Nicolas Orsini (Nicolò Orsini,[1] Νικόλαος Ορσίνι) est un noble gréco-italien, comte palatin de Céphalonie de 1317 à 1323 et souverain du sud du despotat d'Épire, autour d'Arta, de 1318 à 1323. Fils du comte Jean Ier Orsini et de Marie, une princesse épirote, il succède à son père à la mort de celui-ci puis, l'année suivante, assassine son oncle Thomas Ier Comnène Doukas et usurpe son pouvoir en Épire. S'il parvient à assurer son contrôle sur le sud de l'Épire, le nord, avec la ville de Ioannina, passe sous le contrôle de l'Empire byzantin. Les tentatives de Nicolas pour s'allier à la république de Venise et reprendre Ioannina échouent et il est à son tour tué par son frère Jean II Orsini en 1323.

Niccolò Orsini
Fonctions
Despote d'Épire (en)
-
Comte palatin de Céphalonie et Zanthe
-
Biographie
Naissance
Décès
Famille
Famille Orsini d'Épire (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Maria Angelina Comnène Doukas (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Jean II Orsini
Gaio Orsini (d)
Margareta Orsini (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Anne Paléologue (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Blason.
Sceau de Niccolo Orsini, despote d'Épire.

Biographie

modifier

Nicolas est le fils du comte Jean Ier Orsini de Céphalonie et de Marie, fille de Nicéphore Ier Doukas d'Épire et de Marie Lascaris[2]. Son père gouverne Céphalonie comme vassal du roi Charles II de Naples[3] et a reçu Leucade en dot de son épouse. Jean entretient des relations étroites avec son beau-père et vit avec son épouse à la cour épirote d'Arta jusqu'en 1303, lorsqu'il succède à son père, Richard Orsini[4]. Jean participe néanmoins aux attaques contre l'Épire ordonnées par ses suzerains angevins, le roi Charles II de Naples et Philippe Ier de Tarente, en 1304 et 1306. Jean semble avoir joué un rôle dans le déclenchement de ces attaques, apparemment dans l'espoir de devenir le nouveau souverain de l'Épire[5],[6].

Nicolas succède à son père à la tête du comté à la mort de celui-ci en 1317 et, comme lui, tourne également ses ambitions vers l'Épire[3],[7]. En 1318, il surprend et assassine son oncle sans enfant, Thomas Ier Comnène Doukas d'Épire[8],[9], et soumet facilement toute la partie méridionale de la principauté autour d'Arta. Afin de consolider sa position auprès de la population locale, Nicolas embrasse l'orthodoxie, utilise la langue grecque et épouse la veuve de son oncle, Anne Paléologue, fille du coempereur byzantin Michel IX Paléologue et petite-fille de l'empereur Andronic II Paléologue[3],[10]. Bien qu'Anne soit sa tante par alliance, l'Église semble avoir accepté leur mariage[11]. L'historien Donald Nicol suggère qu'Anne a pu être impliquée dans l'assassinat de Thomas, qui l'aurait maltraitée[12].

Les Angevins n'accueillent pas entièrement favorablement les actions de Nicolas, celles-ci entrant en conflit avec leurs propres prétentions sur l'Épire[3],[10]. Nicolas prête serment d'allégeance au nouveau prince d'Achaïe, Jean de Gravina, en 1318 en qualité de vassal féodal de celui-ci[11], mais, l'année suivante, lorsqu'il est invité à lui rendre également hommage en tant que souverain de l'Épire, il refuse[11],[13]. Dans le même temps, les Byzantins profitent du manque de légitimité de Nicolas pour occuper la partie septentrionale du territoire épirote, notamment Ioannina, qui se rallie à l'empereur byzantin dès que l'assassinat de Thomas est connu[3],[14].

Lorsque Nicolas s'adresse à l'empereur Andronic afin d'obtenir la reconnaissance de son nouveau statut, celui-ci accepte de lui conférer le titre de despote en 1319-1320[1], en échange de l'engagement de Nicolas à reconnaître la perte de Ioannina[15]. Entre-temps, Nicolas tente de conclure une alliance avec la république de Venise, qui possède d'importants intérêts commerciaux et politiques dans la région. En mai 1320, il envoie des ambassadeurs à Venise et propose de reconnaître la suzeraineté vénitienne et de céder soit les lucratives zones de pêche du lac de Butrint, soit les plantations de canne à sucre de Parga. Ne souhaitant pas mécontenter les Byzantins, les Vénitiens déclinent poliment cette proposition[16],[17]. Néanmoins, dès 1320, Nicolas commence à harceler les possessions byzantines en Épire, tandis que ses liens avec la cour byzantine prennent fin avec la mort de son épouse Anne la même année[18].

Peu après, le déclenchement de la guerre civile byzantine de 1321-1328 offre à Nicolas une excellente occasion de récupérer les territoires épirotes situés au nord de ses possessions. En peu de temps, il met le siège devant Ioannina. Il reçoit l'aide des Vénitiens qui, sous le commandement de Giovanni Michiel, profitent de la situation pour attaquer le port de Valona. Les deux offensives sont néanmoins repoussées par les garnisons byzantines[17],[19]. À Ioannina en particulier, les habitants participent activement à la défense de leur ville et des importants privilèges que leur a accordés Andronic II[20]. Peu après, en 1323, Nicolas est tué par son frère Jean II Orsini, soit assassiné, soit à la suite d'un bref conflit entre les deux hommes[1],[3],[20].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 PLP, 224. <Ἄγγελος> Νικόλαος.
  2. ↑ Fine 1994, p. 236, 247.
  3. 1 2 3 4 5 6 Fine 1994, p. 247.
  4. ↑ Nicol 1984, p. 43.
  5. ↑ Nicol 1984, p. 57–59, 61.
  6. ↑ Longnon 1969, p. 267–269.
  7. ↑ Nicol 1984, p. 81.
  8. ↑ Miller 1908, p. 249.
  9. ↑ Nicol 1984, p. 80, 81.
  10. 1 2 Topping 1975, p. 121.
  11. 1 2 3 Nicol 1984, p. 82.
  12. ↑ Nicol 1984, p. 82–83.
  13. ↑ Topping 1975, p. 121–122.
  14. ↑ Nicol 1984, p. 83.
  15. ↑ Nicol 1984, p. 89.
  16. ↑ Nicol 1984, p. 89–90.
  17. 1 2 Miller 1908, p. 249–250.
  18. ↑ Nicol 1984, p. 91.
  19. ↑ Nicol 1984, p. 91–92.
  20. 1 2 Nicol 1984, p. 92.

Sources

modifier
  • (en) John Van Antwerp Fine, The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Harbour, University of Michigan Press, , 683 p. (ISBN 978-0-472-08260-5, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) William Miller, The Latins in the Levant: A History of Frankish Greece (1204–1566), John Murray,
  • (en) Donald MacGillivray Nicol, The Despotate of Epiros, 1267–1479: A Contribution to the History of Greece in the Middle Ages, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-13089-9)
  • (en) Peter Topping, « The Morea, 1311–1364 », dans A History of the Crusades, Volume III: The Fourteenth and Fifteenth Centuries. Vol. 3, Madison and London: University of Wisconsin Press, (ISBN 0-299-06670-3), p. 104-140