Monument à Jean-Baptiste de Lamarck

statue de Léon Fagel

Le monument à Jean-Baptiste de Lamarck est un monument à l'entrée orientale du Jardin des plantes de Paris, place Valhubert. Il est inauguré en 1909 en l'honneur du naturaliste Jean-Baptiste de Lamarck. La statue en bronze est du sculpteur Léon Fagel.

Monument à Jean-Baptiste de Lamarck
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Dimensions (H × l)
180 × 120 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
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Histoire

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En 1884, des chercheurs néo-lamarckiens fondent la Réunion Lamarck, une association présidée par le préhistorien Gabriel de Mortillet. En 1887, elle publie une brochure biographique sur Lamarck et propose de lui élever un monument. Deux ans plus tard, pendant l'Exposition universelle de 1889, elle expose au Palais des Beaux-Arts un buste et une maquette d'une statue en pied du savant[1]. Mais elle ne rencontre alors qu'une relative indifférence[2].

En , est inaugurée la galerie de Zoologie (future Grande galerie de l'Évolution ; Lamarck a son portrait gravé en médaillon au centre de la façade principale, au centre de celui de neuf autres savants. En 1898, est inaugurée la Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée ; Lamarck a son buste au premier étage de la façade donnant sur le Jardin des plantes.

En 1908, le Royaume-Uni organise en grande pompe le centenaire de la naissance du naturaliste britannique Charles Darwin (1809-1882). Dans un contexte de rivalité impériale et scientifique, la France lance alors une souscription internationale pour élever un monument à Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829). Le monument revendique la prééminence de la science française, avec l'inscription du socle « Au fondateur de la doctrine de l'évolution »[3]. En fait, la doctrine de l'évolution développée par Lamarck est le transformisme, antagoniste du fixisme de son contemporain Georges Cuvier (lequel a depuis 1840 une statue, la fontaine Cuvier, à l'entrée opposée du Jardin des Plantes), et différente de la théorie darwinienne, qui ajoute à la transformation des espèces la sélection naturelle.

Statuette du concours pour le monument à Jean-Baptiste Lamarck, MNHN.

La souscription internationale ouvre en 1908. Elle est placée sous le patronage du président de la République Armand Fallières, du roi du Portugal Charles Iᵉʳ (correspondant au Muséum) et le prince de Monaco Albert Iᵉʳ (correspondant de l'Institut). Elle permet de réunir la somme de 45 000 F[4].

Statue de Lamarck, œuvre du sculpteur, in Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, t. 15, 1909.

La statue est réalisée par Léon Fagel, auteur de la statue en marbre de Michel-Eugène Chevreul inaugurée le à l'entrée du 57, rue Cuvier. Elle est fondue par Edmond Capitain-Geny et Cie, à l'usine de Bussy, située à Vecqueville, en Haute-Marne[4].

Elle est inaugurée le dimanche , dix jours avant les festivités pour Charles Darwin organisées par l'université de Cambridge[5]. L'année 1909 est également présentée comme le centenaire de la publication de La Philosophie zoologique, de Lamarck[6].

Lors de l'inauguration, l'assemblée est composée de savants, de professeurs, d'étudiants, d'anonymes et d'officiels de trente-sept pays différents. La famille Lamarck est représentée par la petite-fille du savant. Des discours sont prononcés par le directeur du Muséum, le naturaliste Edmond Perrier — fervent néolamarckien — puis par le botaniste Léon Guignard, de l'Académie des sciences, le zoologue Yves Delage, président de la Société zoologique de France, l'homme politique Pierre Lampué, conseiller municipal de Paris et président du conseil général de la Seine, et Gaston Doumergue, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts [7],[1]. La comédienne Constance Maille, de la Comédie-Française, lit le poème Lamarck d'Émile Blémont[8].

Le lendemain, lundi , est inaugurée la statue en bronze de Georges de Buffon réalisée par Jean Carlus, fermant la grande perspective du jardin, face à la Galerie de zoologie. Les deux monuments se font ainsi écho[4]. Les deux statues sont restaurées en 2021[6].

Description

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La pose de Lamarck est inspirée d'un portrait réalisé par Charles Thévenin conservé dans la famille Lamarck. Il est représenté dans la force de l'âge, assis et méditatif[4]. C'est la figure romantique du savant génial et isolé, incompris par ses contemporains fixistes[9].

Bas-relief au dos.

