Nelly Arcan

écrivaine québécoise

Isabelle Fortier, dite Nelly Arcan, née le à Lac-Mégantic et décédée le à Montréal, est une écrivaine québécoise.

Nelly Arcan
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 34 ans)
MontréalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Isabelle FortierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Adjectifs dérivés
« arcanien »
Œuvres principales

Biographie

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Famille et jeunesse

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Isabelle Fortier naît le à Lac-Mégantic[1]. Ses parents sont Jacinthe Mercier et Germain Fortier. Elle a un frère, Erik Fortier (1969-2023)[2],[3].

Elle s'intéresse à la littérature dès son adolescence. Elle est à l'époque une fervente lectrice des romans de Stephen King[4]. Au fil du temps, elle se tourne vers des œuvres littéraires plus variées ainsi que vers la philosophie. Parmi les figures qui la fascinent, le philosophe Friedrich Nietzsche et le poète Lautréamont[5].

Études

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En 1994, après des études en sciences humaines au Cégep de Sherbrooke, elle quitte Lac-Mégantic pour entreprendre des études littéraires à Montréal ; elle s'inscrit à l’université du Québec à Montréal. Après son baccalauréat, elle entame une maîtrise sous la direction d'Anne Élaine Cliche[6]. Son mémoire s'intitule « Le poids des mots, ou la matérialité du langage dans Les Mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber »[7].

Écriture et publications

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En 2001, elle publie Putain aux éditions du Seuil, une autofiction qui lui vaut une sélection pour les prix Médicis et Femina. Son deuxième roman, Folle (2004), lui vaut une autre sélection pour le Femina. Elle publie également des nouvelles entre 2003 et 2006.

En , elle fait un passage remarqué dans l'émission de grande écoute Tout le monde en parle[8],[9], où elle témoigne qu'elle s’est prostituée durant ses études. Elle y présente notamment son troisième et dernier roman À ciel ouvert (2007)[10].

En 2008, Arcan collabore avec la chorégraphe Manon Oligny en tant qu'autrice en direct[Quoi ?] pour la chorégraphie de danse contemporaine intitulée L'Écurie. Elle travaille aussi à la rédaction des dialogues du film Nathalie... d'Anne Fontaine et publie des chroniques dans l'hebdomadaire Ici Montréal.

Décès

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Le , Nelly Arcan est retrouvée morte dans son appartement du Plateau Mont-Royal, à Montréal[11],[3]. Son suicide par pendaison[3] crée une onde de choc dans le milieu littéraire et culturel[12].

Publications posthumes

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Moins de deux mois après sa mort, le roman qu'elle venait d'achever est publié. Il s'agit d'un roman de fiction contrairement à ses œuvres précédentes qui, bien que cataloguées comme romans par son éditeur, donnaient dans l'autofiction. Paradis, clef en main raconte l'histoire d'une jeune femme devenue paraplégique à la suite d'une tentative de suicide ratée et son désir retrouvé pour la vie[13].

En 2011, les éditions du Seuil publient un recueil posthume intitulé Burqa de chair. Ce recueil contient deux récits inédits, La Robe et La Honte, une version allongée de L'Enfant dans le miroir, les réflexions de l'écrivaine sur le speed dating et sa chronique Se tuer peut nuire à la santé. Dans la nouvelle La Honte[14], Arcan écrit qu'elle a vécu cette expérience[Quoi ?] comme une humiliation[15]. La romancière Nancy Huston dénonce pour sa part « le traitement que les médias ont réservé à Nelly Arcan » et range l'écrivaine parmi « l'école nihiliste qu'elle a sévèrement critiquée dans son essai Professeurs de désespoir[16] ».

Analyse de l'œuvre

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Son œuvre aborde la dénonciation du diktat du paraître et celui de la séduction, conduisant, pour les femmes, à une compétition entre elles, à se façonner une image désirable, avec, comme conséquences, la peur du vieillissement, le désir de plaire à tout prix, la sexualité, la prostitution et la marchandisation du corps, le suicide.

Dans une réflexion nihiliste, Arcan dévoile un vécu d'escort girl dans les deux autofictions que sont Putain et Folle[17]. Son troisième ouvrage, À ciel ouvert, est en revanche un roman et aborde la compétition entre femmes rivales[18].

