NUWARD (réacteur)
Le réacteur NUWARD, abréviation de « nuclear forward », est un petit réacteur nucléaire modulaire (dit PRM ou SMR en anglais pour « small modular reactor ») en cours de développement depuis 2019. C'est un réacteur à eau pressurisée (REP) de génération III+ capable de produire de l'électricité et de la chaleur (en mode cogénération) : jusqu'à 400 MWe en mode 100 % électrogène et jusqu'à 290 MWth en mode cogénération (25 %).
| Type | |
|---|---|
| Génération |
III+ |
| Utilisation |
Production d'électricité et/ou de chaleur |
| Statut |
en projet |
| Concepteur | |
| Site web |
| Caloporteur | |
|---|---|
| Modérateur | |
| Neutrons |
thermiques |
| Puissance thermique |
290 MWth |
| Puissance électrique |
400 MWe |
Il est co-développé par NUWARD, filiale d'EDF, et ses partenaires stratégiques : EDF, Framatome, Edvance et Tractebel.
Histoire du projet
modifierLe projet est officiellement annoncé le à la conférence générale annuelle de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne[1]. Il est initialement co-développé par un consortium composé d'EDF, de Framatome (et de leur EPCC commune Edvance), de TechnicAtome, de Naval Group et du CEA[1]. Des discussions ont également eu lieu avec Westinghouse Electric[2]. Ce petit réacteur vise à remplacer les centrales électriques brûlant des combustibles fossiles dans le cadre de la transition énergétique et de la réduction des émissions de CO2[3].
EDF présente le premier design du réacteur le [4],[5].
En , Tractebel (bureau d'ingénierie du groupe Engie) annonce rejoindre le consortium afin notamment de participer aux travaux d'ingénierie de l'îlot conventionnel[6].
La création de la société NUWARD, filiale à 100 % d'EDF, est annoncée en mars 2023[7].
A l'été 2024, NUWARD annonce faire évoluer sa stratégie de Small Modular Reactor de génération III+ vers une solution éprouvée, utilisant exclusivement des technologies utilisées sur le parc nucléaire pour répondre plus rapidement et pleinement aux attentes du marché et des industriels en France, en Europe et au-delà. À la suite de ce changement de design reposant sur l'expertise du Groupe EDF et comprenant peu d'innovations, TechnicAtome et Naval Group quittent le développement de NUWARD SMR[8].
En 2025, Julien Garrel succède au directeur de projet Renaud Crassous et prend la direction de NUWARD en tant que Président Exécutif[9].
Financement et coût évoqué
modifierLe projet NUWARD est financé en grande partie sur fonds propres et est financièrement soutenu par l'État français à hauteur de 50 millions d'euros dans le cadre du plan de relance économique de 2020-2022[10]. Le plan France 2030 prévoit un financement de 500 millions d'euros[7]. Les coûts de développement évoqués en 2024 à l'horizon 2035-2040 avoisine le milliard d'euros[11].
Première version ( - )
modifierCaractéristiques techniques
modifierLe SMR NUWARD était destiné à la production d'électricité et composé de deux réacteurs identiques de 170 MWe pour une puissance totale de 340 MWe. La technologie retenue est de la filière des réacteurs à eau pressurisée (REP), maitrisée par EDF car similaire à celle du parc de réacteur nucléaire français[12].
L'approche initiale d'EDF est centrée sur le développement d'un réacteur compact[12], développé en partenariat avec TechnicAtome et Naval Group. La conception de sa « chaudière intégrée » est innovante : le cœur du réacteur inclut le pressuriseur et les générateurs de vapeur à plaques à l'intérieur même de la cuve du réacteur. Cette structure permet d'occuper proportionnellement beaucoup moins de place que dans un grand réacteur[12],[13].
Le réacteur prendrait place dans un cube d’eau de 25 mètres de côté et serait semi-enterré pour le protéger des agressions extérieures. La cuve ne ferait ainsi que 4 mètres de diamètre et 13,50 mètres de hauteur, à l’intérieur d’une enceinte métallique de 15 mètres de diamètre et 16 mètres de hauteur[14], elle-même logée dans une piscine[15].
