Nyatura
Le Nyatura (« frapper fort » en kinyarwanda[4]), également connus sous le nom de Maï-Maï Nyatura[5],[6] est un terme générique désignant des milices hutues congolaises qui opèrent dans la région du Kivu en république démocratique du Congo (RDC).
| Natyura | |
| Idéologie | Anti-rwandais, anti-M23, défense des intérêts hutus[1] |
|---|---|
| Statut | actif |
| Fondation | |
| Origine | PARECO |
| Pays d'origine | République démocratique du Congo |
| Actions | |
| Mode opératoire | guérilla |
| Zone d'opération | Principalement dans les territoires de Masisi et de Rutshuru[2], Nord-Kivu, république démocratique du Congo |
| Période d'activité | 2011 - présent |
| Organisation | |
| Chefs principaux | Kasongo Kalamo † John Love Dominique Ndaruhutse |
| Membres | Inconnu, plus de 10 factions active en 2020 selon le baromètre sécuritaire du Kivu[3] |
| Groupe relié | FDLR, CMC |
| Guerre du Kivu | |
| modifier |
|
Certaines factions Nyatura sont aussi regroupées au sein du Collectif des mouvements pour le changement (CMC) [2],[7],[8].
Origine
modifierLe Nyatura est un mouvement armé fondé selon les sources en 2011 ou 2012[4],[9],[10] dans la région des Kivus, en république démocratique du Congo[10]. Il trouve ses origines dans la mobilisation armée du début des années 1990, notamment parmi les combattants de la Mutuelle agricole des Virunga (MAGRIVI)[3], et émerge d’une scission au sein du groupe armées des Patriotes résistants congolais (de) (PARECO)[10],[3].
Kasongo Kalamo, un ancien commandant des PARECO originaire de Mweso, joue un rôle clé dans la structuration de cette nouvelle milice, dont le nom devient rapidement un terme générique pour désigner l’ensemble des milices hutues congolaises actives dans les Kivus[10],[11]. Leur apparition s’inscrit dans un contexte de tensions militaires, politiques et communautaires, marqué par la concurrence pour les terres et les ressources, ainsi que par la marginalisation perçue des communautés hutues face à la montée en puissance des ex-combattants du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) intégrés aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), majoritairement tutsis[10].
Parmi les facteurs ayant conduit à leur formation figurent des rivalités internes au sein de l’armée nationale, notamment la concurrence pour l’accès aux grades et aux postes de haut rang, ainsi que le refus de certains soldats d’être déployés en dehors des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Une motivation profonde réside également dans la défense des droits fonciers des communautés hutues locales, dans un contexte de conflits liés à l’accès et au contrôle des terres[10]. La création de la milice Nyatura s'inscrit dans un contexte plus large de concurrence pour les terres et les ressources, où les groupes armés jouent un rôle important dans l'affirmation du contrôle et de l'influence sur ces biens[10].
Fonctionnement
modifierLes factions Nyatura opèrent souvent en collaboration avec d'autres groupes opposés au gouvernement rwandais et au Mouvement du 23 mars (M23) dans le cadre du conflit qui sévit dans l'est de la république démocratique du Congo depuis 2004. Elles sont généralement identifiées par le nom de leur commandant respectif, par exemple :
- les Nyatura Domi, aussi appelé Nyatura-FPC, dirigé par Dominique Ndaruhutse, plus communément connu sous le pseudonyme Domi[2],[12];
- les Nyatura John Love dont le chef est Muhawenimana Bunombe, surnommé John Love [2],[12];
- ou encore les Nyatura Kasongo dirigé par Kasongo Kalamo[2],[12](† fin 2017)[13].
À la fin de l'année 2017, environ 15 factions distinctes des Nyatura en activité sont recensées dans la région. Certaines de ces factions opèrent de manière indépendante[2], tandis que d'autres agissent au sein de coalitions avec d'autres groupes armés, comme le Collectif des mouvements pour le changement (CMC)[2],[7],[8], une coalition stratégique visant à fédérer divers groupes armés locaux[7] et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle principalement composé de Hutus rwandais, dont certains membres sont accusés d'avoir participé au génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Les FDLR auraient également joué un rôle dans la formation de ces milices[14].
Les Nyatura sont aussi impliqués dans des opérations aux côtés de l'armée congolaise, participant à des affrontements contre d'autres groupes armés opposés à Kinshasa et aux intérêts hutus[7]. Lors de la première rébellion du M23 (2012-2013), des factions Nyatura collaborent avec les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) ainsi qu'avec d'autres factions opposées au M23. Pendant cette période, certains combattants Nyatura sont intégrés au sein des FARDC[15].
À la suite de la reprise des armes en 2021 du Mouvement du 23 mars (M23) dans le Nord-Kivu, certaines factions Nyatura, comme la Coalition des mouvements pour le changement/Forces de Défense du Peuple (CMC/FDP) dirigée par Dominique « Domi » Ndaruhuste et les Nyatura Abazungu de l’Alliance des nationalistes congolais pour la défense des droits humains (ANCDH/AFDP) dirigée par Jean-Marie Bonane, rejoignent la coalition wazalendo[16]. Leur adhésion à cette alliance, au sein de laquelle ils collaborent avec des groupes armés dont ils étaient anciennement rivaux[17], est soutenue par l’armée congolaise (FARDC), et s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le M23, pour laquelle les wazalendo bénéficient d’un soutien logistique, financier et militaire de la part des autorités congolaises[16].
