Monstre de Modène
Le Monstre de Modène (italien : (Il) Mostro di Modena) est un ou des serial killers non identifiés, auteurs de huit meurtres commis à Modène et dans les environs, dans le nord de l'Italie, entre 1985 et 1995. Les victimes sont des prostituées et/ou des toxicomanes âgées de 18 à 32 ans.
| Monstre de Modène | |
| Tueur en série | |
|---|---|
| Information | |
| Actions criminelles | Meurtres |
| Victimes | 8 |
| Période | 1985-1995 |
| Pays | |
| Régions | province de Modène |
| Ville | Modène |
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Dans les années 1980, Modène, avec Milan, figurait parmi les villes italiennes affichant le revenu par habitant le plus élevé tout en occupant la première place au classement des crimes liés à la drogue[1]. Durant cette décennie, Modène est restée dans les mémoires comme ravagée par la drogue et la prostitution : l'héroïne était la drogue la plus consommée et la ville, de par sa situation au cœur de l'Émilie-Romagne, constituait une plaque tournante pour le trafic et la vente de stupéfiants[2].
Victimes
modifierGiovanna Marchetti
modifierGiovanna Marchetti, âgée de 18 ans, est vue pour la dernière fois le par son petit ami. Giovanna se prostitue pour se procurer l'argent nécessaire à l'achat d'héroïne[3]. Le 21 août, son corps en état de décomposition avancée est retrouvé près d'une usine[4] : une pierre tachée de sang, l'arme du crime avec laquelle le meurtrier lui a fracassé le crâne, est découverte à proximité[5]. Une enquête à partir du numéro de plaque de la dernière voiture dans laquelle Marchetti est montée ce soir-là conduit à une Ford appartenant à l'agriculteur Ennio Cantergiani, mais comme il n'y a aucune preuve materielle pour l'inculper, celui-ci est relâché[5].
Donatella Guerra
modifierLe , le corps sans vie de Donatella Guerra, âgée de 22 ans, est découvert près des carrières situées dans la campagne modénaise[6]. Le corps, à moitié nu, porte des traces d'agression sexuelle et de nombreuses plaies par arme blanche au cou et au cœur. Comme dans l'affaire Marchetti, le sac à main contenant les effets personnels de la jeune fille est introuvable. De plus, la faible quantité de traces de sang qui sont relevées sur le lieu de la découverte laisse supposer qu'il ne s'agit pas de la scène de crime. Les enquêteurs y trouvent une empreinte de chaussure et des traces de pneus appartenant à une Fiat 131[6]. L'analyse des empreintes et des indices revèle que le tueur est probablement gaucher et a une boiterie particulière[5].
Marina Balboni
modifierLe , le corps de Marina Balboni, une prostituée de 21 ans, est retrouvé dans un canal sur la route de Carpi à Gargallo[3]. Marina Balboni est une amie de Donatella Guerra, ce qui éveille la curiosité des enquêteurs : le père de la victime déclare que sa fille avait dit : « J'espère qu'ils ne me feront pas subir le même sort » lorsqu'il lui avait annoncé la mort de Donatella[7]. L'autopsie établit que, dans ce cas également, le meurtrier a agressé sexuellement la victime, puis l'a étranglée avec l'écharpe qu'elle portait[4]. Lors d'une interview, les parents de Balboni déclarent que quelques jours avant sa mort, Marina a dit qu'elle devait se rendre de toute urgence à Modène pour un rendez-vous important[8]. Comme pour les victimes précédentes, son sac à main n'a pas été retrouvé[3].
Claudia Santachiara
modifierLe est découvert au bord du début de l'autoroute du Brenner, le corps nu et sans vie de Claudia Santachiara, âgée de 24 ans[3]. Ses collants sont baissés, un nœud coulant serré autour de son cou creuse un sillon dans sa peau et a provoqué sa mort par strangulation[3]. L'autopsie, outre le fait de confirmer l'agression sexuelle, révèle des traces d'ADN d'une tierce personne sous les ongles de Claudia, révélant une tentative de défense avant le décès[3]. Un témoin a révélé que ce soir-là, bien qu'il n'ait pas eu de rapports sexuels, il était en compagnie de Claudia Santachiara et lui avait laissé 50 000 lires dans son sac à main. L'homme a affirmé que l'argent a été volé après le meurtre, mais n'a pas expliqué comment il connaît ce détail puisque le sac n'a pas été retrouvé. Le journaliste Corrado Augias, animateur de l'émission Telefono giallo (it), a interviewé le témoin, mais la bande sur laquelle l'interview a été enregistré a été détruite, un acte attribué à des querelles politiques à Modène[7]. Le 13 juin, un criminel condamné du nom de Tommaso Nunzio Caliò est arrêté après qu'une prostituée ait affirmé qu'il avait tenté de la voler et de l'étrangler. L'ADN de Caliò a été comparé à celui trouvé sous les ongles de Santachiara, mais les résultats se sont révélés négatifs[3].
