Mélodium est une entreprise française d'électroacoustique fondée en 1925 à Paris par Charles BOUTELLEAU et Emile FURN. Elle fut définitivement clôturée en 1987 après avoir été un des fournisseurs majeurs de la radio et de la TV française et étrangère. Spécialisée dans l'étude et la fabrication de microphones professionnels, de matériel de sonorisation, de casques et d'accessoires audio, elle était un acteur majeur de l'industrie audio française au cours du XXe siècle, et a été notamment connue pour des modèles tel de la 42B ou le 75A.

Mélodium
illustration de Mélodium
Publicité Mélodium 75A 1958

Création 1925
Dates clés 1928 - Mutation en S.A.R.L

1930 - Déménagement au 296 rue Lecourbe

1932 - Lancement du modèle 42B

1987 - Fermeture

2020 - Recréation par Studio Kerwax

Fondateurs Charles Boutelleau

Emile Furn

Siège social Paris
Drapeau de la France France
Site web https://www.melodium.fr



Histoire

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Origines et développement (1925–1930)

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La société Mélodium est créée sous une forme artisanale en 1925. À ses débuts, l'activité se concentre sur la fabrication de pièces détachées pour la radio, en particulier des haut-parleurs et des microphones de premier modèle, à l'image du microphone à grenaille « type Solid-Back » sorti cette même année.

En 1928, en raison de la croissance de sa production, l'entreprise transfère ses ateliers au 19 bis, rue Bargue, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris. Elle se transforme alors en société à responsabilité limitée (S.A.R.L.) dotée d'un capital initial de 250 000 francs et décide de se spécialiser dans les microphones professionnels. C'est également cette même année que la firme équipe le tout premier laboratoire privé de recherches électroacoustiques en France (comprenant chambre sourde, hypsographe, oscillateurs, microphones étalons et enregistreurs automatiques de courbes de réponse).

Dès 1930, l'expansion industrielle impose un nouveau déménagement : la société s'installe au 296, rue Lecourbe, toujours dans le 15ᵉ arrondissement de Paris. Ses ateliers couvrent alors 1 200 m² et emploient 75 ouvriers et ingénieurs. Le capital est simultanément porté à 500 000 francs[1]. La même année, Mélodium développe pour la radiodiffusion nationale le microphone à condensateur Mélostatic[2].

Âge d'or (années 1930–1960)

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Durant l'entre-deux-guerres et les décennies d'après-guerre, Mélodium s'impose comme le principal constructeur français de microphones de studio et d'extérieur. Pour soutenir sa croissance industrielle, son capital est augmenté à plusieurs reprises : il passe à 1,2 million de francs, puis atteint 12 millions de francs en 1951 et 20 millions en 1954.

Au début des années 1950, la firme revendique plus de 80 000 à 100 000 microphones en service à travers le monde, adoptés par les centres d'enregistrement, les studios de cinéma et diverses stations de radiodiffusion internationales.

Plus tard, la société adopte le statut de société anonyme (S.A.) avec un capital de 400 000 nouveaux francs (mentionné en 1968), tout en conservant son siège historique du 296, rue Lecourbe[1].

Produits et innovations techniques

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Mélodium s'est distinguée par l'emploi systématique d'aimants puissants en Ticonal, de circuits magnétiques blindés en mu-métal au molybdène, ainsi que par des boîtiers en duralumin, laiton ou Zamak. La gamme a comporté des micros à Ruban, Dynamiques et aussi Statiques dont voici quelques exemples:

  • Modèle 42 B (lancé en 1932[2]) : L'un des micros de studio les plus emblématiques de la marque. Fonctionnant en bidirectionnel (figure en 8), il embarque un ruban en duralumin gaufré de seulement 2 microns d'épaisseur placé dans un champ de 10 000 gauss. Il intègre un commutateur à trois positions (Speaker, Voix, Musique) ajustant la réponse dans le bas du spectre, et affiche une bande passante rectiligne de 30 à 15 000 Hz[1].
  • LIP : Conçu sur le principe du ruban mais rendu intentionnellement insensible aux sons lointains, il exploite la proximité des ondes sonores au ras des lèvres de l'orateur. Dépourvu d'effet Larsen et insensible aux bruits ambiants, il était utilisé dans les milieux très bruyants (usines, mines, stands forains, voitures publicitaires). Il affiche une bande passante plus courte que le 42B allant de 100 à 8000 Hz[1],[3].
Melodium Ribbon microphone RM6
  • RM 6 (lancé en 1962[2]) : Présenté comme le successeur direct du 42 B, issu de quatre années d'études en laboratoire et conçus par Raymond Moulin, il emprunte ses initiales. Son boîtier tronconique au dessin dit « carré grec » a été dessiné par le designer industriel Louis Lepoix. Il est doté d'un sélecteur 4 positions coupe bas pour limiter l'effet de proximité (Arrêt/Stop, 0,10 m, 0,40 m, 1 m) et a une réponse en fréquence allant de 30 à 18 000 Hz[4].
Melodium Ribbon Microphone 42B
Melodium Ribbon microphone LIP


