Multiculturalisme en Australie
Le multiculturalisme en Australie se reflète aujourd'hui dans la composition multiculturelle de la population d'Australie, ses politiques d'immigration, son interdiction de la discrimination, l'égalité devant la loi de toutes les personnes, et les diverses politiques culturelles qui promeuvent la diversité, telles que la création du Special Broadcasting Service[1].
D’après le recensement de 2011, 26% de la population est née à l’étranger et 20% de la population ont au moins un parent né à l’étranger[2]. Les Aborigènes d'Australie représentent environ 2,5% de la population[3]. Les diverses communautés migrantes d’Australie ont apporté avec elles des traditions culinaires, des modes de vie et des pratiques culturelles qui se sont intégrées à la culture australienne dominante[4],[5].
De la Fédération jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, l'Australie a appliqué la politique de l'Australie blanche. Cette politique a été démantelée après la guerre par diverses modifications de la politique d'immigration du gouvernement australien.
Histoire
modifierPré-fédération
modifierAvant la colonisation européenne, le continent australien était habité par divers peuples aborigènes depuis environ 60 000 ans, et les îles du détroit de Torres étaient peuplées par différents groupes insulaires. Ces peuples parlaient au moins 250 langues mutuellement inintelligibles[6] (la linguiste Claire Bowern en avance le chiffre de 363[7]), comprenant environ 800 dialectes. On estimait qu’environ 120 de ces langues étaient encore parlées en 2016, et plusieurs autres sont en cours de revitalisation grâce à des programmes de revitalisation linguistique[8].
Au cours du 17e siècle et du milieu du 18e siècle, des pêcheurs de trépans makassan (ainsi que des marins néerlandais naufragés) entrèrent en contact avec les Aborigènes d'Australie au long de la côte nord australienne, mais sans aboutir à une installation permanente[9]. Dès l'arrivée de la Première Flotte en 1788, des vagues de colons européens commencèrent à émigrer vers le continent australien. En 1901, le continent australien était composé de six colonies britanniques, qui acceptèrent la même année de se fédérer en un seul État[10].
Politique de l'Australie blanche
modifierDe 1901 à 1973, la loi sur la restriction de l'immigration de 1901, plus communément appelée politique de l'Australie blanche, a limité l'immigration non européenne en Australie. Cette politique visait à réduire la diversité ethnique et culturelle de la population immigrée. Elle cherchait à préserver l'identité ethnoculturelle « anglo-saxonne » de la nation australienne, à promouvoir l'immigration européenne et à exclure les personnes ne correspondant pas au caractère européen, majoritairement anglo-celtique, de la société australienne. Au cours du 20e siècle, le nombre de migrants britanniques étant devenu insuffisant pour pallier la pénurie de main-d'œuvre, les immigrants arrivaient donc de plus en plus d'autres régions d'Europe, comme l'Italie, la Grèce, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'ex-Yougoslavie[11]. Jusqu'alors, l'attitude dominante face à l'installation des migrants reposait sur l'idée d'assimilation culturelle : les migrants devaient abandonner leur culture et leur langue et rapidement s'adopter dans la population locale.
L'émergence du multiculturalisme
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Du milieu des années 1960 à 1973, lorsque les derniers vestiges de la politique de l'Australie blanche furent abolis, les politiques publiques commencèrent à examiner les hypothèses relatives à l'assimilation. Ainsi, elles reconnurent que de nombreux migrants, surtout ceux dont la langue maternelle n'était pas l'anglais, rencontraient des difficultés lors de leur installation en Australie et qu'ils nécessitaient une assistance plus directe. Les gouvernements ont également reconnu l'importance des organisations ethniques pour faciliter l'intégration des migrants. En conséquence, les dépenses consacrées au soutient et au bien-être des migrants ont augmentées au début des années 1970 pour répondre à ces besoins.