Fabiana Zuccarini
modifierLe , le corps de Fabiana Zuccarini, âgée de 21 ans, est retrouvé dans un fossé situé près de Modène[9]. Fabiana, comme Claudia, a été étranglée, son corps était vêtu à l'exception de ses chaussures et de ses chaussettes[3]. Les parents de Fabiana déclarent que leur fille leur a confié avoir rendez-vous ce soir-là avec un homme qu'elle appelait « lo zio ricco » (« l'oncle riche »)[7]. Cet homme, dispose d'un alibi. La piste liée au trafic de drogue est également explorée : une amie proche de la victime a en révélé qu'une semaine avant sa mort, Fabiana devait escorter une cargaison d'héroïne de Bologne à Modène. Cette piste, cependant, ne mène à rien. Le père de Fabiana engage un détective privé grâce auquel il découvre que, le soir du 7 mars, Fabiana a été vue en train de parler à un homme dans une boîte de nuit à San Felice sul Panaro, près de Modène[5]. Interrogé, celui-ci déclare l'avoir conduite à Rivara, près de Modène. Une perquisition menée à son domicile, découvre un stylo appartenant à Fabiana : l'homme devient ainsi le principal suspect mais le , il meurt dans un accident de voiture et l'affaire est classée[3].
Anna Abruzzese
modifierLe , le corps sans vie d'Anna Abruzzese, 32 ans, est retrouvé à san Prospero dans un fossé situé près de Modène (comme Fabiana Zuccarini 2 ans plus tôt)[5]. L'autopsie révèle qu'Anna a été tuée de multiples coups de couteau à l'abdomen et qu'elle a tenté de se défendre, se blessant aux bras et aux mains. Une prostituée déclare que quelques nuits auparavant, Anna a été forcée de monter dans une voiture sombre Alfa Romeo Giulietta par plusieurs personnes. Ces individus, identifiés et interrogés, ne sont pas liés à la mort d'Anna et l'affaire est classée[3].
Anna Maria Palermo
modifierLe , le corps d'Anna Maria Palermo, âgée de 21 ans, est retrouvé dans le canal d'un hameau situé près de Modène[4]. Elle a été tuée de douze coups de couteau à la poitrine. Il s'agit du seul cas où un sac à main est retrouvé sur les lieux du crime. Le principal suspect dans son affaire est un ancien chirurgien nommé Alessandro Tripi à qui Anna Maria a dérobé une importante quantité de drogue[10]. Le soir du 25 janvier, plusieurs témoins ont vu Anna Maria monter dans la voiture de cet homme, arborant la même coiffure que le jour de la découverte de son corps. Un autre témoin déclare que la plaque d'immatriculation de la voiture en question commence par les lettres « PR », correspondant à celle de l'ancien chirurgien. L’homme est finalement inculpé et jugé, mais acquitté faute de preuves. Avant le début du procès, le prêtre responsable d’une communauté nommé Don Giancarlo Suffritti a déclaré qu’une de ses protégées a été contrainte d’avoir des rapports sexuels par un homme qui l’aurait menacée avec un couteau[11]. L’homme aurait prétendu être le meurtrier et soupçonné d’être impliqué dans les crimes précédents, mais n’a pas été identifié[3].
Monica Abate
modifierMonica Abate, 31 ans, considérée comme la dernière victime officielle du Monstre de Modène, est retrouvée morte à son domicile le , une seringue plantée dans le bras gauche. L'hypothèse d'une mort par overdose est avancée, mais l'autopsie révèle que Monica a été étouffée par une main pressée sur sa bouche et son nez[12]. Le tueur n'aurait donc inséré la seringue dans le bras de Monica qu'après sa mort, afin de simuler une overdose. La jeune femme présente plusieurs ecchymoses et plaies aux mains, et des fragments de peau sont visibles sous ses ongles[13]. Un préservatif usagé est retrouvé dans la poubelle et des traces de sang, appartenant à la colocataire de Monica, sont découvertes dans l'escalier[5]. Cette dernière, interrogée puis acquittée en 1997, explique ces traces en déclarant avoir consommé une dose d'héroïne en attendant l'arrivée de la mère de Monica, qui a appelé précisément à cause de l'inquiétude suscitée par le silence de sa colocataire[1]. Un témoin déclare que cette nuit-là, vers 4 heures du matin, une voiture de carabiniers était garée devant le domicile de Monica, bien avant la découverte de son corps. L'enquête se concentre sur deux policiers ayant été en contact avec Monica, dont l'un a un casier judiciaire pour proxénétisme. L'ADN des deux suspects est comparé à celui retrouvé sous les ongles de Monica, mais les profils génétiques ne correspondent pas[14]. Cette affaire est également classée après plusieurs mois d'enquête[1].
