Notre-Dame-des-Fleurs
Notre-Dame-des-Fleurs est le premier roman de Jean Genet, écrit dans la prison de Fresnes en 1942 et publié pour la première fois en .
| Notre-Dame-des-Fleurs | ||||||||
| Auteur | Jean Genet | |||||||
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| Genre | Roman | |||||||
| Lieu de parution | Monte-Carlo | |||||||
| Date de parution | 1943 | |||||||
| ISBN | 2070368602 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Historique
modifierLe roman est d'abord publié en 1943 à Monte-Carlo dans une édition limitée à 350 exemplaires. Le texte est repris aux éditions L'Arbalète à Lyon en 1948, puis chez Gallimard en 1951.
Résumé
modifierGenet se tourne vers l’écriture d’abord par la poésie, en rédigeant Le Condamné à mort au sein de sa cellule de Fresnes en 1942. Les thèmes évoqués se rapprochent de ceux de Notre-Dame-des-Fleurs, qu’il rédige probablement à la même période, et les deux textes sont dédiés à la mémoire de Maurice Pilorge, que Genet aurait rencontré avant son exécution en 1939.
Les meurtriers et la prison sont deux sujets obsessionnels pour le Genet romancier : de Notre-Dame jusqu’au Journal du voleur, les criminels et la prison font partie de la construction fantasmatique de tous ses textes.
Au début de Notre-Dame, le narrateur se présente comme Jean Genet et se place à l’intérieur de sa cellule comme au ban de la société. Il nous ouvre alors la porte des rêveries qui l’occupent, et des hommes qui animent ses nuits solitaires.
La première phrase du roman, « Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures, [...] », trace bien la délimitation entre le narrateur et le reste du monde grâce à l’usage du « vous ». Le roman s’ouvre sur une litanie de criminels : Eugène Weidmann, Ange Soleil, Maurice Pilorge, et Notre-Dame-des-Fleurs qui rejoint ce panthéon du mal. Tous ces hommes représentent le fantasme ultime du narrateur, celui de la virilité brutale, de la force, de la marginalité assumée.
Pour mieux consommer ses fantasmes, le narrateur construit des personnages dont il invente la vie et les relations : ainsi Divine devient un alter ego féminisé, Mignon l'archétype de l'homme désiré et Notre-Dame l’assassin que le narrateur a échoué à être.
De manière assez surprenante, Genet construit son roman en annonçant sa fin : Divine meurt dès les premières pages de la phtisie, et c’est à partir de son enterrement que les personnages sont présentés aux lecteurs. Le narrateur dépeint une version colorée du Montmartre travesti et prostitué, où les tantes prennent des allures de princesses et Mignon une apparence de dieu. À partir de cette situation, Genet construit une intrigue fragmentée, faite de rebondissements et de sauts dans le temps, qui n’a pour but que de satisfaire ses désirs.
Personnages
modifierLes personnages de Notre-Dame-des-Fleurs ont presque tous plusieurs identités, leurs noms de tante ou de mac et un vrai nom qu'on découvre pour certains à la fin, lors de la scène du procès.
- Divine, héroïne du roman, s'appelait Louis Culafroy jusqu'à son arrivée à Paris et son travestissement
- Le narrateur, qui attend son jugement dans la cellule 426 de la prison de Fresnes
- Notre-Dame des Fleurs, de son vrai nom Adrien Baillon, assassin
- Mignon-les-Petits-Pieds, mac et amant de Divine, serait le père de Notre-Dame
- Ernestine, la mère de Divine-Culafroy
- Mimosa II, grande rivale de Divine, de son vrai nom René Hirsch
- Gabriel, surnommé Archange, soldat et amant de Divine
- Alberto, pêcheur de serpent qui séduit Culafroy
- Seck Gorgui, inspiré par Ange Soleil et par Clément Village, un compagnon de cellule du narrateur, amant de Divine et de Notre-Dame
- Paul Ragon, vieil homme tué par Notre-Dame
Adaptation théâtrale
modifierEn , Daniel Larrieu présente au Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet la pièce Divine, variation théâtrale chorégraphiée d'après Notre-Dame-des-Fleurs, mise en scène par Gloria Paris.
