Ophiacantha setosa

espèce d'échinodermes

Ophiacantha setosa est une espèce d'ophiures de la famille des Ophiacanthidae.

Description

modifier

C'est une petite ophiure protégée par de longs piquants échinulés, dont le disque atteint généralement 8 à 9 mm de diamètre (jusqu'à 12 mm chez les plus grands individus connus), et les bras, huit à dix fois plus longs que le diamètre du disque, jusqu'à une dizaine de centimètres chez les plus grands spécimens mésophotiques[1]. Les bras, grêles et fragiles, sont constitués de vertèbres bien séparées de type streptospondyle (en sablier), une morphologie caractéristique des espèces épizoïques capables d'enrouler leurs bras autour de leur hôte, à la différence de l'espèce type du genre, Ophiacantha bidentata, dont les vertèbres sont zygospondyles[1]. Ils sont hérissés sur chaque segment de 7 à 9 longs piquants cristallins perpendiculaires, minces et creux, finement denticulés (et ne donnant pas l'aspect « touffu » qu'on note chez Ophiothrix fragilis). Les plaques brachiales dorsales sont triangulaires et bombées, et les ventrales pentagonales.

Les boucliers radiaux se prolongent vers le centre du disque en côtes étroites et proéminentes, munies de granules rugueux dont la densité est variable. Les papilles buccales sont coniques et pointues, et les latérales sont au nombre de 3 ou 4[2],[1].

Coloration

modifier

Chez le vivant, la face dorsale du disque est généralement blanche à gris clair, souvent marquée d'un motif étoilé plus sombre au centre du disque se prolongeant le long des boucliers radiaux, bien que certains individus semblent pouvoir être entièrement blancs. Les bras sont annelés (marron, brun violacé, gris foncé) à intervalles irréguliers, tous les deux ou trois segments. La face orale est blanchâtre, avec une étoile sombre uniquement autour de la bouche. En alcool, cette coloration s'estompe progressivement[1]. Cette coloration vivante n'a été documentée qu'en 2026 grâce à des observations et photographies in situ[1].

Écologie et habitat

modifier

Ophiacantha setosa vit en épibionte sur des octocoralliaires, une association qui lui permet de s'élever au-dessus du substrat pour mieux capter les particules en suspension. L'association avec l'hôte varie nettement selon la profondeur[1] :

  • entre 25 et 50 m, sur les tombants coralligènes, l'espèce est isolée et rare, essentiellement associée à Paramuricea clavata, et plus occasionnellement à Leptogorgia sarmentosa et Eunicella cavolini ;
  • entre 50 et 100 m environ, sur les fonds sablo-vaseux, Alcyonium palmatum constitue l'hôte principal, près de la moitié des colonies observées portant au moins un individu ;
  • entre 70 et 130 m (zone mésophotique), Callogorgia verticillata est l'hôte dominant, ses colonies portant presque systématiquement plusieurs individus, parfois en agrégats denses.

Malgré leur abondance locale, plusieurs octocoralliaires potentiellement adaptés — dont le corail rouge (Corallium rubrum) et la gorgone blanche Eunicella singularis — n'ont jamais été trouvés colonisés, ce qui suggère une sélectivité active de l'hôte plutôt qu'une association aléatoire[1]. De rares individus ont également été observés sur un support non cnidaire, l'ascidie Pyura microcosmus, ou même sur un déchet plastique, ce qui indique que l'association aux octocoralliaires, bien que très majoritaire, n'est pas totalement exclusive[1].

Les individus des tombants peu profonds sont petits et systématiquement enroulés étroitement autour de leur hôte, tandis que les spécimens mésophotiques atteignent une taille plus importante et adhèrent plus lâchement à leur support[1]. Le suivi photographique répété d'un même individu sur la même colonie de L. sarmentosa pendant trois ans suggère une possible fidélité durable à l'hôte et une faible mobilité une fois l'animal établi[1].

Répartition

modifier

On la trouve en mer Méditerranée occidentale, entre 25 et (au moins) 130 m de profondeur d'après les observations in situ les plus récentes — une gamme bathymétrique plus étendue vers la surface que ce qui était rapporté jusqu'alors (40 à 50 m selon Koehler)[1], et en Atlantique est, du golfe de Gascogne jusqu'en Angola en passant par les Açores, les Canaries et le Cap-Vert[1]. Les spécimens dragués les plus profonds proviendraient de 655 m, voire jusqu'à 1 480 m selon Koehler (1921)[1].

