N'gban
Les N'Gban (ou Ngban) étaient une des plus grandes tribus de la famille des Baoulé, elle occupait la région de la Côte d'ivoire comprise, au sud du parallèle de Lom, entre le Bandama et le N’Zi, jusqu’au confluent de ces rivières. Indépendants, tenaces, chasseurs adroits et infatigables, ils opposèrent une résistance importante à la colonisation française. Ils sont originaires des sous-préfectures de Tie Ndiékro, Kpèbo et Taabo ainsi que dans le département de Toumodi (Kpouèbo, Dida-Yaokro, Dida-Kouadiokro, Didablé…).
Histoire
modifierD’après la légende Aoua Pokou, reine Ashantis aurait traversé le Baoulé. Elle aurait atteint Tiassalé puis en remontant le Bandama, se serait installée à Sakassou au milieu de la tribu des Ouaraba. Plusieurs tribus seraient restées intactes. Les Nanafoué seraient des Sénoufo et les Saafoués des Gouros. Les tribus les plus importantes sont : les Atoutous à Kodiokofi et Toumodi ; les Aharis à l’est de Kodiokofi, ; les Nzipouris à l’ouest de Kodiokofi ; et les Nanafoués au sud ; les Ouarabos à Sakasso ; les Saafoués et à Kokombo : les N’gban du nord entre Kodiokofi et Satama et les N'gban du sud entre Toumodi et la forêt [1].
D'après Maurice Delafosse, le Royaume du Baoulé, fondé au début du XVIIIe siècle par la reine Poku, était composé de huit familles primitives. Quatre familles nobles : les Agoua ou Warebo (représentant la famille royale), les Faafwé, les Nzipouri ou Nziprifwé et les Sa, puis quatre familles vassales : les Atoutou ; les Agba ; les Nanafwé et les N’gban [3]. Les N'g Gban occupaient les régions de Salam et Yabouébo. À ce groupe est rattaché les Sondo, les Sandoro et les Nzako [4][5].
Société
modifierLes N'Gban sont animistes. Le village porte le nom du chef suivi de « krou » [6]. Celui-ci est le chef politique. Le mariage est libre et se fait en échange de quelques cadeaux. Le féticheur ou sorcier est le personnage le plus important. Il prodiguait tous les soins à base de médicaments d'origine végétales provenant du baobab, du cailcedrat, du gommier, du kinkéliba, de graines de pourgbère et de ricin comme fébrifuge, tonique, purgatif ou diurétique. Les consultations, accompagnées de cérémonies magiques étaient payées avec des poulets, des chèvres des bœufs, qui étaient partagés avec tout le village lors d’un repas. Ils préparaient également des poison à base de Datura stramonium et de Strophantus. La mort, jamais considérée comme naturelle, ne pouvait être causée que par un esprit maléfique ou une personne. Pour en déterminer la cause, le mort était posé sur une civière, et sous la direction du féticheur ou sorcier, était promenée dans tout le village. La plupart du temps la civière était déposée en dehors du village, mais si elle était déposée devant une case, le sorcier administrait un poison d’épreuve au coupable, qui sous l’effet de la terreur pouvait avouer le crime, même s’il ne l’avait pas commis. Les funérailles se faisaient avec des rites sanguinaires et pour un chef plusieurs captifs étaient sacrifiés. L'enterrement du corps, exposé parfois pendant des années, était l’occasion de nouveaux sacrifices de captifs. Les objets personnels du défunt, sa chaise, sa canne, son chasse-mouches, étaient conservés comme fétiches dans un compartiment spécial de la case et devenaient des objet de culte [7]. Le fétiche principal était Niangolé symbole de la fécondité féminine [8].
Période coloniale
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Les N’Gban s’opposèrent violemment à la colonisation.
La conquête du pays Baoulé commença en 1893 avec les missions d’explorations, terrestres et fluviales (Bandama), des capitaines Marchand et Manet, qui partant de Dabou, se dirigèrent vers Tiassalé. Le capitaine Marchand, surnommé Kpakipo (fends la forêt) atteint Toumodi et explora toute la région du Baoulé jusqu’à Zangué en pays Gouros [9]. Une deuxième mission, sous le commandement du lieutenant colonel Monteil secondé par le capitaine Marchand, partie de Grand-Bassam en septembre 1894. Elle devait rejoindre Kong pour combattre les troupes de Samory [10] [9].