Commentaire

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Dans une entrevue accordée à l'écrivaine et amie Mélikah Abdelmoumen en 2007, Arcan s'exprime sur les changements stylistiques présents dans son œuvre :

« À ciel ouvert marque une coupure par rapport à Putain et Folle. C'est un roman et non un récit d'autofiction, d'abord ; ensuite, étant écrit à la troisième personne, les thèmes qui me "travaillent", notamment l'aliénation des femmes à une marche à suivre commandée par une promotion massive de leur corps, l'énigme du désir sexuel des hommes perçu comme inépuisable et rejetant, et la rencontre de ces deux réalités dans un monde où la sexualité, surinvestie, est ouvertement marchandée — bref, tous ces thèmes ne sont pas pris en charge par un monologue narré à la première personne mais par trois personnages principaux qui les incarnent à travers leurs motivations, et les événements qui les font bouger[19]. »

Publication posthumes

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Hommages et postérité

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  • En 2013, la nouvelle bibliothèque municipale méganticoise (inaugurée le [23]) est nommée « La Médiathèque municipale Nelly-Arcan » en son honneur[24],[25].
  • Toujours en 2013, les actrices Marie Brassard et Sophie Cadieux montent un spectacle théâtral intitulé La Fureur de ce que je pense et constitué d'extraits de l'œuvre d'Arcan. La production est présentée à l'Espace GO de Montréal et suscite l'enthousiasme de la critique. Le spectacle est repris en 2017 à Ottawa, puis dans le cadre du festival TransAmériques de Montréal. L'Espace GO le remet à l'affiche en 2022.
  • En 2016, la romancière Camille Laurens lui dédie[26] son roman Celle que vous croyez (Gallimard).
  • En , un film intitulé Nelly, réalisé et scénarisé par Anne Émond, évoque la vie de l'écrivaine interprétée par l'actrice Mylène Mackay. La réalisatrice revendique une interprétation libre[27] par rapport aux éléments biographiques sur lesquels il est construit ; le film remporte plusieurs prix[28].
  • En 2019, un spectacle imaginé par l'autrice et journaliste Claudia Larochelle dans une mise en scène d'Alexia Bürger et présenté en ouverture du Festival international de littérature de Montréal met en scène une rencontre imaginaire entre Nelly Arcan et la poète américaine Sylvia Plath (également morte par suicide en 1963) sous le titre Nelly & Sylvia. Par un croisement d'extraits de leurs textes respectifs, elles « échang[ent] de manière posthume sur les thèmes qui les réunissent, parmi lesquels l’amour, la mort, la création, l’enfantement, la mélancolie, la révolte, les stéréotypes et les apparences[29]. »
  • Cette même année 2019, la famille annonce, en partenariat avec l'alma mater de l'autrice, la création du prix Nelly-Arcan afin d'honorer la relève étudiante en création littéraire[30] dans le but « d’assurer la postérité de l’écrivaine »[31].
  • Le , la chanteuse Pomme dévoile le clip Nelly, single qui rend hommage à l'autrice, issu de l'album Consolation[32].
  • En 2024, le livre Pour Britney, écrit par Louise Chennevière et paru aux éditions P.O.L, croise les destins de Britney Spears et Nelly Arcan. Pour Chennevière, Arcan est « l’un des plus grands auteurs que cette terre ait portés[33]. »