Après les premières mesures prises par le gouvernement Whitlam en 1973, le gouvernement de Coalition conservateur de Fraser a mis en place de nouvelles politiques nationales officielles en matière de multiculturalisme en 1978[12]. Le gouvernement Travailliste de Bob Hawke a continué ces politiques durant les années 1980 et au début des années 1990, et elles ont été soutenues par Paul Keating jusqu'à sa défaite électorale en 1996. Les politiques « CALD » (ou diversité culturelle et linguistique) continuent d'être mises en place dans tous les niveaux de gouvernement et de service public, notamment dans les systèmes de soutien médical destinés spécifiquement aux résidents non anglophones[13].
Depuis son introduction officielle en Australie, la signification du multiculturalisme a considérablement évolué. Initialement, la population majoritaire le percevait comme la nécessité d'accepter que de nombreux membres de la communauté australienne soient issus de cultures différentes et qu'ils maintiennent encore des liens à celle-ci. Cependant, il en est venu à désigner le droit des migrants, au sein de la société australienne, d'exprimer leur identité culturelle. Aujourd'hui, il est souvent employé pour faire référence à l'idée que les Australiens possèdent de multiples origines culturelles ou ethniques.
Au cours des dernières décennies, le niveau global d'immigration en Australie a augmenté. Le solde migratoire net est passé de 30 000 en 1993[14] à 118 000 en 2003-2004[15] et à 262 500 en 2016-2017[16].
D’après le recensement de 2011, 26% de la population est née à l’étranger, et 20% supplémentaires ont au moins un parent né à l’étranger. Parmi les personnes nées à l’étranger, 82% vivent dans les villes capitales d'Australie[2]. Les Aborigènes d'Australie représentent environ 2,5% de la population[3]. En 2008, l’Australie se classait au 18e rang mondial en termes de migration nette par habitant, devant le Canada, les États-Unis et la plupart des pays européens[17].
Selon l'Agenda National pour une Australie Multiculturelle (en anglais : National Agenda for a Multicultural Australia) de 2014, le gouvernement australien s’intéressait à trois grands domaines politiques : l’identité culturelle, la justice sociale et l’efficacité économique[18].
Terminologie
modifierLes membres d'une communauté multiculturelle qui ne sont pas d'origine anglo-australienne et/ou qui ne se sont pas « assimilés », c'est-à-dire qui sont nés à l'étranger et qui parlant une autre langue à la maison, sont parfois désignés dans le discours politique comme appartenant à la diversité culturelle et linguistique (CALD), notamment en Australie, où ce terme a été introduit en 1996 pour remplacer celui de « population non anglophone » (NESB)[19],[20],[21],[22], car il englobe des facteurs qui ne sont pas seulement linguistiques. Ce terme est principalement utilisé pour « distinguer la communauté dominante de celles où l'anglais n'est pas la langue principale et/ou où les normes et valeurs culturelles diffèrent », mais il n'inclut pas les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torres, qui possèdent un ensemble d'attributs différents[23],[24].
Chronologie
modifierEn 1973, le terme « multiculturalisme » fit son apparition, et des groupes de migrants formèrent des associations nationales et étatiques afin de préserver leurs cultures et de promouvoir la survie de leurs langues et de leur patrimoine au sein des institutions dominantes. Le professeur Jerzy Zubrzycki, lorsqu'il présidait le Comité des modèles sociaux (en anglais : Social Patterns Commitee) du Conseil consultatif sur l'immigration (en anglais : Immigration Advisory Council) auprès du gouvernement travailliste de Whitlam, défendit le multiculturalisme comme une politique sociale.
Voici une chronologie des politiques gouvernementales et des différents organismes créés au fil des ans pour soutenir le multiculturalisme :
- 1973 – Al Grassby, Ministère de l'immigration du gouvernement de Whitlam government, issue une référence papier intitulé « A multi-cultural society for the future ».
- 1975 – Dans une cérémonie proclamant le Racial Discrimination Act 1975, le Premier Ministre à référé l'Australie comme « nation multiculturelle ». Le Premier Ministre et le Chef de l'Opposition officielle ont fait des discours démontrant pour la première fois que le multiculturalisme devenait une majeure priorité politique dans les deux côtés politiques.