- Bandama
- Le Bandama à Elizou en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.
- Navigation sur le Bandama en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.
- Passage d'un rapide sur le Bandama en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.
Du 24 décembre 1894 au 10 février 1895, les N’gban sous les ordres du chef Akafou, se soulèvent et attaquent les colonnes de ravitaillement de la colonne de Monteil, qui était en marche vers Tiassalé. Ils volent une partie d’un convoi de munitions,qui était destiné à la colonne de Kong, à Pokosiabo (au nord de Ouossou). Ils attaquèrent également Ouossou et le poste de Moronou. En représailles le 16 janvier 1895, le commandant Caudrelier prend Akouabo, les N'gban se soumettent le 5 février 1895 [11].
- Toumodi
- Départ d'un convoi de ravitaillement à Toumodi en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.
- Départ d'un convoi de ravitaillement à Toumodi en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.
- Départ d'un convoi de ravitaillement à Toumodi en 1904. Côte d'ivoire photo Pierre Citerne.


En août 1899 une partie des N'gban du chef Akafou se révoltent et coupent les communications entre Toumodi et Tiassalé [12]. Elle est suivie d'une seconde en 1901, avec les Nanafoué et les Faafoués, puis en juillet 1901 les Agba les rejoignent [13]. Le 28 juin 1902 Les N’Gban avec à leur tête Akafou, attaque Ouossou. Il est fait prisonnier et meurt le 8 juillet 1902. Sa mort déclenche une intensification des attaques sur Ouossou le 19 juillet [14]. Début 1903 les N'Gban de la région d’Ouossou sont toujours en rébellion. Leur refuge fortifié au sommet du mont Oroumbo Boka [15] fut attaqué et pris, grâce à l'artillerie, par le commandant Caudrelier, et ils se soumirent le 18 février 1903 [16].
La construction d'une voie ferrée pour relier Abidjan à Dimbokro commença en 1903 [17] et se termina à la fin de l'année 1910
Vers la fin 1909, lors du terrassement de la voie de chemin de fer, un lieu consacré au culte des ancêtres des Abés, dont l’administration ignorait l’existence, fut détruit. Les Abés, qui jusque là s’étaient tenus à l’écart, se révoltèrent en janvier 1910. Ils arrêtèrent les trains, massacrèrent les voyageurs et se préparèrent à attaquer la gare Agboville. Les Agba, les Attié, les N’gban et les Ouellé se joignirent à la révolte [18].

En 1909, refusant de rendre leurs fusils, Les N'Gban chassent le chef de poste d’Ouossou et se préparent à la guerre en construisant des tranchées, fortifiant leurs villages et sacrifiant des humains pour se concilier leurs « fétiches ». En janvier 1910, ils encerclent Ouossou et coupent toutes les routes et lignes télégraphiques [19].
Une colonne de représailles est formée, sous les ordres du chef de bataillon Morel. Elle est composée : de la 3eme compagnie du 4e R.T.S.(Régiment de Tirailleurs Sénégalais , sous les ordres du capitaine Huard ; de la 5ème compagnie du 4e R.T.S, sous les ordres du capitaine Lalubin ; de la 8ème compagnie du 4e R.T.S, sous les ordres du lieutenant de Cernon et d’une section d’artillerie , sous les ordres du lieutenant Bonnabel [20].
Le 30 avril, la 3eme compagnie [21] part de Tiémélékro par les Kpouébos ; la 5ème compagnie [22] part de Dimbokro par les Didas et la 8ème compagnie [23] part d’Anoumaba par les Adeous, pour se rejoindre sur les villages d’Ya-Guiékro [24].
À partir du 3 mai des offensives comportant destructions des villages, des campements et des cultures, commence, et le 18 mai, les troupes coloniales occupent N’Guessan, Ndoukoukro, Angoua, Oufouékro, Yao et Kankro. Le 24 mai Koumankro est enlevé [24].
Le lieutenant Adam de la 5ème compagnie [22] , s’installe dans le village de Digri-Koudiokro le 1er juin, et est rejoint le 4 juin par l’état major et l’artillerie [25].