Notes et références

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  1. Jean-François Nadeau, « L'élan vers l'abîme », Le Devoir, vol. C, no 218, , A6 et A7 (lire en ligne).
  2. « Décès de Erik Fortier », sur Centre Funéraire Coopératif du Granit (consulté le ).
  3. 1 2 3 Catherine Handfield, « Le suicide a toujours été son obsession », La Presse, vol. 125, no 320, , A2, A3, A5 et A6 (lire en ligne, consulté le ).
  4. Mélanie Saint-Hilaire, « La deuxième vie de Nelly Arcan », sur L'Actualité, (consulté le ).
  5. David Hughes, « Hommages à Nelly Arcan », sur La Presse, .
  6. Pascale Navarro, « Nelly Arcan : Journal intime », Voir, (lire en ligne, consulté le ).
  7. Isabelle Fortier (Nelly Arcan), Le poids des mots, ou, la matérialité du langage dans Les Mémoires d'un névropathe du "Président" Daniel Paul Schreber, Montréal, , 122 p. (lire en ligne).
  8. Guy A. Lepage et Dany Turcotte, « Entrevue de Nelly Arcan »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), sur Radio-Canada - Tout le monde en parle, .
  9. Jocelyne Robert, « Si vulnérable », La Presse, vol. 127, no 283, , A29 (lire en ligne).
  10. Nelly Arcan, À ciel ouvert, Éditions du Seuil, , 251 p. (ISBN 978-2-7578-1750-6).
  11. La Presse canadienne, « Nelly Arcan s'enlève la vie », sur Radio-Canada, .
  12. Évelyne de la Chenelière, « Lettre à Nelly Arcan », Liberté, volume 50, no 4 (286), décembre 2009, pp. 92-95.
  13. Martine-Emmanuelle Lapointe, « Dans la fiction, absolument », Voix et Images, vol. 36, no 1, , p. 133–136 (ISSN 0318-9201 et 1705-933X, DOI 10.7202/045239ar, lire en ligne, consulté le ).
  14. Nelly Arcan, « La honte », sur nellyarcan.com, .
  15. « « La Honte », 2007 [inédit] », sur nellyarcan.com, .
  16. Chantal Guy, « Nelly Arcan, philosophe nihiliste selon Nancy Huston », La Presse, vol. 127, no 281, , p. C3 (lire en ligne).
  17. « Putain, de Nelly Arcan : le feuilleton littéraire de Camille Laurens », Le Monde, (lire en ligne).
  18. « "À ciel ouvert" : la beauté au scalpel », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
  19. Mélikah Abdelmoumen, « L’autofiction québécoise. Pastiche et mise en abyme chez Catherine Mavrikakis et Nelly Arcan », dans Littératures francophones, ENS Éditions, (ISBN 978-2-84788-361-9, lire en ligne), p. 65–75.
  20. Nelly Arcan, « La Ride », Moebius, no 99, automne 2003, pp. 9-16.
  21. Nelly Arcan, « Cocaïne et Chihuahuas », XYZ. La revue de la nouvelle, no 88, hiver 2006, pp. 11-22.
  22. Nelly Arcan, « Saoule », Liberté, volume 48, no 2 (272), mai 2006, p. 9.
  23. « Publication - Médiathèque municipale », sur mediathequenellyarcan.ca via Wikiwix (consulté le ).
  24. Claudia Collard, « La Médiathèque municipale Nelly-Arcan prête pour l'automne », sur L'Écho de Frontenac, .
  25. Ronald Martel, « Place à la Médiathèque Nelly-Arcan », La Tribune, vol. 104, no 145, , p. 6 (lire en ligne).
  26. Danielle Laurin, « L'indifférence est un autre genre de burqa », Le Devoir, (lire en ligne).
  27. Helen Faradji, « Nelly en quelques pages », sur Radio-Canada, (consulté le ).
  28. « Nelly », sur Gala du cinéma québécois (consulté le ).
  29. Anne-Frédérique Hébert-Dolbec, « Festival international de la littérature: lorsque Nelly rencontre Sylvia », Le Devoir, (lire en ligne).
  30. « Création du prix Nelly-Arcan en études littéraires », sur UQAM (consulté le ).
  31. « Un prix Nelly-Arcan pour encourager la relève », sur Radio-Canada, (consulté le ).
  32. Philippe Husson, « Pomme signe son retour avec Nelly, un nouveau titre envoûtant », sur Aufeminin, .
  33. « Corps féminins, corps objectivés, avec Louise Chennevière et Déborah Costes », sur France Culture, (consulté le ).

Annexes

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Articles connexes

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Bibliographie

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Généralités

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Sur Nelly Arcan

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  • Yolande Villemaire, « Lumière noire de Nelly Arcan », Entre les lignes, volume 6, numéro 2, hiver 2010, p. 6.
  • Patricia Smart, De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan. Se dire, se faire par l'écriture intime, Montréal, éditions Boréal, 2014.
  • Jacques Beaudry, Le Cimetière des filles assassinées. Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane, Nelly Arcan, Éditions Nota bene, 2015.
  • Collectif, dirigé par Claudia Larochelle, Je veux une maison faite de sorties de secours : réflexions sur la vie et l'œuvre de Nelly Arcan, VLB éditeur, 2015.
  • Mélissa Thériault, « Ce corps qui n’est pas soi : nihilisme, dualisme et autofiction chez Arcan », in Grell, Isabelle, dir., Les enjeux (en-je) de la chair dans l’écriture autofictionnelle, Louvain-la-Neuve, EME Éditions, 2016, pp. 27-41.
  • Marie-Chantal Killeen, « Esquives, pièges et désaveux : Les "Anti-confessions" de Nelly Arcan et d’Anne Garréta », Études françaises, vol. 53, no 2, 2017, p. 171-187 (lire en ligne).
  • Sous la direction d'Isabelle Boisclair, Christina Chung, Joëlle Papillon et Karine Rosso, Nelly Arcan. Trajectoires fulgurantes (recueil d'essais), Éditions du remue-ménage, 2017.
  • Eloïse Delsart, Nelly Arcan. L’Enfant dans le miroir. Multiplicité des identités et égarement de soi, postface de Jacques Henric, PULIM, 2018.
  • Johanne Rigoulot, La Vie continuée de Nelly Arcan, Les Avrils, , 176 p. (ISBN 978-2-38311-036-1)

Liens externes

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