Un bas-relief au dos du monument représente Lamarck âgé et aveugle, soutenu par sa fille Aménaïde Cornélie de Lamarck[10]. Une inscription explicite la scène : « La postérité vous admirera / elle vous vengera, mon père. »[9]

Le piédestal est en pierre de Pouillenay rose. Il est exécuté par l'architecte du Muséum, Victor-Auguste Blavette. La liste des œuvres principales de Lamarck est inscrite de part et d'autre :

  • 1776-1792, Mémoire sur la Botanique et la Flore française
  • 1792-1815, Mémoire sur la Zoologie
  • 1794-1806, Mémoires sur la Météorologie et la Physique
  • 1802, Hydrogéologie, Fossiles des environs de Paris
  • 1809, Philosophie zoologique
  • 1815-1822, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres[9]

Sur le socle sont représentés divers animaux, en particulier des invertébrés marins, spécialité de Lamarck. Un axolotl est représenté sur la face avant, bien qu'il n'ait pas été étudié par Lamarck[11],.

Axolotl

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Cette salamandre néoténique ferait référence aux théories du néo-lamarckisme[12],[13]. Pour Darwin et les néodarwiniens, c’est la population qui change, sous l’action incessante de la sélection naturelle à l’échelle des organismes. Pour les néolamarckiens français, c’est l’organisme individuel qui se transforme, sous l’effet des contraintes du milieu et par l’intermédiaire de son activité physiologique[9].

Sur le bas-relief, l'axolotl semble émerger de l’océan primordial sous les rayons du soleil levant et les éclairs de l'énergie électrique. L'effet est renforcé par l'orientation du monument, face à l'est. L’axolotl représente symboliquement le passage de la vie aquatique à la vie aérienne, avec le jeu de l’hérédité des caractères acquis[9].

Notes et références

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Références

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  1. 1 2 « Inauguration de la statue de Lamarck », Publications de la Société Linnéenne de Lyon, vol. 28, no 1,‎ , p. 102–104 (lire en ligne, consulté le ).
  2. ↑ Richard Nathalie, « Des dîners Lamarck au monument, la construction d'une mémoire », dans G. Laurent, Lamarck, actes du 119e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Amiens, 1994, Paris, CTHS, (présentation en ligne, lire en ligne), p. 629-646.
  3. ↑ Christophe Levent, « À la chasse aux statues du Jardin des plantes », sur Le Parisien, (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 Françoise Serre, Les statues du Jardin des plantes, Paris, Museum national d'histoire naturelle, , 61 p. (ISBN 978-2-85653-665-0), p. 14-17.
  5. ↑ « Monument à Jean-Baptiste Lamarck », sur A nos grands hommes.
  6. 1 2 « Monument à Lamarck (1908 | MNHN », sur www.mnhn.fr (consulté le ).
  7. ↑ Edmond Perrier, Yves Delage et Léon Guignard, Inauguration du monument de Jean de Lamarck : au Muséum d'histoire naturelle, le dimanche 13 juin 1909, Paris, Gauthier-Villars, (lire en ligne).
  8. ↑ « Inauguration du monument élevé à Jean de Lamarck », Imprimerie nationale, vol. 15,‎ , p. 293 (lire en ligne).
  9. 1 2 3 4 5 Laurent Loison, « La statue de Lamarck », Cahiers François Viète,‎ , p. 15-30 (DOI 10.4000/cahierscfv.1014, lire en ligne).
  10. ↑ Lou Dequidt, « Le Festival du Monde interroge la place des femmes dans la statuaire parisienne », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  11. ↑ L'axolotl n'a été étudié en détail qu’en 1865, par le zoologiste du Muséum Auguste Duméril (1812-1870).
  12. ↑ Jean-Baptiste de Lamarck et Charles Martin, Philosophie zoologique, Paris, C. Martins, , 506 p. (lire sur Wikisource, lire en ligne), « Introduction biographique », p. XXIX-XXX.
  13. ↑ Yvette Conry, « Comment a-t-on pu être néo-lamarckien en France (1843-1930) ? », Nuncis, vol. VIII, no 2,‎ , p. 491 :
    « [...] ainsi l’élucidation des métamorphoses de l’axolotl, menée par Duméril en 1865 valide-t-elle, par une mise à jour a posteriori et par la positivité/intelligibilité d’une causalité expérimentale, la pertinence du corpus lamarckien de 1809. »
    .

Liens externes

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