- 1977 – le Conseil australien des affaires ethniques, chargé de conseiller le gouvenernement du Parti Liberal-Country de Fraser, a recommandé une politique publique de multiculturalisme dans son rapport intitulé « Australia as a multicultural society ».
- 1978 – Les premières politiques nationales officielles en matière de multiculturalisme ont été misses en oeuvre par le gouvernement Fraser, conformément au recommandations du rapport Galbally, dans le contexte des programmes et services gouvernementaux destinés aux migrants.
- 1979 – un acte du parlement a créé l'Australian Institute of Multicultural Affairs (AIMA), dont les objectifs comprenaient la sensibilisation à la diversité culturelle et la promotion de la cohésion sociale, de la compréhension et de la tolérance.
- 1986 – le AIMA Act a été abrogé par le gouvernement de Hawke, ce qui en 1987, créa l'Office of Multicultural Affairs (OMA) dans le Département du Premier Ministre et son Cabinet. Cela s'expliquait en partie par la réaction négative suscitée par leur budget de 1986, ce qui a mis en évidence la nécessité de recueillir davantage d'informations sur les questions multiculturelles, une recommandation formulée par le rapport Jupp sur les programmes et les services destinés aux migrants et aux populations multiculturelles. L'intégration de ces questions au sein du PMC a conféré aux affaires multiculturelles le même statut qu'aux questions relatives aux femmes et aux peuples autochtones. Peter Shergold a été nommé directeur et a orienté les efforts vers la mise en avant des avantages économiques d'une société culturellement diversifiée. L'OMA a avisé le PM et son Le ministre de l'Immigration et des Affaires ethniques ainsi que le nouveau ministère Australian Council of Multicultural Affairs, avec le juge Sir James Gobbo à la tête[25].
- 1987 - L'adoption par le gouvernement fédéral de la Politique nationale des langues (PNL) constituait la première politique linguistique explicite d'Australie. Elle associait la défense des droits multiculturels (par le biais du soutien aux langues communautaires, à l'interprétation, à la traduction et aux questions connexes), la cohésion sociale (par le soutien à l'anglais et à l'alphabétisation en anglais, et par l'éducation interethnique), les droits des peuples autochtones (par le biais du soutien et de la reconnaissance des diverses langues des Premières Nations) et les relations extérieures de l'Australie ainsi que son intégration dans les affaires régionales asiatiques (par la promotion des principales langues d'Asie). Les principes de la PNL ont été maintenus au cours des décennies qui ont suivi son adoption, tant au niveau des États qu'au niveau fédéral.
- 1989 – Suite à des consultations communautaires et en tenant compte des avis du Advisory Council for Multicultural Affairs (ACMA), le gouvernement Hawke a élaboré le Programme national pour une Australie multiculturelle, qui bénéficiait d'un soutien politique bipartisan.
- 1991 – À ce moment, Paul Keating est devenu Premier Ministre et l'OMA a été graduellement dissoute[25].
- 1994 – Le National Multicultural Advisory Council a été créée pour examiner et actualiser le programme national. Son rapport, publié en juin 1995, a constaté que des progrès importants avaient été accomplis et a recommandé de nouvelles initiatives.
- 1996 – Après l'élection du gouvernement Howard en mars 1996, sans aucun budget encore, l'OMA a été intégrée au ministère de l'Immigration et des Affaires multiculturelles en fin juin 1996. Le dernier directeur de l'OMA, Bill Cope, a déclaré que le nouveau trésorier, Peter Costello, avait informé le nouveau ministre, Phillip Ruddock, de la suppression de tous les fonds alloués au multiculturalisme, ce qui fut effectif dans le budget d'août 1996[25].
- 1996 – Le Parlement a approuvé la Déclaration parlementaire sur la tolérance raciale.
- 1997 – Le gouvernement a annoncé un nouveau National Multicultural Advisory Council (NMAC).
- 1999 – Le Premier ministre a lancé le rapport du NMAC intitulé « Australian Multiculturalism for a New Century: Towards Inclusiveness ».
