Musée de Goulfey
Le musée de Goulfey est un musée communautaire situé dans la commune de Goulfey, dans le département du Logone-et-Chari, région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Inauguré le , il est dédié à la préservation et à la valorisation du patrimoine culturel des peuples Kotoko et de leurs ancêtres Sao.
| Type |
Musée communautaire |
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| Ouverture | |
| Surface |
79,87 m2 |
| Collections |
Armes traditionnelles, objets rituels, artefacts Kotoko et Sao, costumes, objets de pêche |
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| Pays | |
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| Commune | |
| Adresse |
Complexe culturel de Goulfey, arrondissement de Goulfey, département du Logone-et-Chari |
| Coordonnées |
Construit en adobe (terre battue) sous une forme octogonale distinctive, le musée s'intègre dans un vaste complexe culturel comprenant notamment la tour de Goto-Goulfey, l'ancien palais du sultan, la grande mosquée et la grande muraille historique de la cité. Il constitue un espace de transmission intergénérationnelle centré sur l'histoire de la principauté Kotoko de Goulfey, ses traditions, sa royauté et sa résistance face aux conquérants.
Histoire
modifierContexte historique : principauté Kotoko de Goulfey
modifierLes origines de la principauté kotoko de Goulfey remonteraient à un groupe Sao venu de l'Est, conduit par un chef nommé Mamba. Selon la tradition orale, une femme appelée Oulmé Machilanga aurait prononcé le mot « Malgbwé » en langue Sao, signifiant « Je suis une source fatiguée », donnant son nom au lieu. À la colonisation, les Français retinrent le nom de Goulfey, terme qu'auraient prononcé des Arabes interrogés sur la localité, signifiant littéralement « dit au hasard »[1].
La fondation du sultanat remonterait à 1901, et est liée à la victoire du cheikh arabe choua Djagara sur le seigneur de guerre Rabah, avec l'appui de l'administration française[2].
Création du musée
modifierLe musée de Goulfey a ouvert ses portes le , lors de la cérémonie commémorant les cinquante années de règne du sultan Ali Mahamat[3]. Sa création s'inscrit dans une volonté de préserver la mémoire collective de la communauté kotoko et d'offrir à la jeunesse locale un espace d'apprentissage sur son histoire et ses traditions.
Le rapporteur du musée, Abba Aba Kaka, décrit ainsi sa vocation : « Ce musée, c'est d'abord l'histoire de la principauté Kotoko. Cette masse de terre est un élément qui a été remonté longtemps par les anciens »[2].
Architecture
modifierLe musée est un bâtiment de forme octogonale, construit en adobe (terre battue), matériau traditionnel caractéristique de l'architecture kotoko de la région. Il couvre une superficie de 79,87 m2. Sa conception architecturale s'inscrit en cohérence avec l'ensemble du complexe culturel de Goulfey, dont les édifices - grande muraille, tour Goto-Goulfey - sont également bâtis en argile et entretenus grâce au gley, une terre visqueuse imperméable prélevée dans le lit du fleuve Chari[4].
Le musée est situé à l'entrée du complexe culturel, à gauche en entrant, et fait partie d'un ensemble comprenant :
- La tour de Goto-Goulfey (monticule en terre cubique de 12 mètres de hauteur);
- Les cases patrimoniales,
- L'ancien palais du sultan;
- La grande mosquée,
- Le grand portail et la grande muraille.
Collections
modifierArmes traditionnelles
modifierLe musée conserve un important ensemble d'armes utilisées par les populations kotoko avant l'introduction des armes à feu. Le guide Mahamat Abame décrit les stratégies défensives des habitants : « On se courbe ici et on passe. Là sont entreposées les armes avant d'aller sur le toit. Quand on voyait du haut des gens inconnus, on savait qu'ils venaient pour la guerre »[2]. On y trouve notamment :
- Des arcs et des flèches;
- Des sagaies;
- Des gourdins;
- Des lances, couteaux et boucliers.
Objets du patrimoine Kotoko et Sao
modifierLes collections couvrent plusieurs aspects de la vie traditionnelle kotoko :
- Objets traditionnels : outils, bijoux, objets domestiques représentant la vie quotidienne autour du lac Tchad;
- Objets de pêche : matériel utilisé pour la pêche dans le fleuve Logone et le lac Tchad;
- Costumes traditionnels : vêtements et parures utilisés lors des cérémonies et fêtes;
- Objets rituels : objets liés aux croyances, rites et pratiques des populations du Sahel;
- Vestiges historiques : objets anciens témoignant de l'histoire des anciens royaumes du bassin du lac Tchad.
