Métahistoire

livre de Hayden White

La métahistoire regroupe principalement deux types de sciences historiques : l'historiographie et l'étude du sens de l'histoire.

La métahistoire comme histoire de l'histoire

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La métahistoire est une branche de l'histoire qui étudie l'historien et son travail. L'histoire est une science considérée alors comme phénomène historique (au même titre que la littérature dans l'histoire littéraire, par exemple) dont on étudie notamment l'influence sur la société.

Plusieurs types de métahistoires

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Le terme, bien qu'assez ancien[1], est assez flou (comme beaucoup de termes comportant le préfixe méta) et peu connu, sauf peut-être au Québec (Maurice Séguin). Il regrouperait a priori (liste non exhaustive) :

Son intérêt est aussi de prendre l'histoire comme véritable objet d'étude de l'histoire, étudié par des méthodes propres aux historiens, alors que dans la philosophie de l'histoire, par exemple, l'histoire est étudiée par des philosophes.

La métahistoire comme marche ou sens de l'histoire

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Le préfixe Méta désigne ici ce qui englobe, ce qui structure. La métahistoire est alors l'histoire de l'humanité dans ses grands mouvements et, par exemple, l'histoire de son apparition (dans la mythologie notamment).

Par exemple, l'hypothèse des trois civilisations d'Arnold Joseph Toynbee fait partie de l'étude de l'ensemble du passé humain, alors qu'un historien étudie d'habitude un fait historique à un temps t. L'objectif de Toynbee est ici de découvrir quelles sont les forces, transcendant l'histoire, qui régissent l'évolution de l'humanité.

Les cinq étapes du communisme dans le marxisme relèvent aussi de la métahistoire. Autre exemple, la dimension historique de la religion est au cœur de la métahistoire (Henry Corbin).

Les différentes définitions du concept et son évolution

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Le concept de métahistoire a été largement utilisé dans la littérature marxiste, sans forcément être nommée, notamment durant l'entre-deux-guerres. En cherchant une logique globale du devenir historique, les marxistes n'analysent pas seulement l'histoire comme une simple succession de faits, mais comme un processus structuré par les rapports de production, les contradictions sociales, et l'évolution des formes économiques, en somme, par la luttes des classes, qui est vue comme le moteur de l'histoire dans la perspective du matérialisme historique.

Chez Georg Lukács, notamment dans Histoire et conscience de classe en 1922, cette dimension est essentielle. Le prolétariat n’est pas seulement un acteur historique parmi d’autres : il est pensé comme le sujet capable de comprendre la totalité sociale et de transformer l’histoire. Lukács est d’ailleurs souvent présenté comme une figure fondatrice du marxisme occidental, précisément par sa réinterprétation dialectique de Marx, de la totalité et de la conscience historique[2].

Chez Karl Korsch, dans Marxisme et philosophie en 1923, la question est proche : le marxisme ne doit pas être réduit à une science économique ou sociologique séparée de la pratique révolutionnaire. Il doit rester une théorie de la révolution sociale, capable de comprendre la société comme une totalité. Korsch insiste sur l’unité entre théorie et pratique, et sur le fait que la pensée marxiste elle-même doit être historicisée, donc de s'inscrire dans une perspective métahistorique[3].

Chez Walter Benjamin, dans Sur le concept d'histoire en 1940, le matérialiste historique ne doit pas contempler le passé comme une suite objective de faits, de manière purement mécaniste, mais saisir les moments de danger, les ruptures, et analyser l'histoire du point de vue des vaincus. Cette position critique l’idée d’une métahistoire trop linéaire et trop confiante dans le progrès.

Le concept rencontre aussi des critiques, comme chez Henry Corbin, pour qui l'étude de l'histoire comme une suite de faits concrets est réductrice et ne prend pas en compte la perception de l'histoire par la population.

Après la Seconde Guerre mondiale, le mot metahistory commence à circuler plus explicitement dans les milieux intellectuels anglophones. Il est utilisé autour des grandes histoires de civilisation, notamment celles d’Arnold Toynbee. Frank Underhill (en) parle de Toynbee comme d’un métahistorien en 1951, souvent avec une nuance critique : le métahistorien serait celui qui prétend dépasser l’histoire savante ordinaire pour produire une vision globale du destin des civilisations. Christopher Dawson reprend ensuite le terme dans un sens plus positif, lié à une histoire religieuse et civilisationnelle[4].

L'ouvrage qui a le plus diffusé le terme est le premier essai de l'historien américain Hayden White Métahistoire (Metahistory)[5], où il présente une analyse structurale des conceptions, aussi bien historiques que philosophiques, qui sont apparues au cours du XIXe siècle. Il affirme que quel que soit l’effort fourni par l’historien pour refléter objectivement les événements, les faits historiques sont linguistiquement construits ; leur mise en intrigue procède toujours de choix orientés ; la transparence n’existe pas. Une version française de l'introduction de l'ouvrage est parue en 2009 dans la revue Labyrinthe. Atelier interdisciplinaire[6].

Notes et références

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  1. Laissant de côté tout l'appareil des métaphysiques métahistoriques notre vieux maître, assis, disait, avec des larmes intérieures : on dirait qu'il y a une fatalité. (Charles_Péguy, Notre_jeunesse, 1910).
  2. Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Georg [György] Lukács »,
  3. Marxisme et philosophie [« Marxismus und Philosophie »] (trad. Claude Orsoni), Éditions de Minuit, (lire en ligne)
  4. Łukasz M. Michalski, « Metahistory – Vicissitudes and Humanistic Capacity of the Concept », Er(r)go. Teoria - Literatura - Kultura, no 47, (DOI doi.org/10.31261/errgo.14668, lire en ligne)
  5. Hayden White, Metahistory: The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe, Johns Hopkins University Press, (ISBN 0-8018-1761-7).
  6. Hayden White, traduction par Laurent Ferri, précédée d'une introduction par Marc Aymes et David Schreiber, « Poétiques de l’histoire », Labyrinthe. Atelier interdisciplinaire, no 33, , p. 21-65 (lire en ligne)