- December 1999 – En réponse au rapport du NMAC, le gouvernement a publié sa politique multiculturelle, « A New Agenda for Multicultural Australia », et le NMAC a été dissous.
- May 2003 – Le gouvernement a publié sa déclaration de politique multiculturelle, « L’Australie multiculturelle : unie dans la diversité ». Ce document actualisait le nouveau programme de 1999, définissait les orientations stratégiques pour la période de 2003-2006 et comprenait un engagement envers le Conseil pour l’Australie multiculturelle.
- December 2008 – the Australian Multicultural Advisory Council (AMAC) a été officiellement lancé.
- April 2010 – L'AMAC a présenté ses avis et recommandations sur la politique de diversité culturelle au gouvernement dans une déclaration intitulée « The People of Australia ».
- February 2011 – « The People of Australia – Australia's Multicultural Policy » a été lancé.
- August 2011 – L'AMC, a remplacé le Conseil pour une Australie Multiculturelle (CMA), qui a officiellement été lancé.
- March 2013 – Le gouvernement a annoncé sa réponse aux recommandations du Access and Equity Inquiry Panel.
- September 2013 – En vertu du nouveau décret relatif aux dispositions administratives, le Premier ministre a transféré les affaires multiculturelles du portefeuille de l'Immigration au nouveau ministère des Services sociaux.
- March 2017 – Une nouvelle déclaration multiculturelle, intitulée « Multicultural Australia – united, strong, successful », a été lancée.
Corps actuels
modifierDepuis septembre 2022, les Affaires Multiculturelles font partie du Department of Home Affairs.
Le mandat du Conseil multiculturel australien s’étend de 2022 à 2025. Il s’agit d’un organisme nommé par le ministre qui représente un large éventail d’intérêts australiens et qui fournit des conseils indépendants et solides au gouvernement sur les affaires multiculturelles, la cohésion sociale et les politiques et programmes d’intégration.
Opinions et critiques
modifierLes premiers critiques universitaires sur le multiculturalisme en Australie ont été menées par les philosophes Lachlan Chipman et Frank Knopfelmacher, la sociologue Tanya Birrell et le politologue Raymond Sestito[26]. Chipman et Knopfelmacher s'inquiétaient des conséquences sur la cohésion sociale, tandis que Birrell craignait que le multiculturalisme ne masque les coûts sociaux liés à l'immigration massive en particulier pour les immigrants les plus récents et les moins qualifiés. Les arguments de Sestito reposaient sur le rôle des partis politiques. Il soutenait que ces partis jouaient un rôle déterminant dans la mise en œuvre de politiques multiculturelles, et que ces politiques mettraient à rude épreuve le système politique et ne favoriseraient pas une meilleure compréhension au sein de la société australienne[27].
Le Premier ministre John Curtin a soutenu la politique de l'Australie blanche, déclarant : « Ce pays restera à jamais la patrie des descendants de ceux qui sont venus ici en paix afin d'établir dans les mers du Sud un avant-poste de la race britannique »[28].
Le Premier ministre Stanley Bruce était un partisan de la politique de l'Australie blanche et en a fait un enjeu de sa campagne pour les élections fédérales australiennes de 1925[29].
Il est nécessaire de déterminer les idéaux auxquels chaque Australien aspire. Je pense que ces idéaux pourraient se résumer à garantir notre sécurité nationale et à assurer le maintien de notre politique d'Australie blanche, qui demeure une partie intégrante de l'Empire britannique[29]. Nous entendons préserver la blancheur de ce pays et éviter que sa population ne soit confrontée aux problèmes qui, à l'heure actuelle, sont pratiquement insolubles dans de nombreuses régions du monde[30].
Le dirigeant du Parti Travailliste d'Australie, HV Evatt a déclaré en 1945 lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Organisation internationale :
Vous avez toujours insisté sur le droit de déterminer la composition de votre propre peuple. L'Australie le souhaite aujourd'hui. Ce que vous tentez de faire actuellement, le Japon l'a tenté après la dernière guerre [la Première Guerre mondiale] et l'Australie l'en a empêché. Si nous avions ouvert la Nouvelle-Guinée et l'Australie à l'immigration japonaise, la guerre du Pacifique se serait peut-être déjà terminée de façon désastreuse et nous aurions peut-être connu un autre chaos comme celui de la Malaisie[31].
