Moulin d'Abzac

manufacture à Abzac (Gironde)

Le moulin d'Abzac, aussi appelé manufacture d'Abzac, est un ancien moulin à eau devenu site industriel. Il est situé sur l'Isle, au pied du château d'Abzac, sur la commune d'Abzac, dans le département de la Gironde, en Nouvelle-Aquitaine.

Moulin d'Abzac
La manufacture du XVIIIe siècle, côté cour.
Présentation
Type
Destination initiale
Moulin à blé et à foulon
Destination actuelle
Siège social du groupe Abzac
Style
Début de construction
1471 (premier moulin)
Fin de construction
1780 (manufacture actuelle)
Propriétaire initial
Seigneurs de Fronsac (bail à fief)
Propriétaire actuel
Groupe Abzac
Patrimonialité
Localisation
Pays
Commune
Coordonnées
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Fondé en 1471 à la suite d'un bail à fief accordé par le seigneur de Fronsac[1], le moulin est transformé au XVIIIe siècle en une grande manufacture de farine, tournée vers le commerce avec les Antilles[2],[3]. Le site a ensuite accueilli une minoterie mécanisée, une huilerie d'arachides, une rizerie, une centrale hydroélectrique et une scierie[3]. Depuis 1928, il abrite une fabrique de cartonnages, devenue le groupe Abzac, qui y a toujours son siège social[3],[4].

Le moulin forme avec le château un même domaine depuis 1600[5]. L'ensemble est classé monument historique depuis 2013[2].

Histoire

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La fondation (1471)

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Des moulins existent sur l'Isle et la Dronne dès le Moyen Âge, mais la guerre de Cent Ans désorganise leur activité. Ce n'est qu'après 1453 que les seigneurs de Fronsac relancent leur construction de manière régulière[1]. À partir de 1466 et pendant une vingtaine d'années, ils concèdent des baux à fief nouveau pour créer des moulins à Coutras, Sablons, Abzac, Penot et Laubardemont[1].

Le 18 juin 1471, le procureur de Louis de Prie, seigneur de Fronsac, concède à fief à Antoine Boneau et Johan Coulombs aîné un emplacement désert sur l'Isle, dans la paroisse Saint-Pierre d'Abzac, près de l'église et au-dessus du château, afin d'y construire des moulins[1]. Le moulin est mentionné dans les textes en 1480[2][note 1].

Les Fournier, les Fournel et les Goderville (1600-1789)

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Le moulin passe ensuite à la famille Fournier[1]. En 1600, il est réuni au château qui le domine pour former un seul domaine[5]. En 1662, Raphaël de Fournel, chevalier et seigneur de Tayac, déjà propriétaire du château, l'achète à son tour[1].

En 1763, le moulin revient par héritage à la famille Roussel de Goderville[1],[3]. Il compte alors trois paires de meules à farine et deux foulons à drap. On lui ajoute la même année des magasins[3]. Dès 1768, les foulons sont remplacés par des meules, portées au nombre de sept paires[3]. En 1780, les magasins qui longent la rivière sont agrandis. On construit aussi deux ailes, une forge, des écuries et une écluse[3]. La manufacture est achevée vers 1778-1782[6].

Le moulin devient alors l'une des premières manufactures du Bordelais[6]. Sa farine approvisionne les navires qui relient Bordeaux aux Antilles[2]. La production est expédiée par bateau sur l'Isle : chaque quinzaine, trois bateaux emportent chacun 500 sacs d'environ 100 kg[3].

La Révolution et le projet de fonderie (1789-1796)

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La Révolution interrompt l'activité[7]. En 1793, le conventionnel Gilbert Romme choisit le site pour y installer une fonderie de canons[3]. Il la baptise « Gardorisle », d'après la Garonne, la Dordogne et l'Isle, et veut aussi en faire une école où de jeunes citoyens seraient formés au travail[8]. Le moulin est démoli pour les besoins du projet, qui est rapidement abandonné[3],[1].

La minoterie des Rozier (1796-1883)

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Vendu comme bien national, le domaine est acheté en 1796 par la famille Rozier, négociants bordelais[2],[7]. Les nouveaux propriétaires reconstruisent tous les bâtiments et installent une minoterie mécanisée, qui fonctionne jusqu'en 1883[3].

L'équipement se modernise au cours du XIXe siècle. En 1856, deux turbines et sept roues à cuve actionnent huit paires de meules et un crible[3]. En 1867, la minoterie reçoit des appareils de nettoyage des grains fournis par les ateliers Brault et Béthouard, de Chartres[3]. En 1872, elle dispose de quatre rouets et de trois turbines Francis, pour une puissance totale de 146 ch[3]. En 1850, elle emploie cinq meuniers, deux commis et sept manœuvres. Chacun des trois bateaux de transport compte un équipage de trois hommes[3].

L'huilerie Calvé (1866-1897)

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En 1866, une huilerie s'installe sur le site en association avec la maison Calvé, spécialisée dans le commerce des arachides du Sénégal[9],[10]. Le moulin est loué à la famille Calvé et fonctionne pendant quelques années à la fois comme minoterie et comme huilerie[2]. L'huilerie reçoit quatre chaudières à vapeur en 1873, une turbine Brault et Teisset en 1883, puis quatre turbines de 15 à 75 ch en 1891[3]. Elle emploie 60 personnes en 1868 et 150 ouvriers en 1890[3].

À l'étroit à Abzac, la maison Calvé transfère son huilerie dans les bâtiments de la minoterie voisine de Laubardemont, à Sablons, détruite par un incendie en 1893[9],[11]. L'huilerie d'Abzac cesse son activité en 1897[2].

