Mosquée Jamali-Kamali

monument historique de Delhi

La mosquée Jamali-Kamali est un ensemble architectural ancien près de Delhi. Construit sur commande du poète et mystique soufi Jamali Kamboh (en) au XVIe siècle, il accueille ensuite son tombeau. Au XXe siècle, le bâtiment est inscrit comme monument historique national, puis, au début du siècle suivant, une partie de la communauté musulmane locale réclame que la mosquée soit reclassifié comme lieu de culte. Par ailleurs, dès le XIXe siècle, la tombe de Jamali est entourée d'une légende selon laquelle il serait enterré avec son amant Kamali, et il devient ainsi une icône gay en Inde au tournant du XXIe siècle.

Mosquée Jamali-Kamali
L'entrée de la mosquée.
Présentation
Type
Fondation
Architecte
Jamali Kamboh (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Monument d'importance nationale (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Localisation
 Inde
Coordonnées
Carte

Histoire

modifier

Selon le Ma'asir al-umara (en), Jamali a d’abord été enterré dans une résidence qu’il avait fait bâtir dans la vieille ville de Mehrauli, appelée à l’époque Qutb Sahib; puis Jamali a été inhumé une deuxième fois dans la tombe préexistante du dénommé Zainuddin, attenante à la nouvelle mosquée construite par son fils Shaikh Gadai Kamboh (en) après la mort de son père en 1535-36. Selon l’historien Salim Zaweed, la construction de la tombe de Jamali est réputée avoir été commencée en 1528-29[1].

En 1997, la mosquée et les deux tombeaux sont enceints dans le Mehrauli Archaeological Park (en)[1].

Architecture

modifier

Pour l’historien Percy Brown (en), qui ne parle que de la mosquée et pas des mausolées, ce bâtiment montre qu’après la première bataille de Panipat, l’architecture moghole intègre des éléments caractéristiques de la dynastie des Lodi. Brown présente donc la mosquée Jamali Kamali comme une préfiguration de la mosquée Qila-i-Kuhna (en), et comme une transition entre le style du sultanat de Delhi et celui des Moghols[1].

En 2024, une restauration du bâtiment est annoncée[2].

Politique

modifier
Un horaire des prières, un tapis de prière et des accessoires de fortune posés devant le mihrab central.

Il n’y a pas de procession comme sur d’autres dargahs parce que le bâtiment est sous la supervision du Archaeological Survey of India. Le culte y est interdit, mais le dépôt d’accessoires liturgiques indique que des prières clandestines ont lieu. En 2009, environ deux cent personnes tentent de prier dans la mosquée, en accusant l’administration de tolérer des relations sexuelles dans l’enceinte du bâtiment[3]. Le Delhi Waqf Board (en) réclame que la mosquée puisse redevenir un lieu de culte[4].

De nombreuses visites guidées ont lieu devant ou dans ce monument historique, et présentent son histoire de diverses manières influencées par les tensions politiques contemporaines[4]. Le bâtiment est gardé et vidéosurveillé. Il a une réputation de lieu hanté par des djinns[5].

Légende amoureuse

modifier
Les deux tombes du caveau de Jamali.

Au XIXe siècle, la communauté des pèlerines qui se rendent aux tombes de saints soufis façonne la légende selon laquelle l’homme enterré dans la tombe directement adjointe à celle de Jamali aurait été son amant. Le nom de Kamali est probablement inventé à ce moment pour rimer avec celui de Jamali[6]. Cette tradition orale n’est pas reconnue par l’Archeological Survey of India, qui écrit sur le panneau à l’entrée du site que Kamali était le frère de Jamali. Aucune certitude historique n’existe sur l’identité de Kamali[1]. Au XXIe siècle, l’autrice américaine Karen Chase prend connaissance de cette histoire traditionnelle et publie un long poème épique qui s’en inspire, pour raconter l’histoire d’amour entre Jamali et Kamali, en s'appuyant sur les indications de l'historien Bruce Wannell (en) pour mieux saisir cette époque[7]. Après la publication de son œuvre de fiction, Chase est surprise de constater que des portails touristiques citent son texte comme un véritable poème du XVIe siècle[8].

La mosquée et le tombeau acquièrent le surnom de « Taj Mahal gay » ou le « Taj Mahal queer » et deviennent un symbole de la cause LGBT indienne[9],[10]. La légende est considérée comme l’exemple le plus célèbre d’une relation non hétérosexuelle à l’époque des Lodi[11]. Le photographe Sunil Gupta estime que cet ensemble est « le seul monument gay en Inde »[12].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 (en) Salim Zaweed, « Medieval Monuments of Mehrauli: Reality and Myth », Proceedings of the Indian History Congress, Indian History Congress, vol. 76,‎ , p. 748‑758 (ISSN 2249-1937)
  2. ↑ (en) Anuja Jaiswal, « Delhi: Jamali-Kamali mosque, tomb adjacent to it set to get fresh lease of life », The Times of India,‎ (ISSN 0971-8257, lire en ligne)
  3. ↑ (en-US) Mumtaz Alam Falahi, « As ASI fails to protect sanctity of mosque, villagers come out to establish namaz », Two Circles (en),‎ (lire en ligne)
  4. 1 2 (en) Navina Jafa, Performing Heritage: Art of Exhibit Walks, SAGE Publications, , 211 p. (ISBN 978-81-321-1701-8)
  5. ↑ (en) Akanksha Arora, « The Tale Of Delhi’s Jamali Kamali Mosque Which Is Said To Be Haunted By Djinns; But How True Is That? », Times Now (en),‎ (lire en ligne)
  6. ↑ (en-US) Tara Sheemar, Khurshid Alam, « The Miraculous Feminine Within Islamic Mysticism », Antrocom, vol. 20, no 2,‎ (ISSN 1973-2880, lire en ligne)
  7. ↑ (en) Laurie Fendrich, « Love, dreams and dystopia: Karen Chase’s ‘Two Tales’ », The Lakeville Journal,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ (en-US) Marisa Labozzetta, « BOOK REVIEW: Karen Chase’s "Two Tales: Jamali Kamali and ZundelState" », The Berkshire Edge,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ (en) Kulsoom Faiz, « Jamali Kamali: A Tale Of Representative Myth », sur Feminism in India, (consulté le )
  10. ↑ (en-US) Reeta Loi, « India has always been queer AF – we even have a gay Taj Mahal », Gay Times,‎ (lire en ligne)
  11. ↑ (en) Nilanjan Sarkar, « Forbidden Privileges and History-Writing in Medieval India », The Medieval History Journal, SAGE Publications India, vol. 16, no 1,‎ , p. 39 (ISSN 0971-9458, DOI 10.1177/097194581301600102)
  12. ↑ (en) Sunil Gupta, Wish you were here: memories of a gay life, New Delhi, Yoda Press, (ISBN 978-81-906668-0-0)

Bibliographie

modifier
  • (en) Mohammed Barber, « Rose and Lemongrass Tea », Wasafiri (en), Routledge, vol. 36, no 4,‎ , p. 69‑77 (ISSN 0269-0055, DOI 10.1080/02690055.2021.1957232)
  • (en) Karen Chase, Jamali-Kamali: a tale of passion in Mughal India, Ahmedabad, MapinLit, , 1re éd., 79 p. (ISBN 978-81-89995-12-6)
  • (en) Karen Chase, « Jamali Kamali Airborne in History », The Common (en),‎ (lire en ligne)
  • (en) Madhavi Menon, chap. 1 « Darghas », dans Infinite variety: a history of desire in India, New Delhi, Speaking Tiger, (ISBN 978-93-87693-24-1)
  • (en) Syed Yusuf Shahab, « Hazrat Shaikh Jamali Kamboh (1535 CE) », dans Syed Yusuf Shahab, The Lost Sufis of Delhi: Forgotten Sufis & Heritage Encyclopedia, OrangeBooks Publication,
  • (en) Ronald Vivian Smith (en), « Grave Mysteries », dans The Delhi that No-one Knows, New Delhi, Orient Blackswan, (ISBN 978-81-8028-020-7)