Nadav Lapid
Nadav Lapid (en hébreu : נדב לפיד), né le à Tel Aviv-Jaffa, est un réalisateur, scénariste, acteur, écrivain et critique littéraire israélien.
| Naissance | |
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| Nom dans la langue maternelle |
נדב לפיד |
| Nationalité | |
| Formation |
Université de Tel Aviv Université Paris-VIII École de cinéma et de télévision Sam-Spiegel (en) |
| Activités | |
| Père |
Haim Lapid (d) |
| Mère |
Era Lapid (d) |
| A travaillé pour | |
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| Distinctions |
Biographie
modifierNadav Lapid nait en 1975 à Tel Aviv d'un père écrivain et d'une mère monteuse cinématographique[1]. Après son service militaire, il devient journaliste dans un quotidien sportif et entame des études d'histoire et de philosophie à l'Université de Tel Aviv. Il les abandonne brutalement en 1999 pour s'installer en France, afin de les poursuivre à Paris VIII [2].
À son retour en Israël en 2001, il s'inscrit à l'École de cinéma et de télévision Sam-Spiegel et y réalise ses premiers courts métrages. Road met en scène des ouvriers palestiniens qui prennent en otage leur chef de chantier israélien, qu'ils accusent de « crimes sionistes ». La Petite amie d'Émile est la chronique d'une journée harassante de chaleur, électrisée par la mémoire juive, son encombrant refoulé et par la hantise du terrorisme[3].
Il est sélectionné en 2008 à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes et pendant son séjour écrit le scénario de son premier long métrage Le Policier[4]. « En organisant la rencontre d’une unité anti-terroriste et d’un groupe de jeunes révolutionnaires israéliens en rébellion contre leur propre pays, ce film ne permet à aucune empathie d’éclore : tous coupables, tous victimes[5]. » « Brillante fugue de facture godardienne[1] », le film fait « grand bruit en Israël » et remporte en 2011 le prix spécial du jury au Festival de Locarno[4].
Son second long métrage, L'Institutrice est projeté pendant la 53e Semaine de la critique du Festival de Cannes 2014. « Impossible à raconter en quelques mots », le film met en scène une institutrice qui décèle chez un enfant de 5 ans un don prodigieux pour la poésie. Subjuguée par ce petit garçon, elle décide de prendre soin de son talent, envers et contre tous[6]. Ce film, « coup d'état poétique, claque formelle et coup de poing politique[7], « œuvre majeure du cinéma israélien, est l'un des rares à allégoriser de manière aussi inspirée la question de l'identité juive puis israélienne telle que l'idée d'élection, pour le meilleur et pour le pire, la conditionne[1]. »
Lors du Festival de Cannes 2016, Nadav Lapid présente son moyen métrage From the Diary of a Wedding Photographer. Il s'agit d' « une variation ravageuse sur l’institution du mariage à travers la figure ambiguë d’un vidéaste professionnel du film nuptial, qui a fini par se persuader qu’enterrements et mariages différaient en ceci que « les premiers enterrent les morts et les seconds les vivants[8]. »
Synonymes, « film en tous points majeur, dont l’extrême maîtrise ne bride jamais l’invention et l’audace[9] », obtient l'Ours d'or à la Berlinale 2019[10],[11]. À travers le portrait d'un jeune Israélien s’installant à Paris sans un sou en poche, dans l’idée de rompre définitivement avec son pays d’origine[12], Lapid « s’empare de la question de l’exil et de l’accueil, pour parler non seulement d’Israël à travers le prisme de la France (et inversement), mais de toute la construction fantasmatique qui accompagne la notion de pays, se traduisant par un sentiment d’appartenance ou de rejet[13]. »
Le Genou d'Ahed, est couronné du Prix du jury du Festival de Cannes 2021, ex æquo avec Memoria de Apichatpong Weerasethakul[14]. Le titre fait référence à Ahed Tamimi. Après qu'elle a été arrêtée pour avoir giflé un soldat israélien, Bezalel Smotrich, alors député, avait exprimé son regret qu'elle n’ait pas pris une balle dans la rotule, afin de la rendre handicapée à vie[15],[16]. « Nadav Lapid ose l’outrance, les ruptures de ton. Il malaxe et réduit la folie militaire pour mieux la désarmer, dans des chorégraphies pop et grotesques. Il met le doigt sur l’anomalie, installe le malaise, afin que le spectateur s’y perde[15]. » Le film « est à la mesure des relations complexes qu’entretient Nadav Lapid avec son pays. Tendu de bout en bout, parfois déplaisant, à l’image de son personnage qui de victime se transforme peu à peu en bourreau, et obsessionnel lorsqu’il remâche la spirale militariste dans laquelle s’est enfermé Israël[17].»