L'aspect modulaire du NUWARD doit permettre sa fabrication en série en usine, ainsi qu'un assemblage sur site plus aisé par l'assemblage de modules pré-fabriqués. Des innovations importantes sont apportées en matière de sûreté passive (ne nécessitant ni source électrique, ni intervention humaine) et de simplification d'exploitation[16],[17],[18].
Il utiliserait le même combustible nucléaire à base d'uranium faiblement enrichi à 3-5 % que les réacteurs de grande puissance français.
Évaluation de sûreté
modifierEDF et ses partenaires ont soumis un premier dossier d'option de sûreté (DOS) à l'Autorité de sûreté nucléaire et vise une mise en production en 2035. La construction du premier réacteur est prévue pour démarrer en 2030[19],[20]. EDF annonce le le lancement de l'initiative de la Joint Early Review visant en une pré-évaluation conjointe de NUWARD SMR, menée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française avec la participation des autorités de sûreté nucléaire tchèque (SUJB) et finlandaise (STUK)[21],[22].
EDF dépose le le dossier d'option de sûreté (DOS) de NUWARD auprès de l'ASN[23]. Cela ouvre la phase dite de pre-licensing, préparant la demande d'autorisation de création (DAC) prévue pour 2025. D'ici là, l'objectif est d'élaborer le basic design pour un début de commercialisation en 2025[24].
Deuxième version (depuis )
modifierLe , le Groupe EDF « décide de faire évoluer sa stratégie SMR »[18]. EDF justifie ce choix par les échanges anticipés menés avec les clients potentiels, les experts impliqués (International NUWARD Advisory Board) et les 6 autorités de sûreté impliquées dans le développement de NUWARD (ASNR, STUK, PAA, ANVS, FANC,SUJB, etc.)[25],[16],[17].
D'une part, les exploitants sont demandeurs de projets peu risqués sur le plan technologique, c'est-à-dire ne faisant pas appel à des concepts innovants encore non maitrisés. Il leur est préféré des « briques technologiques » éprouvées, à choisir « sur étagères ». Ainsi le concept de générateurs de vapeur à plaque directement intégrés dans la cuve du réacteur pose une difficulté, car il n'existe pas sur le marché et présente de nombreux défis de conception. D'autre part, le besoin est exprimé de pouvoir produire de l'électricité mais aussi de la chaleur[25]. À la suite de ce changement de design reposant sur l'expertise du Groupe EDF et comprenant peu d'innovations, TechnicAtome et Naval Group quittent le développement de NUWARD SMR[8].
Le nouvel objectif est de finaliser le conceptual design du réacteur d’ici mi-2026 et proposer un produit commercialisable dans les années 2030[26].
Le projet de SMR NUWARD tourné autour d'un design éprouvé est relancé en après un changement de Président Exécutif (Renaud Crassous est remplacé par Julien Garrel)[27]. Le SMR NUWARD cible deux marchés[28] :
- la production d'électricité : la puissance électrique développée est augmentée à 400 MWe, pour un coût de production estimé entre 80 et 100 €/MWh. Cette production s'adresse au réseau électrique, aux data centers et industriels électro-intensifs.
- la cogénération de chaleur : jusqu’à 100 MWth d'une chaleur allant de 150 °C à 280 °C, adaptée aux besoins des industriels et des réseaux urbains de chaleur, et pour un coût de production estimé entre 30 et 50 €/MWh.
Lors de la World Nuclear Exhibition (WNE) de , la filiale NUWARD a signé de nombreux accords exploratoires avec Technip Energies, REEL, Bouygues et l'industriel italien Maire.
NUWARD continue de travailler avec trois filiales d'EDF : Framatome, qui fabriquera les chaudières à la place de TechnicAtome, et le spécialiste des turbines Arabelle et Edvance. NUWARD travaille également en étroite collaboration avec Tractebel, filiale d'ingénierie d'Engie, et Ansaldo, fabricant italien de centrales électriques. NUWARD espère boucler également mi-2026 la structuration financière auprès des industriels, des clients potentiels et des fonds d'investissement[29].