L'espèce, longtemps considérée comme rare au vu du très faible nombre de spécimens conservés dans les collections muséales (moins de 40 lots recensés dans le monde), s'avère en réalité localement abondante sur certains hôtes mésophotiques[1].

Taxonomie

modifier

Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Ophiacantha setosa (Bruzelius, 1805)[3].

Ophiacantha setosa a pour synonymes[3] :

  • Asterias setosa Bruzelius, 1805
  • Ophiacantha scabra M. Sars, 1859
  • Ophiolimna setosa (Bruzelius, 1805)
  • Ophiura rosularia Grube
  • Ophiura setosa Bruzelius, 1805

L'attribution d'Ophiura rosularia à la synonymie d’O. setosa repose sur une lecture erronée de la littérature ancienne : le nom Ophiura rosularia avait initialement été utilisé par Grube (1840) en l'attribuant, à tort, à Lamarck, alors que la description originale de Lamarck (1816) correspond en réalité à Ophiothrix fragilis. C'est bien la description de Grube — et non celle de Lamarck — qui correspond à O. setosa[1]. De même, Ophiacantha scabra M. Sars, 1859, décrite de Sicile et distinguée initialement par la répartition de ses granules discaux, a été placée en synonymie par Lyman (1882) sans justification détaillée ; cette synonymie est corroborée par l'étude de l'holotype de O. scabra conservé au Natural History Museum de l'université d'Oslo[1].

Des travaux moléculaires récents indiquent que le genre Ophiacantha sensu lato regroupe en réalité plusieurs clades distincts qui pourraient être élevés au rang de genres séparés[4], et les différences ossiculaires observées entre O. setosa et l'espèce type O. bidentata pourraient elles-mêmes traduire une distinction générique, à confirmer par des données moléculaires[1].

Bibliographie

modifier
  • (fr) Frédéric Ducarme, Samuel Jéglot, Céline Réty, Julie Deter, Laurent Ballesta et Sabine Stöhr, « Uncovering a poorly known Mediterranean species thanks to underwater photography and video: Ophiacantha setosa (Echinodermata: Ophiuroidea) », Zootaxa, vol. 5862, no 3,‎ , p. 472–486 (DOI 10.11646/zootaxa.5862.3.4)
  • (la) N. Bruzelius, 1805, Dissertatio sistens species cognitas asteriarum, quam sub praesidio A.J. Retzii exhibet N. Bruzelius, Lundae, p. 30 (lire en ligne)
  • René Koehler, « Ophiacantha setosa », Faune de France, (lire en ligne).
  • René Koehler, « Ophiacantha setosa », Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par Albert Ier, prince souverain de Monaco - échinides et ophiurides, Monaco, p. 57-59 (lire en ligne).
  • (de) Johannes Peter Müller et Franz Hermann Troschel, « Ophiacantha setosa », System der Asteriden, Friedrich Vieweg und Sohn, p. 106 (lire en ligne).
  • (de) M. Sars, « Bidrag til Kundskaben om Middelhavets Littoral-Fauna, Reisebemærkninger fra Italien » (2den Afhandling), Nyt Magazin for Naturvidenskaberne, 1859, 10(1): 57-155, 2 pl., p. 78/22.

Publication originale

modifier
  • (la) N. Bruzelius, 1805, Dissertatio sistens species cognitas asteriarum, quamr. sub praesidio A.J. Retzii. exhibet N. Bruzelius, Lundae (formerly know as Retzius, R.J.), p.30 (lire en ligne)

Liens externes

modifier

Références taxonomiques

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 (en) Frédéric Ducarme, Samuel Jéglot, Céline Réty, Julie Deter, Laurent Ballesta et Sabine Stöhr, « Uncovering a poorly known Mediterranean species thanks to underwater photography and video: Ophiacantha setosa (Echinodermata: Ophiuroidea) », Zootaxa, vol. 5862, no 3,‎ , p. 472–486 (DOI 10.11646/zootaxa.5862.3.4).
  2. ↑ René Koehler, « Ophiacantha setosa », Faune de France, (lire en ligne).
  3. 1 2 World Register of Marine Species, consulté le .
  4. ↑ (en) M. Christodoulou, T.D. O'Hara, A.F. Hugall et P.M. Arbizu, « Dark Ophiuroid Biodiversity in a Prospective Abyssal Mine Field », Current Biology, vol. 29, no 22,‎ , p. 3909–3912.e3 (DOI 10.1016/j.cub.2019.09.012)