En 2022 il préside le 53e Festival international du cinéma indien.
En , aux côtés de 50 autres cinéastes, Lapid signe une lettre ouverte publiée dans Libération demandant un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, et la fin des meurtres de civils dans le cadre de l'invasion israélienne de la bande de Gaza en 2023, ainsi que la mise en place d'un couloir humanitaire à Gaza pour l'aide humanitaire et la libération des otages[18],[19],[20]. Pour lui, son pays vit « les pires moments de son histoire, pas seulement en raison de ce qu'on lui a fait, mais aussi à cause de ce qu'il inflige aux autres[21]. »
Oui est présenté au Festival de Cannes 2025 dans la section Quinzaine des cinéastes. Tourné en Israel[22], il raconte l'histoire d'un pianiste précaire de Tel-Aviv qui se voit confier une mission des plus épineuses : mettre en musique un nouvel hymne national à la gloire de l’action militaire israélienne à Gaza. Y., le musicien, dit « oui » et accepte aveuglément de composer une chanson de propagande[23]. « Grand film malade[24] », il décrit « l’esprit de vengeance exterminatrice qui s’empare de la nation israélienne à la suite du carnage du 7 octobre 2023, et le transforme rapidement en pure obscénité[25],[26]. » Alors que le film fustige le nationalisme israélien[27],[26], sa projection au FID en 2026 est annulée sous la pression de sympathisants à la cause palestinienne parce que le film est en partie financé par une subvention israélienne[28],[29], malgré le soutien de nombreuses personnalités[30].
Nadav Lapid est considéré comme « la grande révélation du cinéma d’auteur israélien de ces dernières années, avec un mélange rare de puissance physique et d’intellectualité pure, une ambition et une virtuosité qui emportent et ravissent, quand elles n’irritent pas[8]. »
Le Monde remarque que son cinéma « dérange en Israël ». Bien que ses films n'y dépassent pas les 10 000 entrées en salle, ils sont souvent attaqués par des personnalités politiques et les médias[31]. Ainsi, avant la sortie de Oui en , de nombreux éditorialistes l’ont vivement critiqué, sans même l'avoir vu. Miki Zohar, le ministre israélien de la culture, a affirmé que le film « blesse les sentiments des patriotes israéliens », tout en reconnaissant ne pas l'avoir vu[31]. Le réalisateur israélien a renoncé à participer au Festival international de cinéma de Marseille (FID) après des appels au boycott liés au contexte de la guerre à Gaza, malgré ses prises de position critiques envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu[32].
Vie privée
modifierFilmographie
modifierRéalisateur
modifierActeur
modifier- 2007 : Nobody's Girlfriend de Chui Mui Tan (court métrage)
- 2021 : Madeleine Collins d'Antoine Barraud : Kurt
Publication
modifier- Danse encore (trad. Laurence Sendrowicz), Paris, Actes Sud, (ISBN 978-2-7427-8811-8)
Bibliographie
modifier- Morgan Pokée (dir.) (préf. Juliette Binoche), Nadav Lapid - Description d'un combat, Paris, Éditions de l’œil, (ISBN 978-2-35137-392-7)
Distinctions
modifier- Festival de Locarno 2011 : Prix spécial du jury pour Le Policier
- Festival des trois continents de Nantes 2011 : Prix du public pour Le Policier
- Festival de Cannes 2014 : Sélection en séance spéciale à la Semaine de la Critique pour L'Institutrice
- Festival de Cannes 2016 : Sélection en séance spéciale à la Semaine de la Critique pour Journal d'un photographe de mariage
- Berlinale 2019 : Ours d'or pour Synonymes
- Festival de Cannes 2021 : Prix du jury pour son film Le Genou d'Ahed, ex æquo avec Memoria de Apichatpong Weerasethakul
- Festival de Cannes 2025 : Sélection à la Quinzaine des Cinéastes pour OUI
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Film de fin d'études.