Planning de développement
modifierL'objectif est de réaliser le pré-conceptuel design en 2024, puis le conceptual design de 2025 à 2026, suivi du basic design de 2026 à 2029 et enfin le detailled design à partir de 2030. Les premières constructions démarreraient à partir de 2030. Le délai de construction des séries SMR (hors « tête de série » (ou First-Of-A-Kind)) est indiqué à 48 mois.
Caractéristiques techniques
modifierLes caractéristiques de cette nouvelle version du SMR NUWARD s'appuient au maximum sur des technologies éprouvées et facilement constructibles dans les usines de Framatome. Ainsi, le SMR NUWARD adopte une architecture de sûreté active (et non plus passive comme initialement envisagé), et reposant sur les technologies déjà mises en œuvre sur le parc nucléaire français historique et les futurs EPR2. Le réacteur sera protégé dans une enceinte de confinement en béton précontraint. Le cœur du réacteur sera fait d’une cuve de taille adaptée, d’un pressuriseur et d'un circuit primaire à deux boucles (à la différence des réacteurs français de 900 MW, qui en possèdent trois, voire quatre pour les réacteurs de 1 300 MW, de 1 450 MW et l'EPR). Chacune des boucles primaires est reliée à un générateur de vapeur et actionnée par une pompe primaire.
La source froide du réacteur sera soit en circuit ouvert (refroidie uniquement par une source d'eau froide), soit semi-fermée avec utilisation d'une tour aéroréfrigérante, selon les contraintes spécifiques du site[28].
Réacteurs NUWARD en projet
modifierFrance
modifierL'objectif de NUWARD est de commencer à construire son premier réacteur NUWARD SMR en Europe (sur un site non encore défini), à l'horizon 2030, pour une mise en service aux alentours de 2035[30].
Italie
modifierEn , EDF, Edison, Ansaldo Energia et Ansaldo Nucleare annoncent avoir signé une lettre d’intention en soutien au développement de nouveaux projets nucléaires en Italie[31].
Dans l'objectif de décarboner sa production d'électricité, la compagnie italienne d'électricité Edison annonce en envisager la construction de deux SMR Nuward en Italie d'ici à 2030/2040, si les conditions techniques et économiques sont réunies[32].
Small Modular Reactors concurrents
modifierPlusieurs autres PRM sont en cours de développement et apparaissent comme des concurrents proches du réacteur Nuward : technologies similaires (réacteur à eau pressurisée (REP) ou réacteur à eau bouillante (REB)), puissances similaires (300 à 400 MWe), stades de développement proches et horizon de construction aux alentours de 2030. On peut notamment citer[33],[34] :
- le SMR de Rolls-Royce (REP de 470 MW) ;
- l'AP300 de Westinghouse (REP de 300 MW) ;
- le BWRX-300 de GE-Hitachi (REB de 300 MW) ;
- le SMR-300 de Holtec International (REP de 300 MW) ;
- les VOYGR-4 et VOYGR-6 de NuScale (groupement de quatre ou six REP de 77 MW chacun, soit un total de 308 MW ou 462 MW).
Notes et références
modifier- 1 2 « CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome présentent NUWARD : projet commun de « petit réacteur modulaire » (Small Modular Reactor - SMR) », sur EDF France, (consulté le ).
- ↑ CEA, « CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome présentent Nuward : projet commun de “petit réacteur modulaire" », sur CEA/Espace Presse, (consulté le ).
- ↑ « Nucléaire : comment EDF compte revenir dans le match des petits réacteurs », Les Échos, (consulté le ).
- ↑ « Nucléaire : la longue route des petits réacteurs », Les Échos, (consulté le ).
- ↑ « EDF crée Nuward, une filiale dédiée aux petits réacteurs nucléaires », sur Investir, (consulté le ).
