Onna Daigaku
Onna Daigaku (女大学, litt. « la Grande Étude des femmes ») est un ouvrage japonais d'éducation destiné aux femmes, populaire à partir du milieu de l'époque d'Edo.
Historique
modifierLe livre est basé sur le cinquième volume du Wazoku Dōji Kun (ja) (1710), oeuvre majeure du lettré confucéen Kaibara Ekken, qui traite de l'éducation des enfants en général. La plus ancienne édition date de 1716, et attribue le texte à Kaibara. La femme de ce dernier, Kaibara Tōken (ja), est aussi parfois citée comme ayant rédigé le texte. En réalité, l'auteur est inconnu. Il semble que durant l'ère Kyōhō (1716-1736), les libraires composent des versions abrégées du texte de Kaibara, agrémentées d'illustrations ou d'ajouts. De nombreuses éditions différentes virent le jour[1]. Le texte original de Kaibara était composé de 17 sections, à propos de l'éducation des filles avant le mariage. Onna Daigaku réduit la longueur du texte à un tiers seulement et réorganise le contenu en 19 maximes, qui concernent l'éducation des jeunes filles mais aussi l'attitude à adopter une fois mariées. L'ouvrage prône surtout l'obéissance et la soumission des femmes à leurs maris et à la famille de celui-ci[1]. L'ouvrage est toujours utilisé durant l'ère Meiji, parfois comme manuel scolaire, et de nouvelles éditions continuent de paraître. Des critiques des maximes de l'ouvrage commencent cependant à apparaître. Fukuzawa Yukichi rédige une critique de Onna Daigaku en 1899, puis fait paraître une « Nouvelle grande étude des femmes » (新女大学, Shin Onna Daigaku) la même année, pour une modernisation de l'éducation des femmes. Shibusawa Eiichi, dans son livre Entretiens de Confucius et Abaque (論語と算盤, Rongo to Soroban), déplore la condition féminine japonaise et leur manque d'éducation. Pour lui, il faut faire sortir les femmes de leur situation décrite dans Onna Daigaku et leur permettre de contribuer sur un pied d'égalité à la société[2].
Contenu
modifierLa vertu des femmes, plus importante que leur apparence selon le livre, est expliquée selon le point de vue du confucianisme en 19 paragraphes. L'éducation doit se faire dès l'enfance.
- Les filles sont destinées à se marier et à partir servir la famille de leur mari ; aussi il ne faut pas les gâter durant leur enfance.
- La vertu est plus importante que l'apparence ; une femme doit être avant tout obéissante, chaste et compatissante.
- Les filles doivent respecter la séparation des sexes dans tous les domaines de la vie quotidienne ; prendre un bain mixte, même pour une jeune enfant, doit être évité.
- Les 7 raisons de répudiation. Une femme mariée peut être répudiée par son mari dans les cas suivants : Si elle est adultère, jalouse, stérile, désobéissante, malade, bavarde, ou voleuse.
- Une fois mariée, une femme doit donner plus d'importance à ses beaux-parents qu'à ses parents.
- Elle doit servir son mari comme son seigneur.
- Elle doit considérer la famille de son mari comme sa propre famille.
- Une femme ne doit pas être jalouse ou s'énerver contre son mari, mais rester calme et discuter en cas de problème.
- Une femme ne doit pas parler pour ne rien dire, ou répandre des rumeurs ; c'est une source de discorde pour la famille.
- Une femme doit être travailleuse. Aller se divertir au kabuki ou visiter des temples bouddhistes ou des sanctuaires très fréquentés devrait être évité, au moins pour les femmes de moins de 40 ans.
- S'en remettre entièrement à la religion et trop prier n'est pas bon. Faisons le maximum par soi-même.
- Chercher la frugalité en toute chose.
- Si elle est encore jeune, une femme doit éviter autant que possible le contact avec des jeunes hommes, quand bien même ils seraient des servants ou de la famille de son mari.
- Les vêtements ne doivent pas trop attirer les regards.
- Les relations avec la belle-famille sont les plus importantes. Même pour aller voir ses parents, demander l'autorisation de son mari.
- Ne pas rendre visite trop fréquemment à d'autres personnes ; préférer envoyer des messagers.
- Quand bien même elle aurait de nombreux employés, une femme doit chercher à faire le travail elle-même.
- Les servantes trop bavardes doivent être renvoyés, et les autres éduquées fermement. Si on les récompense, le faire généreusement.
- Une femme doit être obéissante, réfléchie, ne pas s'énerver, ne pas dire du mal d'autrui.
Notes et références
modifierVoir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Onna Daigaku, texte original disponible en ligne