Les effectifs des factions Nyatura Domi et Nyatura John Love sont estimés en 2023, à environ 150 et 100 combattants respectivement[18].
Accusations de violations des droits de l'homme
modifier
Les Nyatura sont accusés de violations des droits de l'homme, notamment de recrutement d'enfants soldats et d'attaques contre des civils et des infrastructures éducatives[7].
En 2021, les Nyatura étaient le groupe armé le plus violent de l’est de la république démocratique du Congo selon le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH), devant les Forces démocratiques alliés (ADF) et la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), avec 956 atteintes aux droits de l’homme, dont 122 exécutions sommaires et 305 cas de violences physiques, ciblant notamment femmes et enfants[3]. Leur activité s’est concentrée dans les territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo et Walikale. Dès 2020, ils occupaient déjà cette position, avec 757 violations recensés[3]. En 2025, ils restent parmi les principaux responsables d’abus contre les enfants, comptabilisant 12 % des atteintes vérifiés[19], juste derrière le Mouvement du 23 mars qui totalise 69 % des abus[note 1],[19].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Selon le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH), en , 69 % des atteintes vérifiées contre les enfants dans l’est de la république démocratique du Congo sont attribuées au Mouvement du 23 mars, les autres étant réparties entre divers groupes armés : Nyatura (12 %), Maï-Maï Mazembe (7 %), ADF (3 %), forces de sécurité nationales et étrangères (3 %), CODECO (2 %), FPIC (2 %) et FDLR-FOCA (1 %). Environ 85 % de ces violations ont été documentées au Nord-Kivu, le reste en Ituri. Parmi les abus contre les enfants, le recrutement (40 %) et les enlèvements (37 %) étaient les plus fréquents, suivis des meurtres et mutilations (17 %), de la violence sexuelle (4 %) et des attaques contre les écoles et hôpitaux (2 %)[19].
Références
modifier- ↑ (en) Elsa Buchanan, « DRC: Who are the Nyatura rebels? », sur International Business Times UK, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 « Armed group biographies », (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « RDC: les combattants Nyatura, plus violents en 2021 devant les miliciens ADF et CODECO »
, sur Actualite.cd, (consulté le ) - 1 2 « « Notre école devint un champ de bataille » », Human Rights Watch, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ (en) « Nord-Kivu : reddition de 9 Maï-Maï Nyatura - Democratic Republic of the Congo »
, sur ReliefWeb, (consulté le ) - ↑ « Treize morts dans l'attaque d'un village au Nord-Kivu en RDC »
, sur Voice of America, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 « "Whoever they met, they would cut and kill": displaced Congolese recount rebel atrocities », The New Humanitarian, (consulté le )
- 1 2 « RDC : les rebelles du CMC créent la psychose dans l'est – DW – 25/08/2020 »
, sur Deutsche Welle, (consulté le ) - ↑ « L’Est du Congo : pourquoi la stabilisation a échoué »
, sur International Crisis Group, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 Klara Claessens, Emery Mudinga et An Ansoms, Losing your Land: Dispossession in the Great Lakes, Boydell & Brewer, (ISBN 978-1-84701-105-3, lire en ligne
) - ↑ (en) Amir Sungura, Ndakasi Ndeze, Murenzi Mbamba, Hadji Rugambwa et Limbo Kitonga, « Politics of the Past and the Present : THE CHANGES AND CONTINUITIES OF CONFLICT IN EASTERN CONGO’S PETIT NORD-KIVU »
[PDF], sur gicnetwork.be, (consulté le ) - 1 2 3 (fr-CA) « VOICI LES GROUPES ARMES OPERANT AU KIVUS – RDC », Information issue du site https://kivusecurity.org/about/armedGroups (qui n'est plus en ligne à la suite de failles de sécurité)
, sur MWANGAZA ONLINE NEWS (consulté le ) - ↑ « Nord-Kivu : Kasongo Kalamo, le chef de la milice Nyatura tué dans une embuscade tendue par une milice rivale »
, sur Radio Okapi, (consulté le ) - ↑ Tangi Bihan, « Dans l'est du Congo, « la guerre régionale est déjà là » - Entretien »
, sur Afrique XXI, (consulté le ) - ↑ (en) « Fighting Fire with Fire in Eastern Congo:The Wazalendo Phenomenon and the Outsourcing of Warfare »
[PDF], sur ebuteli.org, (consulté le ) - 1 2 S/2024/432, p. 17-18.
- ↑ « RD Congo : Recherché, Guidon continue de semer la terreur »
, sur Human Rights Watch, (consulté le ) - ↑ « DRC: How a genocidal militia created, trained multiple armed groups », The Great Lakes Eye, (consulté le )
- 1 2 3 « RDC : plus de deux tiers des abus contre les enfants commis par le M23 »
, sur ONU, (consulté le )
Bibliographie
modifier- Jason Stearns, PARECO : Questions foncières, hommes forts locaux, et politique de milice au Nord-Kivu, Londres, L'Institut de la Vallée du Rift (en), , 62 p. (ISBN 978-1-907431-14-2, lire en ligne)
- Rapport de mi-mandat du Groupe d’experts conformément au paragraphe 7 de la résolution 2293 (2016), Organisation des Nations unies, , 93 p. (lire en ligne)
Liens externes
modifier- (S/2024/432), Rapport final du groupe d’experts sur la république démocratique du Congo, Conseil de sécurité des Nations unies, , 299 p. (lire en ligne).
