Mécanophilie

attirance sexuelle envers les machines, comme les voitures, les motos ou les avions

La mécanophilie[1] (ou méchanophilie, du grec ancien mēkhanē, « machine », et philia, « amour ») est une paraphilie caractérisée par une attirance sexuelle ou romantique envers des machines telles que les vélos[2], les véhicules motorisés[3] ou les avions[4],[5]. Elle est fréquemment étudiée en sexologie et en psychiatrie comme une forme spécifique d'objectophilie (attirance pour les objets inanimés), bien qu'elle s'en distingue par une focalisation exclusive sur les dispositifs mécaniques, leurs lignes aérodynamiques, leurs vibrations ou leurs moteurs[6].

Mécanophilie
Description de cette image, également commentée ci-après
La Nissan Skyline GT-R (R34) utilisée dans le film 2 Fast 2 Furious, archétype de l'esthétique automobile associée à l'anthropomorphisme mécanique.
Traitement
Classification et ressources externes

Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale

Étymologie et terminologie

modifier

Le terme est un néologisme savant formé à partir de la racine grecque mēkhanē (grec moderne : μηχανή), qui désigne un engin, une invention ou un dispositif mécanique, et du suffixe -philie issu de philia (grec moderne : φιλία), exprimant l'affection ou l'attirance[5]. Dans la littérature anglophone spécialisée, les variantes orthographiques mechanophilia et mecaphilia coexistent[5].

Au sein des communautés concernées, les personnes éprouvant une attirance à la fois sentimentale et physique pour des véhicules emploient parfois le terme « mécasexuel » (mechisexual) afin de décrire leur orientation comme une variante de l'objectum-sexualité, par opposition à une pratique purement fétichiste[7].

Caractéristiques et manifestations

modifier

Les manifestations de la mécanophilie varient considérablement d'un individu à l'autre, s'étendant du simple fantasme érotique à l'établissement d'une relation affective exclusive avec un véhicule précis[6]. Les études de cas cliniques et médico-légales mettent en évidence plusieurs composantes sensorielles et comportementales :

  • L'anthropomorphisme et le lien affectif : les sujets attribuent fréquemment une personnalité, une âme et un genre (masculin ou féminin) à leur véhicule, lui donnent un prénom et décrivent une communication émotionnelle ou télépathique avec la machine[7][8].
  • Les stimuli visuels et tactiles : l'excitation sexuelle est souvent déclenchée par la contemplation des lignes de la carrosserie, des phares (souvent assimilés à un regard), du chrome, des pneumatiques ou du cuir de l'habitacle[6].
  • Les stimuli auditifs et olfactifs : le bruit du moteur au démarrage, le régime des cylindres, les vibrations mécaniques transmises par le châssis ou la selle d'une motocyclette, ainsi que l'odeur de l'essence, de l'huile moteur ou des gaz d'échappement jouent un rôle central dans la réponse érotique[6][9].
  • Les pratiques physiques : sur le plan comportemental, l'acte peut consister en des caresses sur la carrosserie, en une masturbation à bord ou à proximité de l'engin, ou en une simulation d'acte sexuel utilisant les orifices mécaniques du véhicule, en particulier le tuyau d'échappement ou l'orifice du réservoir de carburant, ce qui peut occasionner des brûlures thermiques ou des lésions cutanées recensées par la médecine d'urgence[5][10].

Une sous-catégorie distincte, parfois rattachée à la fois à la mécanophilie et à la symphorophilie (excitation liée au spectacle d'une catastrophe), réside dans l'érotisation des accidents de la route et de la déformation violente de la tôle lors des collisions automobiles[5][11].

Classification psychiatrique

modifier

La mécanophilie ne possède pas d'entrée diagnostique autonome dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de l'Association américaine de psychiatrie, ni dans la Classification internationale des maladies (CIM-10 et CIM-11) de l'Organisation mondiale de la santé[12]. Lorsqu'elle nécessite un codage clinique, elle est rattachée à la catégorie résiduelle des « autres troubles paraphiliques spécifiés » (code 302.89 dans le DSM-5 et F65.8 dans la CIM-10)[12][5].

