Médecine pour le Peuple

Organisation de médecins

Médecine pour le Peuple[1], en abrégé MPLP, est une organisation belge de médecins qui propose la médecine accessible à travers des maisons médicales en Belgique. Les coûts des soins sont en grande partie couverts par la sécurité sociale, et les pratiques fonctionnent selon un système forfaitaire pour favoriser des soins égalitaires et centrés sur le patient. L'organisation a été fondée le par le PTB[2].

Médecine pour le Peuple
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L'organisation ayant été fondée sur base de l'idéologie marxiste, elle est ouverte à tous et propose des consultations médicales sans demander aucune contribution financière aux patients. Médecine pour le Peuple se compose de onze maisons médicales dans toute la Belgique, avec 53 médecins, 50 employés et 72 bénévoles. L'organisation est notamment connue en Flandres pour ses actions contre la pollution au plomb à Hoboken, pour sa proposition de baisse des prix des médicaments avec le modèle kiwi et des soins primaires plus accessibles en supprimant les barrières financières.

Dans certaines localités, les maisons médicales de Médecine pour le Peuple partagent le même bâtiment ou une entrée adjacente avec le secrétariat du Parti du Travail de Belgique (PTB), comme c’est le cas à Herstal[3]. Cette proximité physique contribue à l’impression, pour certains usagers, d’une imbrication entre soins et engagement politique. Des témoignages publiés sur des plateformes publiques, comme des avis Google, illustrent cette perception : certains patients associent leur expérience médicale à l’appartenance au PTB, même si les règles légales de neutralité et de secret médical sont respectées[4],[5].

Histoire

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Les débuts

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Le , la première maison médicale de Médecine pour le Peuple est ouverte à Hoboken par les deux médecins Michel Leyers et Kris Merckx, membres de AMADA. Merckx était connu depuis un certain temps comme figure de proue de AMADA, prédécesseur du PTB.

Le travail de la maison médicale a attiré l'attention internationale lorsque des médecins ont découvert un empoisonnement au plomb chez des enfants vivant dans le quartier de l'usine de l’Union minière. La société métallurgique Union Minière, aujourd'hui appelée Umicore, était responsable de la contamination au plomb. AMADA a mené une bataille politique pour dénoncer cette pollution, conséquence de quoi l'entreprise a été obligée de nettoyer le site, pour un coût d'environ 1,5 milliard de francs belges (environ 37 millions d'euros)[6]. À la suite de cette affaire, le PVDA (nom flamand du PTB) deviendra un élément incontournable du spectre politique de Hoboken.

En 1972, le docteur Merckx, qui soignait ses patients au tarif remboursé par les caisses d'assurance maladie, sans demander de participation des patients, est suspendu de son droit d'exercer la médecine par l'ordre des médecins pour concurrence déloyale. En réaction, Amada a appelé à manifester contre cette décision. Des sympathisants, des membres d'Amada, une délégation d'ouvriers et plusieurs bus d'étudiants ont empêché la suspension[7]. Merckx est également cité à comparaître devant le tribunal, mais une fois encore, il a pu compter sur le soutien de sympathisants. Pendant cette période, l'organisation a reçu le nom de Médecine pour le Peuple, en référence du soutien qu'elle a reçu du peuple et pour souligner que les médecins de l'organisation ne le sont pas pour obtenir un salaire élevé, mais pour soigner les gens.

Le premier logo de Médecine pour le Peuple a été conçu en 1973 par l'artiste-sculpteur Marc Jambers. Il se compose d'un poing tenant une croix de docteur.

Développement et institutionnalisation (1973–2019)

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Après sa création au début des années 1970, Médecine pour le Peuple poursuit son implantation dans plusieurs villes belges, principalement dans des quartiers populaires et industriels. L’organisation développe un réseau de maisons médicales défendant une approche de la médecine axée sur l’accessibilité financière, la prévention et la prise en compte des déterminants sociaux de la santé, en lien avec les milieux militants proches d’AMADA, devenu par la suite le Parti du travail de Belgique (PTB)[8].

À partir des années 1980 et 1990, l’évolution du cadre légal des maisons médicales et l’introduction du financement forfaitaire par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) contribuent à une reconnaissance institutionnelle progressive de ce modèle de soins. Plusieurs maisons médicales de Médecine pour le Peuple intègrent alors officiellement ce système, permettant un financement structurel par la sécurité sociale tout en maintenant la gratuité des soins pour les patients inscrits[9].

Durant les années 1990 et 2000, Médecine pour le Peuple demeure quantitativement marginale dans le paysage des soins de santé belges, mais bénéficie d’une visibilité médiatique liée à son positionnement idéologique et à son lien historique avec le PTB. Des analyses académiques et journalistiques soulignent alors le rôle de ces maisons médicales dans l’ancrage local et social du parti, notamment dans certaines communes de Flandre et de Wallonie[10].

Au début des années 2010, la visibilité de Médecine pour le Peuple s’accroît parallèlement à la progression électorale du PTB, conduisant à un regain d’attention médiatique sur les relations entre les activités médicales de l’organisation et l’engagement politique du parti, débats qui s’intensifient à partir de 2016[11].