L'historien Geoffrey Blainey a acquis une considérable notoriété en tant que critique du multiculturalisme lorsqu'il a déclaré que ce dernier menaçait de transformer l'Australie en un « amas de tribus ». Dans son ouvrage de 1984, intitulé All for Australia, où il critiquait le multiculturalisme australien en reprochant de privilégier les droits des minorités ethniques au détriment de la population majoritaire et d'être « anti-britannique », alors que les Britanniques constituaient le groupe ethnique ayant le plus immigré en Australie. Ainsi, selon Blainey, de telles politiques créaient des divisions et menaçaient la cohésion nationale. Il soutenait que « les preuves sont claires : de nombreuses sociétés multiculturelles ont échoué et le coût humain de cet échec a été élevé » et il mettait en garde que : « Nous devons réfléchir très attentivement aux dangers que représente la transformation de l'Australie en un gigantesque laboratoire multiculturel, prétendument au bénéfice des peuples du monde[32]. » Dans l'une de ses nombreuses critiques du multiculturalisme, Blainey écrit :
Pour les millions d'Australiens qui n'ont aucun autre pays sur lequel s'appuyer, le multiculturalisme est presque une insulte. Il est source de divisions. Il menace la cohésion sociale. À long terme, il pourrait également compromettre la sécurité militaire de l'Australie, car il crée des enclaves qui, en cas de crise, pourraient solliciter l'aide de leurs pays d'origine.
Blainey est resté une critique persistante envers le multiculturalisme jusqu'en 1990. Il dénonçait le multiculturalisme comme étant « moralement, intellectuellement et économiquement ... une imposture. »
L'historien John Hirst a affirmé que, si le multiculturalisme pouvait servir les intérêts de la politique ethnique et répondre aux demandes de certains groupes ethniques par le financement public qui promu l'identité ethnique distincte, il constituerait d'un concept périlleux pour fonder une politique nationale[33]. Ainsi, Hirst a relevé des déclarations contradictoires de dirigeants politiques qui laissaient penser que ce terme était un concept absurde. Parmi elles se trouvaient les politiques du Premier ministre Bob Hawke, qui était un partisan du multiculturalisme tout en menant une campagne pour la citoyenneté et en insistant sur les éléments communs de notre culture[34], et les déclarations anti-multiculturalistes du Premier ministre Howard, qui ont suscité l'indignation des tenants du multiculturalisme. Ces derniers ont cru qu'il proposait de fermer les restaurants italiens et d'interdire l'utilisation de la langue italienne, alors qu'il n'a jamais proposé telle chose[33].
Selon Hirst, le multiculturalisme nie l'existence d'une culture australienne d'accueil :
Dans la mesure où le multiculturalisme assimile les « Anglo-Celtes » aux Italiens et aux Turcs, il nie la notion même de population hôte. [Les multiculturalistes affirment] que nous sommes tous des immigrants de cultures diverses, contribuant à une société multiculturelle. Cela peut servir les intérêts de la politique ethnique. Mais d'un point de vue historique ou sociologique sérieux, c'est absurde. Fonder une politique sur cette base peut s'avérer périlleux[33].