- ↑ « Soutenir la conception de la première technologie de petits réacteurs modulaires dans l’UE », sur Tractebel, (consulté le ).
- 1 2 « EDF crée une filiale dédiée au petit réacteur nucléaire modulaire Nuward et embarque de nouveaux partenaires », L'Usine nouvelle, (lire en ligne).
- 1 2 Paul Messad, « TechnicAtome quitte le projet Nuward de petit réacteur nucléaire d’EDF »
, sur Euractiv, . - ↑ .
- ↑ « Pourquoi Nuward, le petit réacteur modulaire (SMR) à la française, reste très prometteur », La Tribune, (consulté le ).
- ↑ « Nucléaire : EDF revoit sa stratégie en matière de "petits réacteurs" », sur France Info, (consulté le ).
- 1 2 3 « NUWARD, le futur SMR français », sur Société française d'énergie nucléaire (consulté le ).
- ↑ « Le petit réacteur atomique SMR fait rêver les nucléaristes », sur Reporterre, (consulté le ).
- ↑ Nasrine Winther, « Le projet Nuward SMR », L'Armement, no 130, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Réacteurs nucléaires, la course aux petits modèles », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « Mini-réacteur nucléaire : EDF change ses plans pour son projet Nuward », Les Échos, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « Nucléaire : EDF met un coup d’arrêt à son projet phare Nuward », sur L'Informé, (consulté le ).
- 1 2 « SMR : EDF se retire de la course aux « petits réacteurs » nucléaires au Royaume-Uni », sur Connaissances des énergies, (consulté le ).
- ↑ « Renaud Crassous (Nuward) : Nucléaire, les petits réacteurs ont le vent en poupe », BFM TV, .
- ↑ Sharon Wajsbrot, « Nucléaire : EDF passe un cap dans son projet de mini-réacteur « SMR » », Les Échos, (lire en ligne).
- ↑ « EDF avance ses pions en Europe sur les« petit réacteur modulaire » (Small Modular Reactor - SMR) », L'Express, (consulté le ).
- ↑ « Le SMR français Nuward voit ses options de sûreté évaluées simultanément par trois Autorités européennes »
, sur Société française d'énergie nucléaire, . - ↑ « Nuward remet son dossier d’options de sûreté à l’ASN », sur SFEN (consulté le ).
- ↑ « NUWARD annonce l’envoi à l’Autorité de sûreté nucléaire du Dossier d’Options de Sûreté de son SMR, marquant le début du processus de pre-licensing » [PDF], (consulté le ).
- 1 2 (en) « One moment, please... », sur www.sfen.org (consulté le ).
- ↑ Ludovic Dupin, « Retour de Nuward, découvrez la nouvelle stratégie du SMR français »
, sur SFEN, . - ↑ « Retour de Nuward, découvrez la nouvelle stratégie du SMR français », sur SFEN, (consulté le ).
- 1 2 Ludovic Dupin, « [Exclusif] Découvrez le nouveau concept du SMR Nuward »
, sur sfen.org, . - ↑ Amélie Laurin, EDF s'associe à de nouveaux partenaires pour son projet de mini-réacteur nucléaire, Les Échos, 7 novembre 2025.
- ↑ « Mini-réacteurs nucléaires : EDF revoit sa stratégie pour le projet NUWARD »
, sur Techniques de l'ingénieur, . - ↑ « EDF, Edison, Ansaldo Energia et Ansaldo Nucleare annoncent avoir signé une Lettre d’Intention en soutien au développement de projets nouveau nucléaire », sur EDF France, (consulté le ).
- ↑ (en) « Edison eyes SMR deployment in Italy », sur World Nuclear News (consulté le ).
- ↑ (en) « UK SMR negotiations begin with GE Hitachi, Holtec, Rolls-Royce SMR and Westinghouse », sur World Nuclear News (consulté le ).
- ↑ « Small Nuclear Power Reactors », sur World Nuclear Association (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Projet Nuward France V1, en partenariat TechnicAtome », sur gazettenucleaire.org,