En 2016 le journaliste Martin Buxant accuse le PTB, dans un article paru dans le journal L’Écho, de se servir de Médecine pour le Peuple comme un outil de propagande[12].

À la fin des années 2010, une évolution des relations entre Médecine pour le Peuple et l’Ordre des médecins a été documentée. En , l’Ordre des médecins belge a rendu publique une reconnaissance officielle de la médecine sociale pratiquée par Médecine pour le Peuple, incluant le droit de ses médecins à exercer dans le cadre de la médecine gratuite et au forfait, ainsi que la valeur de leur engagement social. Cet accord a été présenté comme marquant la fin d’un long conflit institutionnel entre les deux organisations, historiquement opposées en raison des pratiques tarifaires et de l’interprétation du rôle des médecins dans la société médicale belge[13],[14],[15].

Les structures médicales et leur relation au politique

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Dans d’autres régions du monde, certains mouvements politiques ont développé des réseaux de services sociaux, dont des structures médicales, de façon similaire à MPLP. À Cuba, les polycliniques et les missions médicales internationales ont été analysées comme des instruments de diplomatie et de légitimation interne du régime, combinant objectifs sanitaires et représentation politique de l’État cubain[16]. En Chine maoïste, le programme des « médecins aux pieds nus » associait la fourniture de soins de base à la diffusion de campagnes politiques et idéologiques, dans un cadre explicitement lié au Parti communiste chinois[17].

En Amérique latine, le programme vénézuélien Barrio Adentro, initié sous la présidence de Hugo Chávez avec le soutien de médecins cubains, a été analysé comme un dispositif combinant amélioration de l’accès aux soins dans les quartiers populaires et mobilisation politique autour du projet bolivarien[18].

Des études ont également décrit le rôle des cliniques et hôpitaux gérés par le Hezbollah au Liban comme relevant à la fois de politiques de solidarité sociale et de stratégies de légitimation politique locale[19]. Des analyses similaires existent concernant les organisations caritatives et médicales liées au Hamas dans la bande de Gaza, intégrées à sa stratégie d’implantation sociale et politique[20].

Neutralité médicale et cadre juridique en Belgique et en Europe

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Dans la plupart des pays occidentaux, l’exercice de la médecine est soumis à des obligations strictes de neutralité. En Belgique, le Code de déontologie médicale de l’Ordre des médecins stipule que le médecin doit exercer son art en toute indépendance et s’abstenir d’utiliser sa fonction à des fins de propagande idéologique, politique ou commerciale[21].

La Constitution belge garantit par ailleurs le droit à la protection de la santé et l’égalité d’accès aux soins[22]. À l’échelle européenne, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne[23] reconnaît également le droit de toute personne à accéder à la prévention et aux soins de santé dans des conditions d’égalité.

Débats autour d’une « zone grise »

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D’un point de vue juridique et institutionnel, les maisons médicales de Médecine pour le Peuple respectent les règles en vigueur : elles sont financées dans le cadre légal du système forfaitaire, accueillent les patients sans distinction politique et aucune plainte n’a donné lieu à une sanction disciplinaire de l’Ordre des médecins[24].

Selon Le Spécialiste (2016), certains observateurs estiment que ces structures peuvent se situer dans une « zone grise » lorsque le lien organique avec un parti politique est perçu comme susceptible d’influencer la relation thérapeutique. La frontière entre soin et militantisme pourrait apparaître brouillée lorsque des discussions politiques sont intégrées à la relation médecin-patient ou lorsque l’identité politique de l’organisation est fortement mise en avant[25]. Dans le même esprit, plusieurs titres du groupe Sudpresse ont relayé des interrogations concernant la présence d’affiches de partis politiques, en l’occurrence du PTB, dans des espaces de soins tels que les salles d’attente de maisons médicales, estimant que ces lieux sont fréquentés par les patients exclusivement dans un cadre thérapeutique et non politique[26].

Critiques et controverses

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Allégations d’usage politique

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Selon un mémorandum relayé par plusieurs médias belges, dont L’Écho, RTBF, Le Spécialiste et Le Vif, des patients de MPLP Herstal auraient été contactés dans un contexte présenté comme médical, mais dans un objectif perçu comme politique. Durant les périodes électorales, des cadres locaux du PTB auraient ainsi pris contact avec des patients afin de recueillir leurs intentions de vote[27],[28],[25].

Témoignages de pressions et d’exclusions

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Des sources médiatiques et des témoignages publiés sur des plateformes publiques ont évoqué des cas où des patients auraient ressenti des pressions en lien avec leurs opinions politiques ou leur absence d’engagement. Des cas de désinscription ou de rupture de suivi ont été signalés, notamment à MPLP Herstal[29],[30],[31].

Politisation alléguée de certaines consultations

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D’autres articles rapportent que des consultations médicales auraient été l’occasion d’aborder des sujets politiques, parfois en présence de cadres du parti[32],[28].