Conformément aux critères nosographiques contemporains établis depuis le DSM-5, une distinction fondamentale est opérée entre une paraphilie (intérêt sexuel atypique bénin) et un trouble paraphilique[12]. La mécanophilie n'est considérée comme un trouble pathologique relevant d'une prise en charge psychiatrique ou psychothérapeutique que si l'attirance engendre une détresse cliniquement significative chez le sujet, altère son fonctionnement social ou professionnel, ou implique des comportements portant atteinte aux biens d'autrui[12][6].

Dans la littérature clinique, plusieurs hypothèses étiologiques ont été proposées pour expliquer l'émergence de la mécanophilie ou de l'objectophilie, notamment un conditionnement précoce associant l'éveil physiologique de la puberté à des sensations mécaniques (telles que les vibrations d'un deux-roues ou d'un tracteur), ou encore la présence de traits relevant du trouble du spectre de l'autisme, favorisant un attachement sécurisant envers des systèmes mécaniques prévisibles plutôt qu'envers des partenaires humains[7][6].

Aspects juridiques et cas notables

modifier

Lorsqu'un individu pratique la mécanophilie en privé sur un véhicule dont il est lui-même propriétaire, l'acte ne constitue un délit dans aucune juridiction occidentale[6]. En revanche, des poursuites judiciaires surviennent lorsque le sujet s'introduit dans des propriétés privées ou approche des véhicules stationnés sur la voie publique appartenant à des tiers, les faits étant alors qualifiés d'exhibitionnisme, d'outrage public à la pudeur, de violation de propriété ou de dégradation de bien[6].

Plusieurs affaires judiciaires et témoignages publics ont attiré l'attention de la presse internationale et des chercheurs :

  • En octobre 2007, au Royaume-Uni, Robert Stewart, un Écossais de 51 ans originaire de Girvan, a été reconnu coupable d'atteinte à l'ordre public après avoir été surpris en train de simuler un acte sexuel avec un vélo dans la chambre de son foyer, ce qui a conduit à son inscription pour trois ans sur le registre britannique des délinquants sexuels[13].
  • En mai 2008, l'Américain Edward Smith, résidant à Yelm dans l'État de Washington, a témoigné publiquement dans la presse et dans le documentaire britannique Married to the Eiffel Tower (2008) de sa mécanophilie exclusive[8]. Il a affirmé avoir eu des relations intimes avec plus de 1 000 véhicules au cours de sa vie (notamment des voitures de sport et un hélicoptère de combat inspiré de la série Supercopter), tout en vivant une relation fidèle depuis 1982 avec « Vanilla », sa Volkswagen Coccinelle blanche de 1974[8].
  • En février 2015, la police de la province de Nonthaburi, en Thaïlande, a arrêté un homme filmé par des caméras de vidéosurveillance en train d'accomplir des actes sexuels nocturnes avec les pots d'échappement de plusieurs berlines de luxe, notamment une Porsche Cayman[6].
  • En médecine légale, quelques cas rares de décès accidentels par asphyxie érotique, intoxication au monoxyde de carbone ou traumatisme mécanique ont été documentés chez des individus engagés dans des pratiques solitaires sous ou contre des engins agricoles et automobiles en marche[10].

Dans la culture et les arts

modifier

L'érotisation de la machine et de l'automobile occupe une place récurrente dans l'art moderne, la littérature et le cinéma du XXe siècle et du XXIe siècle siècle :