Melodium Dynamic microphone 75A
  • 75 A « Mélodynamic » (lancé en 1928, décliné en 75 A/FAV en 1946[2]) : Microphone électrodynamique omnidirectionnel emblématique à chambre acoustique, caractérisé par sa bobine mobile ultra-légère solidaire d'une membrane en duralumin (poids inférieur à 30 mg). D'abord équipé de trois bornes à vis à l'arrière, il a ensuite reçu les connecteurs à verrouillage de la marque (modèle 75 AAD puis 75 A/FAV). Il a une réponse en fréquence allant de 50 à 10000 Hz[3].
  • 55 A : Version dérivée du 75 A adaptée aux lignes d'impédance 50 ohms standard. Tout comme le 75A, il a connu deux apparences. A l'origine il avait une grille fendue, puis il a opté pour une grille perforée par emboutissage. Ce modèle était particulièrement destiné aux services de radiodiffusion et dans les cas où l'interchangeabilité du matériel était nécessaire[1].
Melodium Dynamic microphone 22A
  • Mélosphéric 22 A (lancé en 1951[5]): Variante compacte et sphérique de 70 mm de diamètre du 75 A, protégée par une calotte frontale moulée en caoutchouc et un traitement anodique. Il est présenté comme ayant les mêmes performances que le 75A mais avec une forme plus réduite[3].



Melodium Dynamic microphone HF 111
  • HF 111 (lancé en 1948[2]) : Microphone dynamique omnidirectionnel de table à transformateur haute impédance incorporé, moulé en aluminium sous pression, spécialement pensé pour se raccorder directement aux magnétophones grand public sans préamplificateur spécifique. Il a une réponse en fréquence allant de 80 à 9000 Hz[1].


Melodium Dynamic microphone 78A
  • Série 76 A (1961) et 78 A (1963[2]) : Microphones électrodynamiques unidirectionnels à diagramme cardioïde. Le 76 A était optimisé pour la parole et le rejet du larsen, tandis que le 78 A (dit « Microphone musical ») présentait une courbe adaptée aux orchestres et instruments. Ils ont une réponse en fréquence allant de 100 à 15000 Hz pour le 76A et 50 à 15000 Hz pour le 78A[2]. Le modèle 76A fut aussi commercialisé par le fabriquant Bouyer, il comportait ainsi la gravure "Bouyer Melodium" à la place de "Melodium 76A".


Melodium Dynamic microphone 77A
  • 77 A : Modèle dynamique omnidirectionnel cylindrique introduit au début des années 1960 pour succéder au 75 A en studio et prise de son orchestrale. Il se voulait être plus pratique de prise en main (ce qui n'était pas le cas du 75A) et plus fidèle dans sa reproduction. Il a une réponse en fréquence allant de 40 à 17000 Hz[2].



Melodium Dynamic microphone 79A

79 A : Modèle dynamique omnidirectionnel compact introduit après le 77A. Il se voulait être plus petit pour un usage de micro-cravate (lavalier) ce qui n'était pas le cas du 77A, bien plus gros et plus lourd. Il a une réponse en fréquence allant de 60 à 16000 Hz[6].

Melodium Dynamic microphone 88
  • 88 (ou THF 88, lancé en 1959[2]) : Microphone omnidirectionnel élancé, chromé, utilisable sur perche, flexible ou à la main. Il a une réponse en fréquence allant de 50 à 17000 Hz[4].