Victimes présumées
modifierOutre les huit victimes officielles, le Monstre de Modène est soupçonné d’être impliqué dans les meurtres de deux autres prostituées[14].
Filomena Gnasso
modifierLa première d’entre elles est Filomena Gnasso, 43 ans, dont le corps est retrouvé le rue Soratore au marché à bestiaux de Modène par un éboueur. La femme, originaire d’Aversa qui résidait à Modène depuis des années a été poignardée cinq fois. L’affaire est rapidement classée et attribuée à un réseau local de prostitution, car Gnasso fréquentait ces milieux[14].
Antonietta Sottosanti
modifierDans l’après-midi du , un incendie s’est déclaré dans les immeubles de Windsor Park à Modène, et après que les pompiers l’aient éteint, ils ont retrouvé dans l’un des appartements le corps de Antonietta Sottosanti[5]. Elle portait une chaussette en nylon enroulée autour de la gorge. Les enquêteurs suspectent que le meurtrier a mis le feu afin de détruire les preuves sur la scène du crime[5].
Autour de l'enquête
modifierLe procureur adjoint de l'époque qui a enquêté sur les crimes du tueur, est retourné à Modène en 2008 en tant que procureur en chef et a déclaré que certains membres de la police et des carabiniers avaient été arrêtés à l'époque pour abus de pouvoir et atteinte à l'environnement, et que les enquêtes menées étaient sommaires, démontrant une négligence et une superficialité dans l'analyse de l'affaire[5].
L'affaire a été officiellement rouverte en 2019, et les autorités locales travaillent apparemment à résoudre les meurtres[15].
Dans les médias et la culture
modifierUn film documentaire intitulé « Labbra Blu – le monstre de Modène » (italien : Labbra Blu – il mostro di Modena), réalisé par Gabriele Veronesi, tourné en 2019 traite de ces meurtres[5].
Bibliographie
modifier- (it) Giovanni Iozzoli, Il mostro di Modena: Otto femminicidi ancora irrisolti [« Le Monstre de Modène : Huit féminicides encore non résolus »], Artestampa Edizioni, .
- (it) Luigi Guicciardi, Il ritorno del mostro di Modena. La prima indagine del commissario Torrisi [« Le retour du monstre de Modène. La première enquête du commissaire Torrisi. »], Damster Edizioni, .
- (it) Franco Ferrini, Modena : caccia al mostro, Shatter, .
Notes et références
modifier- 1 2 3 (it) Massimiliano Jattoni Dall'Asén, « Modena, il cacciatore di ragazze e la battaglia senza fine di una madre », sur Corriere della Sera,
- ↑ (it) Pamela Nardi, « Modena, il cacciatore di ragazze e la battaglia senza fina di una madre », sur nerocrime.com, 3 octobre 2020.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (it) Pasquale Salemme, « I nove omicidi di Modena rimasti senza un colpevole », sur Polizia Penitenziaria,
- 1 2 3 (it) Fabrizio Carcano, « Il mistero del Mostro di Modena, dieci delitti irrisolti tra gli anni '80 e'90 », sur Forensicnews.it,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (it) Laura Lipari, « La "vita", la droga, la morte: quel "mostro" dal mantello cremisi », sur Il Giornale,
- 1 2 (it) « Tossicomane uccisa con una coltellata al cuore », sur La Stampa,
- 1 2 3 (it) Elia Mazzotti Gentili, « Labbra Blu - il mostro di Modena », sur Modena Cultura,
- ↑ (it) Gianluigi Nuzzi, « Marina, Donatella e il mostro di Modena »,
- ↑ (it) « Giovane drogata uccisa nel Modenese », sur La Stampa,
- ↑ (it) Marco Marozzi, « Modena, Delitti a luci rosse », sur la Repubblica,
- ↑ (it) « "In confessionale ho saputo il nome del serial killer" », sur La Stampa,
- ↑ (it) Pierluigi Salinaro, « Modena, Caccia col DNA al killer delle lucciole », sur la Repubblica,
- ↑ (it) Alessandro Fulloni, « Dal foulard alla pelle sotto le unghie: al via la nuova inchiesta sul «mostro di Modena» che uccise otto donne », sur Corriere della Sera,
- 1 2 3 (it) Giovanni Gualmini, « Il Mostro di Modena, un mistero lungo 40 anni », sur Gazzetta di Modena,
- ↑ (it) Milena Soci, « E' mai esistito il Mostro di Modena? Tanti interrogativi su una scia di omicidi ancora irrisolti », sur Il Resto di Carlino,
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- (it) « Il Monstro di Modena », I, sur nerocrime.com
- (it) « Il Monstro di Modena », II, sur nerocrime.com
- (it) « Il Mostro di Modena, un mistero lungo 40 anni », sur gazzettadimodena.it, 18 octobre 2024.