Rizerie, centrale et scierie

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Après le départ de l'huilerie, le site sert successivement de rizerie, de microcentrale hydroélectrique et de scierie[3]. En 1925, la centrale compte quatre turbines de 100 kW et deux machines à vapeur de 200 et 400 kW[3]. Un bâtiment en béton armé est construit pour elle sur les arches en pierre de l'ancien moulin[3]. De 1953 à 1993, elle est équipée de quatre turbines Kaplan fabriquées par Alsthom-Charmilles[3].

Les cartonnages d'Abzac (depuis 1928)

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En 1928, Pierre-Antoine d'Anglade installe dans la manufacture une fabrication de tubes en carton, destinés aux papeteries du Sud-Ouest[4],[12]. L'entreprise, d'abord appelée « Les Cartonnages d'Abzac », devient Abzac S.A.[3]. Elle fabrique des mandrins pour la papeterie et des fûts en kraft pour l'industrie chimique[3],[1]. Une nouvelle cartonnerie est construite sur le site dans les années 1960 et agrandie dans les années 1980[3]. En 1982, l'entreprise emploie 200 personnes[3].

L'entreprise s'étend ensuite à l'international et devient un groupe présent en Europe et en Amérique du Nord[4],[12]. Son capital reste détenu par la famille d'Anglade[4]. La manufacture du XVIIIe siècle a été restaurée et abrite le siège social du groupe[3],[6],[4]. Selon le site des Journées du patrimoine, la restauration a rendu au moulin un aspect proche de son état d'origine[13].

Description

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En 1993, le site couvre environ 15 000 m2, dont 7 000 m2 de surface bâtie[3]. Il comprend un barrage et une écluse sur l'Isle, un quai, des ateliers, des bureaux, un laboratoire et un logement patronal[3].

La manufacture du XVIIIe siècle abrite aujourd'hui les bureaux et le laboratoire. Elle comprend un corps central et deux ailes en pierre de taille calcaire[3]. Ses façades sont ordonnancées en travées, sur un étage carré et un étage de comble[3]. Le comble de la partie centrale est éclairé par des oculi[3]. Au rez-de-chaussée, les baies sont en plein cintre, et un fronton triangulaire surmonte les portes principales[3]. L'aile est est renforcée par deux contreforts. Les toits à longs pans et à croupes sont couverts de tuiles creuses[3]. Côté rivière, les bâtiments agrandis au XXe siècle ont conservé les grands volumes anciens et leurs ouvertures en plein cintre et en oculi[2].

Les autres bâtiments sont plus récents. L'atelier de fabrication est à structure en pan de fer, bardé de tôle. L'ancienne centrale occupe un bâtiment rectangulaire en béton armé posé sur les arches du moulin. Deux ateliers de réparation en pierre de taille complètent l'ensemble[3].

Protection

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Le moulin est protégé au titre des monuments historiques avec le château, sous une notice commune[2] :

  • inscription le des façades et toitures des cinq bâtiments anciens de l'ancienne minoterie ;
  • inscription du moulin le  ;
  • classement le de l'ensemble formé par le château et le moulin, qui remplace les inscriptions précédentes.

Le site fait également l'objet d'un dossier de l'Inventaire général du patrimoine culturel, réalisé dans le cadre du repérage du patrimoine industriel de la Gironde[3].

Notes et références

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  1. ↑ Il ne faut pas le confondre avec le moulin de Penot, également situé sur la commune d'Abzac, qui fait l'objet d'un bail à fief distinct en 1482[1].

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 David Redon et Philippe Rallion, « La transition industrielle des moulins de l'Isle et de la Dronne en Gironde », Le Monde des moulins, no 77,‎ (lire en ligne, consulté le ), extrait de l'ouvrage collectif Le Cœur des moulins, Archives départementales de la Gironde, Ausonius Éditions (lire en ligne).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Château et moulin d'Abzac », notice no PA00083105, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 « Moulin à blé, puis minoterie dite moulin d'Abzac ; huilerie ; centrale hydroélectrique ; actuellement usine d'emballage et conditionnement : usine de transformation du carton dite Abzac S.A. », notice no IA00136177, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. 1 2 3 4 5 « Découvrir le groupe Abzac », sur Groupe Abzac (consulté le )
  5. 1 2 Jean-Louis d'Anglade, Abzac : un château et un moulin au bord de l'Isle, 1471-1826, Paris, Glyphe, coll. « Histoire et société », , 532 p. (ISBN 978-2-35815-272-3)
  6. 1 2 3 « Abzac, village du Libournais », sur caruso33.net (consulté le )
  7. 1 2 « Château d'Abzac », sur Direction régionale des Affaires culturelles d'Aquitaine (consulté le )
  8. ↑ « Le moulin d'Abzac, le château et les frères Romme », sur Les routes Montesquieu (consulté le )
  9. 1 2 « Moulin de Laubardemont », sur caruso33.net (consulté le )
  10. ↑ « Découvrir Abzac », sur Commune d'Abzac (consulté le )
  11. ↑ « Fiche Basias AQI3304084 – Ex-huilerie Calvé-Delft », sur Géorisques / BRGM (consulté le )
  12. 1 2 Anne Cesbron, « Le spécialiste des emballages industriels Abzac se consolide sur ses valeurs centenaires », Le Journal des entreprises,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. ↑ « Château d'Abzac – Abzac (33) », sur journees-du-patrimoine.com (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Jean-Louis d'Anglade, Abzac : un château et un moulin au bord de l'Isle, 1471-1826, Paris, Glyphe, coll. « Histoire et société », , 532 p. (ISBN 978-2-35815-272-3)
  • Le Cœur des moulins, Ausonius Éditions / Archives départementales de la Gironde (lire en ligne)

Articles connexes

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Liens externes

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