Mosquée El Ghar

mosquée de Djerba, Tunisie

La mosquée El Ghar (arabe : جامع الغار), également appelée mosquée El Ghar Majmâj, Ghâr Majmâj ou Amajmâj, mosquée Ben Bian ou mosquée Ben Biyân, est une mosquée ibadite située dans la campagne de l'île de Djerba, en Tunisie. Elle est surtout connue pour la grotte comprise dans son enceinte, associée par la tradition à des savants ibadites et à la mémoire religieuse de l'île.

Mosquée El Ghar
Image illustrative de l’article Mosquée El Ghar
Vue de l'entrée de la grotte.
Présentation
Nom local Ghâr Majmâj ou Ben Biyân
Culte Islam (ibadisme)
Type Mosquée
Début de la construction Incertain ; grotte probablement antérieure au XIe siècle
Protection Monument historique classé et protégé en Tunisie (2022)
Géographie
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Région Djerba
Coordonnées 33° 48′ 43″ nord, 10° 49′ 00″ est

Carte

Le site appartient à l'ensemble des mosquées de Djerba dont l'architecture se distingue souvent par la sobriété des volumes, l'adaptation au paysage rural et, dans certains cas, par des fonctions défensives ou communautaires.

Localisation

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La mosquée se trouve dans un secteur isolé de la campagne djerbienne, au milieu d'oliveraies. Les descriptions anciennes la situent au nord-est de la mosquée Bouliman et au nord / nord-est de la mosquée Ouelhi. L'accès se fait par des pistes rurales, parfois difficiles à emprunter[1].

Dénomination

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Le monument est connu sous plusieurs noms. L'appellation El Ghar renvoie à la grotte intégrée au complexe, tandis que Ghâr Majmâj ou Amajmâj est lié au toponyme local. Le terme Majmâj est interprété comme une référence à une communauté unie et solidaire. Dans l'usage local, la prononciation Megmeg est également mentionnée[2].

Le nom Ben Biyân provient de la famille chargée de l'entretien du lieu. Des documents cartographiques du début du XXe siècle emploient des formes voisines, telles qu'El Boubiane ou Bou Biane, tandis que d'autres auteurs transcrivent le nom sous la forme Benbyian[2].

Architecture

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Vue extérieure de la mosquée.

Le complexe est entouré d'un mur d'enceinte ancien, percé de plusieurs accès. Des meurtrières, autrefois disposées à intervalles réguliers, y sont encore partiellement visibles. La cour comprend plusieurs citernes, la salle de prière, la grotte, un bâtiment annexe, des pièces de service et un local destiné aux ablutions[2].

La salle de prière se distingue par deux grands contreforts encadrant l'entrée. Elle comporte deux mihrabs. D'autres mihrabs sont signalés dans les ruines d'un ancien riwaq et dans le mur d'enceinte, ce qui porte leur nombre total à quatre. Cette multiplicité des mihrabs correspond à une caractéristique fréquemment observée dans l'architecture ibadite du Maghreb[3].

La façade nord, proche de la grotte, est aménagée pour limiter l'infiltration des eaux pluviales vers les espaces souterrains. La façade ouest possède une petite entrée secondaire, dont la position inhabituelle s'explique probablement par la présence de la grotte au nord. La salle de prière aurait été agrandie à plusieurs reprises, notamment vers l'est puis par l'ajout d'une travée au nord. Au sud de la cour s'étend un cimetière d'environ 1 900 m2. À quelque 250 mètres au nord, les vestiges d'une huilerie souterraine rappellent l'importance ancienne de l'oléiculture dans cette partie de Djerba[3].

Rampe d'accès à la grotte.

La grotte est creusée à environ cinq mètres de profondeur dans une couche de pierre mêlée d'argile. On y descend par une rampe de treize marches, très usées par endroits. L'accès mène à un vestibule, puis à deux galeries orientées vers le nord-ouest et le sud-est. Chacune mesure environ trois mètres de profondeur, avec une hauteur proche de 2,20 mètres et une largeur comprise entre 1,20 et 1,40 mètre. Contrairement à plusieurs autres mosquées souterraines ibadites, la grotte ne possède pas de mihrab. Elle ne paraît donc pas avoir été conçue comme une véritable salle de prière collective, mais plutôt comme un espace de retraite, de réunion ou d'étude. Des traces d'ouverture ou de niche comblée laissent supposer qu'elle a pu être plus vaste à l'origine[4].

Une entrée ancienne, désormais bouchée, aurait existé à l'extérieur de l'enceinte, au nord-ouest de la cour. Cette hypothèse renforce l'idée que la grotte a connu plusieurs phases d'aménagement et qu'elle a pu disposer autrefois de deux accès[5].

Histoire

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La tradition ibadite associe la grotte à la réunion de sept savants qui auraient participé à la transmission et à la mise par écrit du patrimoine religieux ibadite. Ces travaux sont liés à la formation intellectuelle et institutionnelle de la communauté des azzâba, importante dans l'histoire de l'ibadisme djerbien[5].

La datation de la grotte demeure incertaine. Certains chercheurs la placent avant le XIe siècle, voire entre les IXe et XIe siècles, en raison de l'ancienneté des traditions troglodytiques à Djerba et de la présence d'autres lieux de culte souterrains dans le monde ibadite. La mosquée elle-même serait postérieure ou contemporaine de l'usage religieux de la grotte, mais aucune date de fondation sûre n'est connue[5].

Le rattachement du site à la famille Ben Biyân est plus tardif dans les sources disponibles. L'un de ses représentants les plus connus, ‘Alî ibn Sâlim ibn Biyân, est mentionné comme élève d'un savant ibadite actif dans la halqa djerbienne au XVIIe siècle. Aucun élément ne permet cependant d'établir un lien direct entre ce personnage et la fondation de la mosquée[6].

Traditions et usages

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Dans la tradition orale locale, la grotte est investie d'une dimension protectrice et thérapeutique. Les habitants de la région d'Oued Zbib y associent autrefois des pratiques de recherche de barakah, notamment l'allumage de bougies ou le dépôt d'aliments. Ces usages ne seraient plus pratiqués de nos jours, mais demeurent présents dans les récits des anciens[6].

La mosquée disposait également de habous, comprenant notamment des oliviers et une parcelle plantée de palmiers. Les revenus issus de l'huile d'olive, des dattes et des céréales contribuaient à l'entretien du lieu de culte et au fonctionnement des activités religieuses associées aux azzâba[7].

Notes et références

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  1. ↑ Prevost 2023, p. 61.
  2. 1 2 3 Prevost 2023, p. 62.
  3. 1 2 Prevost 2023, p. 63.
  4. ↑ Prevost 2023, p. 64.
  5. 1 2 3 Prevost 2023, p. 65.
  6. 1 2 Prevost 2023, p. 66.
  7. ↑ Prevost 2023, p. 67.

Bibliographie

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Voir aussi

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