Certaines critiques ont fait valoir que le multiculturalisme a été introduit comme politique officielle en Australie sans le soutien ni la consultation du public. Selon l'universitaire Mark Lopez : « Le multiculturalisme a été développé par un petit nombre d'universitaires, de travailleurs sociaux et de militants, initialement situés en marge de l'arène politique de l'immigration, de l'installation et de la protection sociale. Les auteurs qui fut à l'origine de différentes versions de cette idéologie étaient également des acteurs clés de la lutte pour promouvoir leurs convictions et les faire adopter comme politique gouvernementale. » Lopez affirme que, par le biais de « groupes centraux, de sympathisants et de contacts de militants », le multiculturalisme s'est propagé ... le multiculturalisme est devenu une politique gouvernementale … parce que les multiculturalistes et leurs partisans ont pu influencer le contenu idéologique des sources d’orientation politique du ministre... Les récents sondages d'opinion laissaient entendre... au sein de la population en général, un ressentiment généralisé, voire un manque d'intérêt, pour les idées défendues par les multiculturalistes... Le soutien initial au multiculturalisme était restreint ; l’opinion publique constituait un obstacle, et non un atout, pour les multiculturalistes. » De plus, selon Lopez : « Le multiculturalisme n’a pas été simplement adopté, apprécié et mis en œuvre par les décideurs politiques, le gouvernement et les principaux partis politiques. »... [dans] chaque épisode qui a abouti au progrès du multiculturalisme, l'efficacité des lobbyistes politiques a été un facteur décisif... [Le multiculturalisme] a été inlassablement promu et mis en avant[12]. Cependant, cet argument a été contesté par d'autres, qui soulignent que « des conférences parrainées par le gouvernement ont en fait été organisées au moins une fois par an à partir de 1950 pour discuter des questions d'immigration et fournir des informations au gouvernement et au public australien[35] ».
En 1993, des critiques associés au Centre de recherche sur la population et l'urbanisme de l'Université Monash ont soutenu que les factions de droite et de gauche du Parti travailliste australien avaient adopté une position multiculturelle afin d'accroître leur soutien au sein du parti. Cette adhésion au multiculturalisme s'est notamment traduite par la création de sections ethniques au sein du Parti travailliste et par le bourrage de ces sections.
En 1996, la coalition libérale-nationale de John Howard a été élue au pouvoir. Howard était depuis longtemps un critique du multiculturalisme ; à la fin des années 1980, il avait présenté sa politique « Une seule Australie » qui préconisait une réduction de l’immigration asiatique. Hanson a ensuite fondé son propre parti politique, One Nation. One Nation a mené une campagne vigoureuse contre le multiculturalisme officiel, arguant qu'il représentait « une menace pour les fondements mêmes de la culture, de l'identité et des valeurs partagées australiennes » et qu'il n'y avait « aucune raison de maintenir les cultures migrantes au détriment de notre culture nationale commune »[36].
Malgré les nombreux appels lancés à Howard pour censurer Hanson, Le nom du ministère de l'Immigration, du Multiculturalisme et des Affaires autochtones a été changé en « ministère de l'Immigration et de la Citoyenneté ». Cependant, l'Australie a maintenu une politique de multiculturalisme et le gouvernement a étendu les droits à la double nationalité.
Suite à la montée en puissance du parti One Nation en 1996, l'anthropologue australien d'origine libanaise Ghassan Hage a publié en 1997 une critique du multiculturalisme australien dans son ouvrage White Nation (en français : Nation Blanche). S'appuyant sur les cadres théoriques des études sur la blanchité, de Jacques Lacan et de Pierre Bourdieu, Hage a examiné un ensemble de discours quotidiens impliquant à la fois les antimulticulturalistes et les promulticulturalistes[37].
Dans le cadre de l'analyse du discours sur le multiculturalisme, certains ont avancé que la menace pesant sur la cohésion sociale et l'identité nationale a été exagérée[38],[39]. Par exemple, Ramakrishan (2013) soutient que les traditions culturelles « largement européennes » de la population se sont maintenues malgré une plus grande diversité ethnique[38]. D'autres ont affirmé que l'accent mis sur des notions telles que « identité, citoyenneté, cohésion sociale et intégration » relève davantage du slogan que de tentatives pragmatiques pour résoudre les problèmes en question[40]. Certains chercheurs ont soutenu que la persistance du racisme dans la société australienne a été sous-estimée. Par exemple, dans la revue Sexualities, Jessica Kean écrit que « dans une nation qui s’investit dans la promotion de politiques officielles de « multiculturalisme », qui défend la rhétorique égalitaire de « l’égalité des chances » et qui oublie la violence coloniale (ou imagine que ses effets appartiennent au passé), les différences réelles ou projetées dans les pratiques culturelles du sexe et de la parenté deviennent un exutoire pour le racisme et le classisme qui ne s’expriment pas clairement ».