Culte du varan
modifierUne dimension centrale du musée est la présentation du culte du Varan, totem de la cité de Goulfey et intermédiaire entre les génies de la terre Gbwéi-gbwéi et les populations. Ce culte, antérieur à l'arrivée de l'islam au XVe siècle, est perpétué par des prêtresses qui déposent régulièrement des offrandes - galettes de fonio, miel et lait - aux varans logés dans la tour de Goto-Goulfey[4].
Lors de l'intronisation du chef, celui-ci doit passer devant les trois autels abritant les totems des trois varans situés près de la tour. Annie Masson-Detourbet Lebœuf note que « Goulfey est, sans conteste, la ville où les cérémonies d'intronisation du Me ont conservé le plus d'ampleur »[5].
Complexe culturel de Goulfey
modifierTour de Goto-Goulfey
modifierLe musée fait partie d'un ensemble plus vaste : le complexe culturel de Goulfey, dont la pièce maîtresse est la tour de Goto-Goulfey. Ce monticule de construction en terre a une forme cubique, d'une hauteur de 12 mètres et d'une largeur de 9 mètres à la base. Un escalier de 20,20 mètres de long permet d'en atteindre le sommet. La tour est construite en argile et protégée par le gley ou vermiculite, matière imperméable qui assure sa résistance aux intempéries et nécessite un entretien tous les trois ans, réalisé exclusivement par les femmes de la communauté[4].
En 2018, le Ministère des Arts et de la Culture du Cameroun a soumis la tour de Goto-Goulfey à la Liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des critères (i) - chef-d'œuvre du génie créateur humain - et (iii) - témoignage exceptionnel d'une tradition culturelle vivante[4].
Grande Muraille
modifierLa cité de Goulfey était autrefois entourée d'une grande muraille, vestige de l'architecture militaire kotoko qui témoigne des stratégies de défense développées par les populations face aux nombreuses guerres ayant sévi dans la région.
Administration et gestion
modifierLe musée est rattaché au Sultanat de Goulfey, chefferie traditionnelle de 1er degré administrant la commune de Goulfey. Sa Majesté Ali Mahamat, sultan depuis le , est le promoteur historique de l'institution. Le musée est géré par un rapporteur, dont Abba Aba Kaka a longtemps assuré la fonction.
Les visites sont généralement guidées afin d'expliquer le contexte des objets du patrimoine exposés, dans le cadre des initiatives de la Route des Chefferies.
Situation géographique et accès
modifierLe musée de Goulfey est situé à environ 50 km de Kousseri, dans l'arrondissement de Goulfey, département du Logone-et-Chari, à quelques kilomètres de la frontière avec le Tchad que matérialise le fleuve Logone. L'accès se fait par voie terrestre depuis Kousseri ou Maroua.
Les environs offrent d'autres sites remarquables :
- Le fleuve Logone et le lac Tchad;
- Le parc national de Waza;
- Les anciennes fortifications de Goulfey;
- La ville de Kousseri.
Notes et références
modifier- ↑ Mahamat Abba Ousman, « Le Complexe Culturel de Goulfey : un exemple des ressources touristiques en pays Kotoko », Revue des Hautes Terres, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 AfricaNews, « Cameroun : le musée de Goulfey, ode aux peuples Kotokos », sur Africanews, (consulté le )
- ↑ « Musée de Goulfey », sur Wikivoyage (consulté le )
- 1 2 3 4 UNESCO, « La Tour de Goto Goulfey », sur whc.unesco.org, (consulté le )
- ↑ Annie Masson Detourbet Lebœuf, 1969, Les principautés kotoko, essai sur le caractère sacré de l'autorité, CNRS, Paris.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Mahamat Abba Ousman, « Islam et politique au Sultanat de Goulfey (Nord-Cameroun): entre traditionalisation et réformisme », Schweizerische Zeitschrift für Religions- und Kulturgeschichte, vol. 106, 2012, p. 321-335.
- Mahamat Abba Ousman, « Le Complexe Culturel de Goulfey : un exemple des ressources touristiques en pays Kotoko », Revue des Hautes Terres, 2016.
- Annie Masson Detourbet Lebœuf, Les principautés kotoko, essai sur le caractère sacré de l'autorité, CNRS, Paris, 1969.
- Henry Tourneux, « Le nom du souverain dans les parlers "kotoko" du Cameroun », Linguistique et langues africaines, n° 7, 2021, p. 43-62.