  • Dès 1909, le Manifeste du futurisme de Filippo Tommaso Marinetti exalte la beauté sensuelle de la vitesse et de l'automobile rugissante, préparant l'imaginaire esthétique de la fusion entre le corps humain et la mécanique[11].
  • En 1973, l'écrivain britannique J. G. Ballard publie le roman Crash !, qui explore la fascination sexuelle d'un groupe de personnages pour les accidents de voiture et la rencontre entre la chair meurtrie et l'habitacle métallique[11]. Son adaptation cinématographique en 1996 par David Cronenberg, Crash, récompensée par le Prix spécial du jury au Festival de Cannes 1996, a suscité d'importants débats critiques et médicaux autour de la mécanophilie et de la symphorophilie[11].
  • En 1983, le roman Christine de Stephen King, adapté au cinéma la même année par John Carpenter sous le titre Christine, met en scène la passion amoureuse, jalouse et destructrice d'un adolescent pour une Plymouth Fury de 1958 dotée d'une volonté propre.
  • En 2013, le film Cartel (The Counselor), réalisé par Ridley Scott sur un scénario original de Cormac McCarthy, comporte une scène célèbre dans laquelle le personnage de Malkina (interprété par Cameron Diaz) accomplit un acte sexuel sur le pare-brise d'une Ferrari California jaune sous le regard médusé de son propriétaire[14].
  • En 2021, le film franco-belge Titane de Julia Ducournau, couronné de la Palme d'or au Festival de Cannes 2021, place la mécanophilie au cœur de son récit en mettant en scène une danseuse qui, après avoir survécu à un grave accident de la route durant son enfance, tombe enceinte à la suite d'un rapport charnel avec une Cadillac Lowrider[15].

Voir aussi

modifier

Références

modifier
  1. ↑ (en) Weirdly Beloved: Tales of Strange Bedfellows, Odd Couplings, and Love Gone Bad. Cynthia Ceilán, The Lyons Press, 2008. (ISBN 1-59921-403-2)
  2. ↑ (en) Richard Alleyne, « Man who had Sex with Bike in Court », The Daily Telegraph,‎ (lire en ligne).
  3. ↑ « Un vrai passionné de l'auto: il fait l'amour aux voitures », La Presse,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. ↑ (en) Browne, Ray Broadus (c. 1981). Objects of Special Devotion – Fetishism in Popular Culture. Bowling Green, Ohio: Bowling Green State University Popular Press. (ISBN 978-0-87972-191-6).
  5. 1 2 3 4 5 6 (en) Anil Aggrawal, Forensic and Medico-legal Aspects of Sexual Crimes and Unusual Sexual Practices, Boca Raton, CRC Press, , 410 p. (ISBN 978-1-4200-4308-2), p. 376
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Mark D. Griffiths, « The Fast and the Furious: A Brief Look at Mechanophilia », sur psychologytoday.com, Psychology Today, (consulté le )
  7. 1 2 3 (en) Amy Marsh, « Love Among the Objectum Sexuals », Electronic Journal of Human Sexuality, vol. 13,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. 1 2 3 (en) « Man admits having sex with 1,000 cars », sur telegraph.co.uk, The Daily Telegraph, (consulté le )
  9. ↑ (en) Hans Bakker, « Mechanophilia: The Sexual Attraction to Machines », Journal of Sex & Marital Therapy,‎
  10. 1 2 (en) Roger W. Byard, « Unusual lethal sexual asphyxia and mechanophilia », Journal of Forensic and Legal Medicine, vol. 15, no 2,‎ , p. 112-114 (PMID 18206828)
  11. 1 2 3 4 (en) Alison Tonks, « Sex and the automobile: Crash », BMJ, vol. 313, no 7072,‎ , p. 1619 (PMID 8991012, DOI 10.1136/bmj.313.7072.1619, lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 3 4 (en) American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5), Arlington, American Psychiatric Publishing, , 947 p. (ISBN 978-0-89042-555-8), p. 685-705
  13. ↑ (en) « Bike sex man placed on probation », sur bbc.co.uk, BBC News, (consulté le )
  14. ↑ (en) Kyle Buchanan, « Let's Talk About That Cameron Diaz Car-Sex Scene in The Counselor », sur vulture.com, New York Magazine, (consulté le )
  15. ↑ (en) Nicholas Barber, « Titane: The wildest, most shocking film of 2021 », sur bbc.com, BBC Culture, (consulté le )

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :