Mosquée Sidi Yati
La mosquée Sidi Yati est une mosquée ibadite située sur la côte sud‑ouest de l'île de Djerba, en Tunisie. Probablement fondé au Xe siècle, le sanctuaire constitue l'un des principaux lieux de pèlerinage ibadites de l'île. Le monument se distingue par une organisation architecturale complexe articulée autour d'une esplanade (rahba) centrale, d'une salle de prière à coupoles, d'une qoubba funéraire et de plusieurs espaces annexes liés aux pratiques rituelles.
| Mosquée Sidi Yati | |
Vue extérieure de la mosquée. | |
| Présentation | |
|---|---|
| Nom local | Jâma‘ Sidi Yati |
| Culte | Islam (ibadisme) |
| Type | Mosquée-sanctuaire (mazar) |
| Début de la construction | Xe siècle |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Djerba |
| Coordonnées | 33° 42′ 25″ nord, 10° 51′ 41″ est |
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Histoire
modifierLa mosquée semble occuper un site ancien, peut‑être fréquenté avant l'époque islamique, comme l'indiquent un chapiteau antique et la présence d'un site romain voisin. Les travaux de 2019 révèlent que la salle de prière est construite avec de grands blocs de pierre provenant probablement du site de Haribus[1].
Les traditions locales associent le lieu à Khalaf ibn Ahmad, connu sous le nom de Sidi Yati, chef des Nukkarites de Djerba, dont la mort survient au Xe siècle. Selon ces récits, il est enterré à l'endroit où il méditait face à la mer, et la mosquée aurait été édifiée autour de son tombeau[1].
La mosquée Sidi Yati est considérée comme un sanctuaire ancien dont la construction remonterait au IVe siècle de l'hégire, ou légèrement avant. Au fil du temps, l'édifice connaît plusieurs transformations, notamment la rénovation complète de la salle de prière et le remplacement d'anciennes colonnes par des piliers dans le portique. Malgré ces interventions tardives, la structure générale du sanctuaire et plusieurs de ses pièces annexes conservent leur apparence originelle. L'importance des annexes et l'étendue des espaces rituels témoignent de la vocation de la mosquée comme haut lieu de pèlerinage, fonction qu'il semble avoir conservée jusqu'à nos jours[2].
Le nom de la mosquée apparaît pour la première fois sur la carte de 1857 réalisée par l'École militaire du Bardo. Il figure ensuite sur la carte du Service hydrographique de la marine en 1889 sous la forme Sidi Hiati. La toponymie évolue au fil des documents : Sidi Hiali sur la carte de 1906, Sidi Yati sur celle de 1928, puis Sidi Yâti sur la carte de 1966. Le lieu est également désigné sous le nom Amiy Yati, qui correspond à la forme berbère de Sidi Yati[3].
Les récits populaires locaux proposent une explication du nom Yati, bien qu'elle ne corresponde pas aux données historiques. Selon ces traditions, Abu Miswar, considéré comme le premier ibadite wahbite arrivé à Djerba, reçoit le surnom de Miswar ou Amizwar, signifiant « premier » en berbère. Le second arrivant est surnommé al‑Mithnī, « deuxième ». Les deux hommes se demandent ensuite qui viendrait après eux et répondent : « celui qui arriverait » (kāna mā ya'tī). Khalaf ibn Ahmad étant le suivant, il est alors appelé « Yati »[3] La tradition locale affirme qu'il est enterré dans l'esplanade (rahba) du sanctuaire[2].
Unités architecturales
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Le sanctuaire occupe une aire rectangulaire de 20 × 16 m orientée Nord–Sud. Ses différentes composantes s'organisent autour d'une esplanade irrégulière appelée rahba, entourée d'un muret bas. L'unique entrée, située au nord, donne accès à une série de marches menant à l'espace central. La salle de prière, implantée dans l'angle nord‑ouest, constitue le volume dominant de l'ensemble[2].