Le 2 juin, le lieutenant Cernon de la 8ème compagnie [23] , prend le village de Pétèsou, et bivouaque au village Kpouébo de Kouadio-Amanikro où il est rejoint le 3 juin par la 3eme compagnie du 4e sénégalais [25].
Les N’Gban se réfugient sur le mont Oroumbo-Boka [15], où le 14 juin, la 3eme compagnie [21] attaque par l’ouest et la 5ème compagnie [22] accompagnée par la section d’artillerie [26] par l’est. Après un bombardement intensif les deux compagnies se rejoignent sur la crête et fouillent le massif. Le 28 juin tous les insurgés ont pris la fuite ou se sont rendus et le 31 juillet tous les chefs rebelles sont emprisonnés. La colonne est dissoute le 1er août 1910 [27].

Notes et références
modifier- ↑ Hachette 1896, p. 410.
- ↑ Maurice Delafosse 1901, p. 163.
- ↑ D'après Maurice Delafosse, ce serait la reine Poku qui les aurait nommé N'Gban, car ils marchaient en boitant, comme s’ils avaient des vers de Guinée aux jambes (Ngban), qui sont responsable de la Dracunculose [2].
- ↑ François Joseph Clozel 1902, p. 13.
- ↑ Maurice Delafosse 1901, p. 202.
- ↑ Par exemples Adiékrou serait le village d'Adie et Athuakou celui d'Athua . voir carte pays N"gban.
- ↑ Hachette 1896, p. 411.
- ↑ Hachette 1896, p. 412.
- 1 2 Maurice Delafosse, p. 277-278.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 279.
- ↑ Albert Baratier 1913, p. 180-184.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 283.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 285.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 286.
- 1 2 Le mont Orumbo-Boka, est situé près d'Assakra. Il est considéré comme sacré par les Baoulé.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 286 et 342.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 287 et 343.
- ↑ Maurice Delafosse, p. 341.
- ↑ Gabriel Angoulvant 1901, p. 290.
- ↑ Gabriel Angoulvant 1901, p. 291.
- 1 2 Composition de la 3eme compagnie du 4e sénégalais : capitaine Huard (commandant), assisté par le capitaine Tissot (à partir du 16 juin), des lieutenants Ferrand, Gilquin, 4 sous-officier européens, 141 tirailleurs et 93 porteurs.
- 1 2 3 Composition de la 5ème compagnie du 4e sénégalais : capitaine Lalubin (commandant) assisté par le lieutenant Adam, 5 sous-officiers européens , 168 tirailleurs et 90 porteurs.
- 1 2 Composition de la 8ème compagnie du 4e sénégalais : lieutenant de Cernon (commandant), assisté du sous-lieutenant Yoro Diallo, de 5 sous-officiers européens, 154 tirailleurs et 99 porteurs.
- 1 2 Gabriel Angoulvant 1901, p. 292.
- 1 2 Gabriel Angoulvant 1901, p. 293.
- ↑ Composition de la section d’artillerie : lieutenant Bonnabel (commandant), 2 sous-officiers et 4 canonniers européens, 27 indigènes et 98 porteurs européens, 4 canonniers (un canon de montagne de 80mm).
- ↑ Gabriel Angoulvant 1901, p. 294.
Bibliographie
modifier- Hachette, À travers le Monde, t. 1, Paris, Librairie Hachette, (lire en ligne).
- Hachette, À travers le Monde, Paris, Librairie Hachette, , 421 p. (lire en ligne).
- Maurice Delafosse, Essai de la langue Agni, Paris, Librairie africaine et coloniale, , 226 p. (lire en ligne).
- François Joseph Clozel et Roger Villamur, Les coutumes indigènes de la Côte d’ivoire, Paris, Augustin Chalamelle, (lire en ligne).
- Albert Baratier, L’Épopée africaine, Perrin et Cie, (lire en ligne).
- Gabriel Angoulvant, La pacification de la Côte d’ivoire 1908-1915 : Méthode et résultats, Paris, Émile Larose, , 395 p. (lire en ligne).
- Maurice Delafosse et Auguste Terrier, Histoire des colonies françaises et de l’expansion de la France dans le Monde, t. IV, Paris, Société de l’Histoire nationale Librairie Plon, (lire en ligne).