Adaptation pour le cinéma
modifierAu milieu des années 1970, David Bowie rêve d'interpréter le rôle de Divine. Avec le producteur Christopher Stamp, frère de l’acteur Terence Stamp, ils demandent à Jean Genet de composer une adaptation pour le cinéma. Le scénario est rédigé en 1975 mais ne sera jamais tourné ; le manuscrit de Divine n'est retrouvé qu'en 2020[1].
La question du genre chez Genet
modifierPuisque Genet choisit de mettre en scène des personnages travestis, un grand nombre d'études et d'analyses ont été proposées au fil des années de la construction du genre dans ses oeuvres. On peut citer notamment la thèse d'Agnès Vannouvong, Jean Genet, les revers du genre, ou l'article de Jean-Christophe Corrado "Portrait de Jean Genet en drag queen[2]". Ces analyses utilisent notamment le personnage de Divine, conçu par Genet comme un personnage oscillant en permanence entre les catégories binaires du genre : ni jamais complètement homme ni complètement femme, le narrateur en parle à la fois au masculin et au féminin. D'autres théories intéressantes pour étudier cette question chez Genet sont celles de Judith Butler sur la construction du genre, ou le concept de camp inventé par Susan Sontag. Car si le système de Genet se construit dans une homonormativité, au sens où les relations entre hommes sont la norme, Divine en brouille encore les limites puisqu'elle est à la fois partenaire féminin et masculin dans ses différentes relations. Elle se sent femme avec Mignon ou Gabriel, mais refuse de se laisser confondre avec les "horribles femelles à tétons" (les rares femmes cisgenres du roman).
Cette ambiguïté de genre se travaille aussi dans la langue : il y a de nombreuses occurrences de flou sur les pronoms utilisés par Divine dans l'ouvrage. Ainsi le narrateur insiste : « Divine étant un homme, elle pense ». Ou encore « Je vous parlerai de Divine, au gré de mon humeur, mêlant le masculin au féminin ». La recherche queer s'est ainsi emparée de Genet : d'une part parce qu'il a été l'un des premiers auteurs français à revendiquer une homosexualité qui ne vise pas à plaire au système hétérosexuel dominant, et de l'autre pour son apport peut-être involontaire aux études de genre.
Cette implication est discutée dans la recherche, notamment à cause d'une forme d'esthétisation de la violence et des violences sexuelles commises sur des enfants dans les textes[3]. Ces remises en question modernes rejoignent les interrogations sur la "pédérastie" qu'on qualifierait aujourd'hui de "pédocriminalité" d'écrivains comme André Gide[4], qui a mis en avant dans une grande partie de ses oeuvres son attirance pour des enfants parfois très jeunes.
Notes et références
modifier- ↑ Frédéric Martel, « Jean Genet dans la Pléiade : un poète fabuleux et périlleux », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Jean-Christophe CORRADO, « Portrait de Jean Genet en drag queen Modèle idéal du féminin et performance de genre dans l’œuvre de Jean Genet », sur http://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques, (consulté le )
- ↑ Kadji Amin, Disturbing attachments: Genet, modern pederasty, and queer history, Duke University Press, coll. « Theory Q », (ISBN 978-0-8223-6889-2, 978-0-8101-3403-4 et 978-0-8223-6917-2)
- ↑ « André Gide au cœur de la question pédophile | Fondation Catherine Gide », sur fondation-catherine-gide.org (consulté le )
Liens externes
modifier- Baril, Audrey, « De la construction du genre à la construction du « sexe » : les thèses féministes postmodernes dans l’oeuvre de Judith Butler », Recherches féministes, vol. 20, no 2, , p. 61–90 (ISSN 1705-9240, DOI https://doi.org/10.7202/017606ar, lire en ligne, consulté le )
- Françoise COLLIN, « Judith butler (1956- ) », sur universalis.fr (consulté le )