Mère Cottivet
Benoîte Cottivet, plus connue sous le nom de Mère Cottivet, est un personnage de fiction créé et interprété par Élie Périgot-Fouquier, figurant une concierge lyonnaise haute en couleur et maîtrisant le parler lyonnais[1].

dans le théâtre de Guignol.
Ce personnage a connu un succès aussi important que Guignol à Lyon, notamment par des chroniques radiophoniques hebdomadaires pendant lesquelles l'auteur commentait, de façon humoristique et satirique, les scènes de la vie quotidienne et l’actualité lyonnaise, nationale, voire internationale. Elle représente ainsi à sa manière un pan de la culture lyonnaise.
Le personnage
modifierLe personnage de la Mère Cottivet a été créé en 1923 par le directeur de théâtre, comédien et auteur Élie Périgot-Fouquier (1891-1971) dans la revue Tout Simplement donnée au Théâtre de l'Horloge, en duo avec la « mère Craquelin » (jouée par Juliette Niel, épouse de l'auteur)[2].
Ces saynètes devinrent des chroniques publiées dans le journal satirique lyonnais Guignol (fondé par Victor Lorge (1861-1920) puis dirigé par son fils Joanny Lorge (1884-1964)), puis des sketchs radiophoniques interprétés par l’auteur sur Radio Lyon (sur la TSF), tous les mercredis de 11h à midi[3] entre 1927 et le , date du décès de son créateur.
Au fil de ses chroniques titrées initialement De darnier mon Judas (« De derrière mon judas »), Benoîte Cottivet, concierge croix-roussienne, commentait l’actualité dans le « langage Guignol » hérité de la presse satirique lyonnaise du XIXe siècle (le mot cot(t)ivet signifie « cou, nuque » dans le parler lyonnais).
Les expressions de la mère Cottivet
modifierParfaite pipelette, les sketchs de la Mère Cottivet commençaient toujours par la phrase « En descendant montez donc, vous verrez le petit comme il est grand ». Elle habitait au 99, ou « cent moins n’un », de la Montée de la Grande Côte, donc tout en bas de la Montée, et au dernier étage de l’immeuble[4].
Les chroniques finissaient par « À mercredi que vin mes belins belines » (à mercredi qui vient mes chéris).
Extrait d’une chronique de la mère Cottivet
modifierChronique parue dans le journal Guignol du (les notes explicatives ne sont pas de l’auteur) :
« Le mami Beaugraton[5] est un tireur bien chenu[6], mais ne fois encore y n’était mal tombé... on lui avait donné des boules ac’que des golets autour des caboches[7]... ça fait qu’à châque coup qu’y voulait tirer, ses doigts rentraient dans les trous et la boule lui demeurait dans la menine[8] !
Hou ! Sainte Marie à la coque ! Pensez si le pauvre était aux cents coups ! Lui que voulait prendre sa revanche ! Le Glaudius gongonnait aussi... ses boules ne voulaient pas rouler et décanillaient toutes de bizangoin[9]! N’y avait de quoi appeler le bon Dieu Michel.
– « Lyon va être déshonoré ! » que piâillait que me ça le mami Beaugraton.
– « Les canuts vont me prendre pour un babian ! » que quinchait[10] le Glaudius.
Y pensaient de collagne[11] à la Fanny, et moi je ne décessais pas de me graboter[12] les fesses à cause des « cousins[13] » qui me délavoraient[14] à tire-l’hâricot. Ce n’est que vers le soir, au mement de décaniller que le Glaudius s’est puis rendu compte pourquoi ses saloperies de boules ne voulaient rien chiquer poû rouler. Le matin y n’avait ressemelé une paire de grollons[15], alors que m’y l’avait les menines pleines de pège[16], ça arrâpait[17] par terre que me ne boule de gomme. Ni une, ni deux, le finaud s’est mis à cramiauter sû les boules et, finâblement, ça roulait si tellement bien que n’y en a que s’ensauvaient jusque dans les planches... »
Les auteurs et interprètes
modifierLe créateur et principal interprète de la mère Cottivet, Louis-Élie Périgot, est né le à Lyon, dans le quartier de la Guillotière, où ses parents possèdent une charcuterie. Il entame une carrière d’acteur à Paris où il interprète ses sketches et imite Mistinguett, Maurice Chevalier et d'autres. De retour à Lyon, il se produit au Théâtre de l’Horloge[18], où il crée la Mère Cottivet en 1923. Il dirigea le Cabaret du Merle Jaune puis devint directeur du Théâtre de la Cigale en 1929[19].
Le , pour ses 75 ans, Périgot-Fouquier reçoit des mains du maire Louis Pradel la médaille d'honneur de la ville de Lyon[20].
Décédé le à 80 ans, il est enterré au cimetière d'Heyrieux, ainsi que son épouse Juliette Niel (1900-1965)[21].
La Mère Cottivet a aussi été interprétée sur scène par le directeur de compagnie théâtrale, chansonnier et comédien Marie Benoît Antoine Renard, dit Benoîst-Mary (1864-1944)[22].
Notes et références
modifier- ↑ « La Mère Cottivet : la commère drôle et attachante la plus connue de Lyon », sur www.leprogres.fr, (consulté le )
- ↑ « Le Guichet du Savoir : Pourquoi la mère Cottivet porte le même nom que le cotivet ? », sur www.guichetdusavoir.org (consulté le )
- ↑ Jean-Marc Printz, « 100 ans de Radio - Radio Lyon - 1927 » [archive du ], sur 100ansderadio.free.fr (consulté le )
- ↑ « Rencontre avec un Président de la République et ami de Guignol », sur www.leprogres.fr, (consulté le )
- ↑ Graton : petit caillou à la surface du sol qui dévie les boules.
- ↑ Chenu : beau, agréable, « top ».
- ↑ Caboche : clou, notamment pour ferrer les boules.
- ↑ Menine : main.
- ↑ De bizangoin : de travers.
- ↑ Quincher : pousser des cris perçants.
- ↑ De collagne : ensemble, de concert.
- ↑ Graboter : gratter.
- ↑ Cousin : tipule (ici : moustique).
- ↑ Délavorer : dévorer.
- ↑ Grollon : chaussure.
- ↑ Pège : poix, colle.
- ↑ Arraper : adhérer, accrocher.
- ↑ « Edouard Herriot et la vie musicale à Lyon », sur www.bm-lyon.fr (consulté le )
- ↑ De Baecque et Associés, « LA MERE COTTIVET (1891-1971). « La femme la plus célèbre de Lyon était un homme - Lot 199 », sur De Baecque et Associés (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Les soixante quinze ans de la mère Cottivet », Ina Culture, , 0:32 min (consulté le )
- ↑ « Heyrieux. Une plaque et un hommage au cimetière pour la mère Cottivet », sur www.ledauphine.com, (consulté le )
- ↑ « Homme de culture lyonnais, qui était vraiment Benoist Mary ? », sur Tribune de Lyon, (consulté le )