Salle de prière
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La salle de prière présente un plan presque carré (8 × 7,5 m) et des parois extérieures enduites de chaux. Une banquette de 50 cm de hauteur longe les murs, interrompue uniquement par le volume du mihrab. La façade est bordée d'un gradin à trois niveaux, probablement destiné à l'appel à la prière. Le toit est marqué par un lanternon pyramidal (jâmûr) de 2,5 m et par quatre coupoles semi‑circulaires délimitées par un acrotère élevé[4].
L'entrée ouvre sur un espace presque carré, centré autour d'une colonne massive de 50 cm de diamètre. Quatre doubles arcades portées par des pilastres à chapiteaux corinthiens structurent l'espace et supportent les coupoles via des bases octogonales. Les angles sont couverts de petites coupoles en forme de coquille. De petites ouvertures au‑dessus des arcades assurent l'éclairage naturel. Le mihrab, légèrement décalé vers la gauche, est une niche simple (1,85 × 0,85 m) créant une ondulation extérieure évoquant un contrefort. Les premières marches du minaret commencent à son niveau. Les autres parois sont aveugles et enduites de chaux[4].
Pièce nord
modifierLe côté nord de l'esplanade est délimité par une pièce rectangulaire (5,6 × 1,6 m) séparée de la salle de prière par les marches d'entrée. Ne possédant qu'une seule ouverture, elle est longée par une banquette basse. Sa fonction originelle n'est pas connue[5].
Antichambre et qoubba
modifierLe côté orientale accueille une antichambre (rawda) attenante à une salle de tombeau, la qoubba, dont le volume cubique (5,3 m de côté) est surmonté d'une coupole semi‑circulaire. Le passage du plan carré à la base octogonale de la coupole est assuré par quatre coquilles en quart de cercle, procédé également utilisé dans la salle de prière. Les matériaux de construction sont identiques dans les deux espaces[5].
Pièces sud
modifierLe côté sud est occupé par une salle presque carrée (4,3 m de côté) accessible par une petite porte (1,6 × 0,85 m) surmontée d'un arc de décharge. L'intérieur est divisé en deux parties parallèles séparées par une arcade semi‑circulaire de 2,7 m de diamètre[5].
Cuisine et stockage
modifierPortique
modifierLe portique, appelé localement bortal, prend la forme d'une galerie rectangulaire (11 × 4,3 m) s'étendant d'est en ouest. Il s'ouvre sur l'esplanade par cinq arcades semi‑circulaires portées par des piliers modernes remplaçant d'anciennes colonnes. Son toit plat repose sur une charpente en bois de palmier (çannûr). Le mur sud (qibla) est marqué par un mihrab arrondi de 1,7 m de hauteur. Hormis les arcades, le portique ne comporte aucune autre ouverture et sert traditionnellement à la prière estivale[7].
Fonction cultuelle
modifierL'importance des annexes, la présence d'une qoubba et la permanence des espaces de réception et de cuisine témoignent de la vocation du sanctuaire comme haut lieu de pèlerinage. Cette fonction se maintient jusqu'à nos jours, notamment lors des grandes fêtes rituelles[5].
Références
modifier- 1 2 Prevost 2023, p. 59.
- 1 2 3 Benkari-Boudidah 2014, p. 328.
- 1 2 Prevost 2023, p. 56.
- 1 2 Benkari-Boudidah 2014, p. 329.
- 1 2 3 4 Benkari-Boudidah 2014, p. 331.
- ↑ Benkari-Boudidah 2014, p. 332.
- ↑ Benkari-Boudidah 2014, p. 330.
Bibliographie
modifier- Naima Benkari-Boudidah, L'architecture des mosquées Ibadites au M'zab, à Djerba et Oman, t. 2 : Lecture des principes de conception et de construction, Sarrebruck, Presses académiques francophones, , 485 p. (ISBN 978-3841622808, lire en ligne).
- Virginie Prevost (photogr. Axel Derriks), Résistance et dévotion : anciens sanctuaires ibadites de Djerba, Londres, British Institute for Libyan and Northern African Studies, , 338 p. (ISBN 978-1915808042, lire en ligne).