Célébrations du multiculturalisme
modifierDe nombreux projets ont été mis en place par des entités gouvernementales et non gouvernementales qui visent à faciliter le multiculturalisme en Australie.
Le Festival national multiculturel a été créé en 1996 et se tient dans la capitale d'Australie Canberra, qui se tient pendant une semaine complète au mois de février[41].
La Journée de l'harmonie a été créée en 1999 par le gouvernement Howard, afin de promouvoir une notion unique et unificatrice de l'australianité dans le cadre de la politique multiculturelle[42].
Prix multiculturels
modifier- Les Prix australiens de littérature jeunesse multiculturelle ont été décernés par le Bureau des affaires multiculturelles de 1991 à 1995 et soutenus par le Conseil australien du livre pour enfants . Ce prix visait à « encourager les thèmes de la diversité culturelle et à promouvoir l’harmonie sociale dans les livres destinés aux enfants australiens ». Il existait trois catégories : album illustré, roman jeunesse et roman pour adolescents[43].
- Le prix multiculturel de Nouvelle-Galles du Sud fait partie des prix littéraires du Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud depuis 1980, sous différents noms[44],[45],[46],[47],[48].
- Le Prix multiculturel du Gouverneur est un prix décerné par le Gouverneur d'Australie-Méridionale depuis 2007. Il existe neuf catégories de prix[49].
- Les prix de communication multiculturelle du Premier ministre sont des prix de journalisme australiens décernés chaque année par le Parlement de Nouvelle-Galles du Sud et Multicultural NSW depuis 2012[50].
Voir aussi
modifierRéférences
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- ↑ « About Multicultural NSW », Multicultural NSW (consulté le ) : « The Multicultural NSW Legislation Amendment Act 2014 amends the Community Relations Commission and Principles of Multiculturalism Act 2000, and renames it The Multicultural NSW Act 2000 (the Act). The Act establishes Multicultural NSW as the government agency in NSW responsible for promoting and monitoring the multicultural principles set out in the Act... »
- ↑ « Community Relations Commission Award » [archive du ], NSW Premier's Literary Awards, (consulté le )
- ↑ « 2019 Winner and shortlist », State Library of NSW (consulté le )
- ↑ « Past Winners (2012-2013) », State Library of NSW (consulté le )
- ↑ « Governor's Multicultural Awards », Department of the Premier and Cabinet (South Australia), (consulté le )
- ↑ « NSW Premier's Multicultural Communication Awards », Multicultural NSW, (consulté le )
Pour en savoir plus
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- Bostock, William W. (1977), Alternatives de l'ethnicité, Cat and Fiddle Press, Hobart, Tasmanie. (ISBN 0-85853-030-9)
- Clancy, Greg (2006), Les complots du multiculturalisme. La trahison qui a divisé l'Australie, Sunda Publications, Gordon, Nouvelle-Galles du Sud. (ISBN 0-9581564-1-7)
- Hirst, John (2005), Sens et absurdité dans l'histoire australienne, Black Inc. Agenda, Melbourne, Victoria. (ISBN 978-0-9775949-3-1)
- Lopez, Mark (2000), Les origines du multiculturalisme dans la politique australienne 1945-1975, Melbourne University Press, Carlton South, Victoria. (ISBN 0-522-84895-8)
- Sestito, Raymond (1982), La politique du multiculturalisme, Centre d'études indépendantes, St Leonards, Nouvelle-Galles du Sud. (ISBN 0-949769-06-1)
- Soutphommasane, Tim (2012) Ne retourne pas d'où tu viens : pourquoi le multiculturalisme fonctionne, Sydney, NSW : NewSouth Pub.,
- Theophanous, Andrew C. (1995), Comprendre le multiculturalisme et l'identité australienne, Elikia Books, Carlton South, Victoria. (ISBN 1-875335-04-8)
