Mottureau
En géomorphologie le terme mottureau désigne un type de micro-relief ou de micro-modelé où alternent des monticules végétalisés et des dépressions, observable dans certains marais maritimes et dans certains marais continentaux[1]. Le mot, d'origine vendéenne, serait employé dans le marais poitevin[2]. En anglais, il a été traduit par hummock[3] ce qui en fait correspondrait à Swamp Hummock. On retrouve des mottureaux dans de nombreuses régions du monde, où ils portent un grand nombre de noms différents dont ceux de pimple mound en Louisiane ou de hog wallow en Californie et celui, australien, de gilgaï retenu par plusieurs auteurs[1],[2].

Description
modifierLa partie la plus haute des mottureaux domine de quelques centimètres à un mètre la partie en dépression, mais exceptionnellement ont été décrits des monticules de 1,80 m au Queensland et il n'est pas exclu qu'il en existe de 2,50 mètres de haut[1]. La forme du monticule varie beaucoup : on peut opposer des dômes hémisphériques à des buttes à sommet plats. Certains monticules sont étroits et allongés, d'autres circulaires.
Explications
modifierLes hypothèses les plus farfelues ont été faites pour expliquer l'existence de mottureaux : la page de blog « Le mystère des Mima Mounds » en donne un très bel exemple[4]. La mise en place de mottureaux est directement liée à la nature des sédiments, des argiles gonflantes. Ils se développent à partir des alternances d'hydratation et de dessiccation[1]. Il ne faut donc pas confondre les mottureaux :
- avec les touradons qui sont une accumulation de matière organique construite par des végétaux ;
- avec les thufurs, hummocks et les buttes gazonnées périglaciaires dont la genèse est liée aux alternances de grand froid et de dégel ;
- avec les tertres artificiels construits par les agriculteurs sur le pourtour peu profond de certains lacs africains ;
- avec les cercles de fées d'Afrique australe, d'origine végétale ;
- avec des taupinières et des termitières en dôme.
Des campagnes de drones menées entre 2019 et 2023, combinant orthophotographies, analyses spectrales, modélisations numériques et analyses des sols, conduisent en 2026 à une explication cohérente : loin d'être disposés au hasard, les mottureaux résultent d'un double processus d'auto-organisation. En période sèche, un assemblage précis de polygones s'organise entre les fissures. Au retour de la saison humide, l'eau douce s'infiltre dans le sol argileux salé qui gonfle et entraîne l'élévation d'une partie des polygones, des mottureaux, en dessinant des motifs géométriques. Les fissures profondes guident l'infiltration de l'eau de pluie, qui abaisse la salinité de l'eau des couches profondes et déclenche ainsi la surélévation des mottes. Le passage de troupeaux sur ces sols crée des chemins qui modifient les motifs des mottureaux, influençant ainsi leur organisation[5],[6].
Gestion
modifierIl ne sert à rien de détruire les mottureaux comme cela a été fait dans le marais poitevin, aux États-Unis ou en Australie. Sauf si le drainage a été modifié, ceux-ci se reconstituent en quelques années[1].[réf. nécessaire]
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Fernand Verger, « Mottureaux et Gilgais », Annales de géographie, no 398, vol 73, , page 428.
- 1 2 Antoine Da Lage & Georges Métailié, Dictionnaire de biogéographie végétale : Nouvelle Édition encyclopédique et critique, Paris, CNRS, , 962 p.
- ↑ (fr + en) Magdeleine Moureau et Gérald Brace, Dictionnaire des Sciences de la Terre - Comprehensive Dictionary of Earth Science, Paris, Technip, , page 888.
- ↑ « Le mystère des Mima Mounds », sur Les "émanants",©messagers de la nature (consulté le )
- ↑ « Sol des marais : comment l’auto-organisation des sols argileux façonne le paysage », sur CNRS, (consulté le ).
- ↑ (en) Mélissa Marius, Fabien Hubert, Emmanuel Tertre, Élise Le Gouguec, Stephen Hillier et al., « Soils from marsh: self-organization of biogeomorphological paludal patterns, their potential formation mechanisms and ecological interest », Journal of the Royal Society Interface (en), vol. 23, no 236, , article no 20250605 (DOI 10.1098/rsif.2025.0605
).