racontent comment Monsanto triche », sur Reporterre (consulté le ).
  4. 1 2 « Controverse : Glyphosate (travail d'analyse d'une controverse, basé sur les Monsanto Papers, réalisé par 5 étudiants de l’École des Mines de Paris, [https://controverses.minesparis.psl.eu/public/promo17/promo17_G4/pages/nous.html sous contrôle de deux enseignants et avec un documentaliste]). », sur controverses.minesparis.psl.eu, (consulté le ).
  5. 1 2 3 « Quelles suites depuis l’enquête « Monsanto Papers », sur les pratiques de l’entreprise pour défendre le glyphosate ? », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  6. ↑ « Autorisation du glyphosate : ce que les "Monsanto papers" révèlent », sur TV5 Monde, (consulté le ).
  7. ↑ « Monsanto Papers  : l’affaire qui décrédibilise la défense de Monsanto ? », sur Wikiwix (consulté le ).
  8. ↑ « OGM, ce que les Monsanto Papers révèlent du lobbying en France », Le Parisien, .
  9. ↑ « « Monsanto papers » : plongée dans les méthodes de lobbying de l'agro-semencier », Les Échos, .
  10. ↑ Stéphane Foucart et Stéphane Horel, « « Monsanto papers » : la guerre du géant des pesticides contre la science », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  11. ↑ Stéphane Foucart et Stéphane Horel, « « Monsanto papers, désinformation organisée autour du glyphosate » », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. ↑ Lise Loumé, « Monsanto Papers : Ghostwriting et fraude scientifique », Sciences & Avenir, .
  13. ↑ « Glyphosate : les "Monsanto Papers" révèlent la désinformation », sur France Inter, (consulté le ).
  14. 1 2 3 4 « Monsanto Papers, les médias et l'information en ligne, premières civles du géant de », sur TV5 Monde.
  15. 1 2 (en) Carey Gillam, « How Monsanto manipulates journalists and academics », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Annexes

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