Références
modifier- 1 2 3 « Nadav Lapid, Israélien touche-à-tout, ne croit plus à la « normalité » d'un pays « aveuglé » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Guillaume Gendron, « Nadav Lapid, fondu déchaîné », sur Libération (consulté le )
- ↑ « "La Petite Amie d'Emile" », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Nadav Lapid : "A 18 ans, j'étais un cow-boy qui rêvait de devenir un héros de la patrie" », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Helen Faradji et François Jardon-Gomez, « Policeman de Nadav Lapid ; Take this Waltz de Sarah Polley », 24 images, no 154, (lire en ligne)
- ↑ « « L'Institutrice » : quelques grammes de poésie dans un monde de brutes », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Pamela Pianezza, « L'Institutrice, coup d'état poétique », Séquences, la revue de cinéma, no 298, (lire en ligne)
- 1 2 « « Tikkoun » et « Journal d’un photographe de mariage » : deux cinéastes israéliens aux franges de l’étrange », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Entretien avec Nadav Lapid autour de “Synonymes” : “un film affecté par le chaos” | Les Inrocks », sur https://www.lesinrocks.com/ (consulté le )
- ↑ « Berlinale : l’Ours d’or remis à Nadav Lapid pour « Synonymes » », sur Le Monde, (consulté le ).
- 1 2 Guillaume Gendron, « Nadav Lapid, fondu déchaîné », sur Libération, (consulté le ).
- ↑ Vanity Fair, « Nadav Lapid : « Ma vie à Paris était assez glauque » », sur Vanity Fair, (consulté le )
- ↑ « « Synonymes » : à Paris, sur les pas de Yoav, les fantômes d’Israël », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Festival de Cannes : la Française Julia Ducournau remporte la Palme d’or pour son film « Titane » », sur Le Monde, (consulté le )
- 1 2 « Cannes 2021 : « Le Genou d’Ahed », les fantômes du désert de Nadav Lapid », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Luc Chessel et Didier Péron, « «Le Genou d’Ahed» : Nadav Lapid, portrait d’un esprit en feu », sur Libération (consulté le )
- ↑ La-Croix.com, « « Le genou d’Ahed », les colères de Nadav Lapid », sur La Croix, (consulté le )
- ↑ « Gaza : des cinéastes du monde entier demandent un cessez-le-feu immédiat », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Nick Newman, « Claire Denis, Ryusuke Hamaguchi, Kiyoshi Kurosawa, Christian Petzold, Apichatpong Weerasethakul & More Sign Demand for Ceasefire in Gaza » [archive du ], sur The Film Stage, (consulté le )
- ↑ « Directors of cinema sign petition for immediate ceasefire », The Jerusalem Post, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Guerre à Gaza : « Je ne crois plus en la capacité d’Israël à revenir à la raison », prévient Nadav Lapid - L'Humanité », sur https://www.humanite.fr, (consulté le )
- ↑ « Nadav Lapid : « Avec “Oui”, j’avais un peu l’impression de tourner en pays ennemi » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Je suis Charlie, « Entretien. Nadav Lapid : « La gauche israélienne, c’est le Magicien d’Oz. Une entité fatiguée et faiblarde. » », sur charliehebdo.fr (consulté le )
- 1 2 « Cannes 2025 : « Yes », grand film malade de Nadav Lapid, scrutant l’effroi du monde post-7 octobre 2023 », Le Monde, (lire en ligne)
- 1 2 « Cannes 2025 : Nadav Lapid fait un nouvel adieu à Israël avec « Yes » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 « Nadav Lapid, voix discordante du cinéma israélien », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ « « Oui », grand film enfiévré de Nadav Lapid sur l’apocalypse née du 7-Octobre », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le cinéaste israélien Nadav Lapid, visé par une polémique, renonce à participer au festival FID Marseille », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Nadav Lapid évincé du FID : “Avec cette stratégie d’intimidation, on parle de tout sauf de la cause des Palestiniens” », sur www.telerama.fr, (consulté le )
- ↑ « « Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel » : plus de 350 personnalités en soutien au cinéaste israélien Nadav Lapid », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Nadav Lapid, voix discordante du cinéma israélien », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Sous la pression d’un appel au boycott, pourquoi ce festival de cinéma à Marseille n’accueillera finalement pas le réalisateur israélien Nadav Lapid », sur ladepeche.fr (consulté le )
- ↑ (en) « This Award-winning Filmmaker Is Praised by His Fellow Israelis. And It's Making Him Uncomfortable », sur haaretz.com
- ↑ « Nadav Lapid, réalisateur : « En Israël, les autorités n’ont pas besoin d’opprimer les gens, ils s’oppriment très bien eux-mêmes » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Gabriela Trujillo, « Beaux, maudits et foutus », En attendant Nadeau, no 227, (lire en ligne).
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Stéphane Delorme et Jean-Philippe Tessé, « Comment se faire entendre ? », entretien avec Nadav Lapid, Cahiers du cinéma, no 676, , p. 44-48.
- « Nadav Lapid bouscule le cinéma français », Cahiers du cinéma, no 753,
Vidéographie
modifier- Nadav Lapid. Il faut respecter le désespoir, Blast, 2024. Voir en ligne
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives à plusieurs domaines :