  • Séries miniatures C-121 et C-133 : Microphones cardioïdes compacts introduits dans les années 1960 pour les pupitres, conférences et sonorisations scéniques. Il étaient vendu comme des options unidirectionnelles à prix modéré. Le C-121 se veut ultra compact et utilisable en micro-cravate tandis que le C-133 était orienté voix et musique. Ils ont une réponse en fréquence allant de 150 à 14000 Hz pour le C-121 et 50 à 15000 Hz pour le C-133[6].
    Melodium Dynamic microphone C-121
    Melodium Dynamic microphone C-133






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Microphones statiques (condensateur)

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Melodium Static microphone 515C
  • 515C « Mélostatic » (lancé en 1955[7]): Microphone électrostatique professionnel conçus aussi bien pour la prise de son studio (radiodiffusion, télévision, cinéma, enregistrement) que pour les mesures acoustiques en laboratoire ou dans l'industrie, ils s'inscrivent dans la continuité des premiers microphones électrostatiques de la marque (types ESME, utilisés dès 1928 par la Radiodiffusion Française). Grace au faible diamètre de la capsule (22mm), les effets de diffraction et de masque sont rejetés. Le préamplificateur incorporé utilise des tubes électroniques, ou "lampes" 6AU6 et permettait au micro d'atteindre une sensibilité de -76 bB. La réponse en fréquence du 515C allait de 30 à 15000 Hz[8].
  • 520C « Mélostatic » : Le Mélostatic 520 C constitue l'évolution directe du 515 C. Son amélioration majeure réside dans la réduction drastique de l'encombrement du corps de prise de son grâce à l'introduction d'un adaptateur déporté intermédiaire. Il utilise le même préamplificateur à tube 6AU6 mais cette fois le montage sera fait en triode. Plusieurs améliorations seront faites au circuit et à la capsule permettant à ce micro d'atteindre une sensibilité poussée à -84 dB et une réponse en fréquence allant de 30 à 20000 Hz[7]
Melodium Static microphone 520C

Casques d'écoute et haut-parleurs

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Mélodium a conçu des casques électrodynamiques professionnels (types 85E, 234 et Audio 15[1]) pour les ingénieurs du son, le cinéma et la radiodiffusion. La société a également commercialisé dans les années 1950 des diffuseurs multicellulaires à compression pour fréquences aiguës (moteurs AP300C et pavillons 8C) couplés à des haut-parleurs de graves (AP52C) et filtres séparateurs.

Accessoires et connectique propriétaire

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Les appareils Mélodium étaient souvent conçus en basse impédance (10, 50 ou 200 Ω). L'entreprise fabriquait donc ses propres transformateurs blindés de liaison ligne/grille (séries E.40, E.80, puis séries 210 et 220).

Pour les raccordements, Mélodium a développé ses propres standards de fiches à 3 broches à détrompeur et bague de verrouillage :

  • Des connecteurs cylindriques en laiton chromé dit "connecteur Melo" (série 430).
  • Des connecteurs ovales en zamak finition bronze canon (série 470, dits « FAV »).


Des adaptateurs étaient vendu pour étendre la compatibilité des modèles tandis que certain comme le C-121 ou le C-133 pouvaient être commandées avec des prises DIN 3 broches[6].

Postérité et fin d'activité

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Considérée pendant plusieurs décennies comme l'équivalent français de firmes telles que RCA aux États-Unis ou Coles/STC au Royaume-Uni pour ses microphones à ruban, la marque a vu son activité décliner avec la généralisation des microphones électrostatiques et la concurrence internationale, avant de cesser ses opérations le 13/02/1987[9]. Ses modèles anciens, en particulier le ruban 42 B et les modèles de la série 75, restent recherchés par les collectionneurs et ingénieurs du son pour leur signature sonore vintage.


En 2020, le studio Kerwax, basé en Bretagne (France) commercialise le modèle 42Bn. Il s'agit d'une refabrication moderne du modèle emblématique 42B qui se veut être le plus fidèle possible. Les différences les plus notables sont l'usage d'une prise XLR moderne et la suppression du sélecteur coupe bas (Speaker, Voix, Musique) jugé non nécessaire dans un studio moderne[10].

Sources

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 Catalogue Mélodium 1954, Paris, , 16 p. (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Catalogue Mélodium 1965, Paris, , 14 p. (lire en ligne)
  3. 1 2 3 Melodium dans le monde entier, Paris, années 50 (lire en ligne), p. 6
  4. 1 2 Gamme complète Mélodium 1968, Paris, , 6 p. (lire en ligne)
  5. ↑ Tarifs Mélodium 1951, , 6 p. (lire en ligne)
  6. 1 2 3 (en) A leading microhpone line, Paris, , 8 p. (lire en ligne)
  7. 1 2 Microphone Electrostatique 520C, Paris, , 6 p. (lire en ligne)
  8. ↑ Microphone Electrostatique 515C, Paris, , 12 p. (lire en ligne)
  9. ↑ « Informations sur le fabricant Melodium; Paris », sur Radio Museum, (consulté le )
  10. ↑ Kerwax, « Site Melodium » (consulté le )