Réponse de Médecine pour le Peuple et du PTB

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L’association Médecine pour le Peuple et le PTB contestent ces allégations, affirmant que le secret médical est strictement respecté et qu’aucune donnée médicale n’a été transmise au parti. Ils précisent qu’aucune plainte relative à ces faits n’a donné lieu à une procédure disciplinaire[33],[25].

Limites du modèle forfaitaire

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Le modèle forfaitaire appliqué aux maisons médicales limite la possibilité pour les patients de recourir à des prestataires externes. En cas de conflit, il peut entraîner une rupture du suivi médical[34]. La presse a rapporté le cas d’une patiente de 74 ans, suivie à MPLP Herstal depuis 1979, désinscrite en , ce qui a entraîné l’interruption de son suivi médical global[34].

Notes et références

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  1. Le premier jet de cet article est basé sur https://web.archive.org/web/20061009000713/, http://forum.politics.be/archive/index.php/t-9227.html et https://www.gvhv.be (le site néerlandophone de l'organisation).
  2. « 50 ans de Médecine pour le Peuple : « Pour changer le monde, il faut avoir les gens avec nous » », sur Solidaire (consulté le )
  3. Google Maps – Médecine pour le Peuple Herstal, Street View, consulté le 5 septembre 2025. https://archive.ph/PYuP1
  4. https://www.rtbf.be/article/le-ptb-accuse-de-violer-le-secret-medical-a-des-fins-electoralistes-9489059 RTBF, « Médecine pour le Peuple et PTB : le secret médical est-il respecté ? », 2019.
  5. Exemple d’avis Google, Médecine pour le Peuple Herstal, consulté en 2025.
  6. De Standaard 10/09/2006 Kris Merckx en de loodvergiftiging
  7. Cap, Jan, In naam van mijn klasse. Epo, s.d. Hoofdstuk 5: Wij, Ali, op de Boelwerf, Actiegroepen en comités
  8. Pascal Delwit, La gauche radicale en Belgique, Éditions de l’Université de Bruxelles,
  9. « Les maisons médicales au forfait », INAMI (consulté le )
  10. « De opmars van de PVDA : “It’s an amazing story” », sur pvda.be (consulté le ).
  11. Martin Buxant, « Le PTB et ses réseaux », L’Écho,
  12. Martin Buxant, Les maisons médicales du PTB, outils de propagande, 23 décembre 2016
  13. « L'Ordre des Médecins et Médecine pour le Peuple aboutissent à un accord », RTL Info, (consulté le )
  14. « Na 40 jaar: Orde van Artsen en Geneeskunde voor het Volk begraven strijdbijl », De Morgen, (consulté le )
  15. « Zelzaatse dokters van Geneeskunde voor het Volk betalen na veertig jaar opnieuw lidgeld aan ‘Orde der artsen’ », HLN.be, (consulté le )
  16. J. M. Feinsilver, « Cuba’s Medical Diplomacy: When the Left Has Got It Right », Council on Hemispheric Affairs, (consulté le )
  17. V. W. Sidel, « The barefoot doctors of the People’s Republic of China », New England Journal of Medicine, vol. 286, , p. 1292–1300 (lire en ligne, consulté le )
  18. C. Muntaner, « Venezuelan Health System: From Neoliberalism to Bolivarian Revolution », International Journal of Health Services, vol. 38, no 4, , p. 641–661 (lire en ligne, consulté le )
  19. S. T. Flanigan et M. Abdel-Samad, « Hezbollah’s Social Jihad: Nonprofits as Resistance Organizations », Middle East Policy, vol. 16, no 2, , p. 122–137 (lire en ligne, consulté le )
  20. M. Levitt, Hamas: Politics, Charity, and Terrorism in the Service of Jihad, Yale University Press, (lire en ligne)
  21. « Code de déontologie médicale », Ordre des Médecins (Belgique) (consulté le )
  22. « Constitution belge, article 23 », Moniteur belge (consulté le )
  23. « Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, article 35 », Union européenne, (consulté le )
  24. RTBF, « Le PTB accusé de violer le secret médical à des fins électoralistes », 2016. https://www.rtbf.be/article/le-ptb-accuse-de-violer-le-secret-medical-a-des-fins-electoralistes-9489059
  25. 1 2 3 « Le PTB accusé de violer le secret médical à des fins électoralistes », Le Spécialiste, (consulté le )
  26. « Le PTB de Charleroi recrute dans la salle d’attente de la maison médicale à Marchienne », Sudpresse,
  27. « Campagnes électorales au sein des maisons médicales à Herstal », Le Vif, (consulté le )
  28. 1 2 « Comment le PTB a utilisé les dossiers médicaux de certains patients pour faire de la propagande », Newsmonkey, (consulté le )
  29. « Pressions sur patients à Herstal », 7sur7, (consulté le )
  30. « Pourquoi les maisons médicales ne permettent-elles pas aux patients le libre choix des prestataires de soins ? », La Libre Belgique, (consulté le )
  31. « Critiques sur maisons médicales affiliées au PTB », Le Soir, (consulté le )
  32. « Politisation des consultations médicales », Bx1, (consulté le )
  33. « Déclaration du PTB », 7sur7, (consulté le )
  34. 1 2 La Libre Belgique, op. cit.

Liens externes

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