Ophiactis savignyi
Ophiactis savignyi, ou Ophiure de Savigny, est une espèce d'ophiure de la famille Ophiactidae. Elle est présente dans les parties tropicales et subtropicales de l'ensemble des océans du monde. Il s'agit probablement de l'ophiure avec la distribution géographique la plus importante. Le disque central d'O. savignyi a un diamètre compris entre 5 et environ 10 mm ; elle possède généralement 6 bras.
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Echinodermata |
| Sous-embr. | Asterozoa |
| Classe | Ophiuroidea |
| Ordre | Ophiurida |
| Famille | Ophiactidae |
| Genre | Ophiactis |
- Ophiactis brocki de Loriol, 1893
- Ophiactis conferta Koehler, 1905
- Ophiactis incisa v. Martens, 1870
- Ophiactis krebsii Lütken, 1856
- Ophiactis maculosa von Martens, 1870
- Ophiactis reinhardti Lütken, 1859
- Ophiactis reinhardtii Lütken, 1859
- Ophiactis savignyi var. lutea H.L. Clark, 1938
- Ophiactis sexradia (Grube, 1857)
- Ophiactis versicolor H.L. Clark, 1939
- Ophiactis virescens Lütken, 1856
- Ophiolepis savignyi Müller & Troschel, 1842
- Ophiolepis sexradia Grube, 1857[1]
Description
modifierLe disque central de l'espèce mesure généralement 5 mm de diamètre, parfois jusqu'à 10 mm, avec des bras de 2 cm environ. La coloration est panaché de cassé sale et de vert grisâtre, le disque présentant des marques plus ou moins régulières de vert foncé et vert clair, les bras présentant des bandes similaires. La surface dorsale est recouverte d'écailles bien distinctes et porte de petites épines, surtout sur les bords du disques. Les grands boucliers radiaux, les plaques protectrices situées sur les bords du disque, sont sensiblement plus sombres, et contiguës distalement. Les bras, habituellement au nombre de six (mais allant parfois de deux à sept), sont longs, fins et effilés ; ils sont composés de plusieurs segments maintenus ensemble par des articulations, et les plaques dorsales en sont elliptiques, avec des bords latéraux arrondis et un bord distal convexe avec un lobe médian mis en évidence par une tache foncée de chaque côté. Chacun de ces segments porte six épines (pouvant varier de cinq à sept), courtes, rugueuses et finement spinulées. On compte deux écailles sur les pores tentaculaires. La face ventrale est crème avec quelques marques vertes au niveau des bras. Les boucliers oraux sont larges, les boucliers adoraux plus petits, ne se rejoignant pas à la base[1],[2],[3],[4].
- Dessin iconotype par Jules-César Savigny.
- Spécimen observé dans son environnement à Singapour.
- Au Mexique.
Cette petite ophiure est souvent confondue avec d'autres ophiures à six bras, qu'elles appartiennent également au vaste genre Ophiactis ou à d'autres (Ophiocomella, Ophiothela...).
Écologie
modifier
O. savignyi est un omnivore opportuniste à tendance charognarde : l'ophiure se nourrit des détritus déposés sur le substrat. Elle repère la nourriture à l'aide de ses bras articulés, puis forme une boule de détritus qu'elle porte à sa bouche en la manipulant à l'aide du podion. Le régime alimentaire de l'espèce se compose principalement d'ectoproctes, de foraminifères et de gastéropodes ; l'ophiure ingère également une quantité importante de sable[5].
La reproduction peut être sexuée ou asexuée. Dans le premier cas un nuage de semence comprenant des gamètes mâles et femelles est libéré, cela permet le développement d'une larve planctonique qui deviendra une ophiure après plusieurs stades larvaires. La reproduction asexuée suppose une fragmentation de l'ophiure : le nouveau spécimen ainsi crée est du même sexe que le spécimen d'origine. Les jeunes spécimens possèdent généralement six bras : ils ont la capacité de se séparer en deux avant de régénérer la partie manquante du disque et des bras. À l'issue de ce processus, les bras sont généralement au nombre de cinq ; le nouveau spécimen peut ensuite se reproduire sexuellement si certaines parties du disque central ne sont pas dépourvues de gonades, auquel cas cela n'est pas possible avant la fin de la régénération[5],[6]. Les mâles ont plus souvent recours à la fragmentation, ce qui pourrait expliquer la surreprésentation des mâles par rapport aux femelles[7]. À Taïwan, un recensement a établi qu'il y avait 24 mâles pour une femelle[8].
À Hawaï, l'espèce interagit avec l'éponge Lissodendoryx schmidti, probablement dans une relation de commensalisme. Cette éponge abrite jusqu'à une vingtaine d'ophiures qui parviennent à peine à se mouvoir tant elles sont resserrées. Ces ophiures présentent souvent des bras coupés ou en cours de régénération. Les observations ne permettent pas de savoir précisément comment ces spécimens parviennent à entrer à l'intérieur de l'éponge, ni comment elles se nourrissent[9]. À Singapour, l'espèce est observée en relation avec l'éponge Spheciospongia vagabunda[10].
Distribution et habitat
modifierLa répartition d'O. savignyi est presque cosmopolite, c'est-à-dire que l'espèce peut se rencontrer dans toutes les régions du monde. Ainsi, cette ophiure est présente dans le bassin Indo-Pacifique Ouest, dans l'est de l'océan Pacifique et des deux côtés de l'océan Atlantique[11] ; les populations présentes dans le Pacifique et l'Atlantique se sont mélangées après l'achèvement du canal de Panama, au niveau de l'isthme de Panama en 1914[3].
L'ophiure se rencontre depuis la zone intertidale jusqu'à environ 500 m de profondeur. L'habitat de l'espèce est particulièrement varié : elle apprécie les récifs, la mangrove, les herbiers marins, les fonds colonisés par le varech et même les eaux polluées. O. savignyi s'observe régulièrement à l'intérieur d'éponges, ce qui suggère probablement une interaction de commensalisme : l'hôte fournit une partie de sa nourriture au commensal[11].
Taxinomie
modifierL'espèce est décrite par les zoologistes allemands Johannes Peter Müller et Franz Hermann Troschel en 1842, sur la base de dessins de Jules-César Savigny issus de son compte-rendu de la Campagne d’Égypte[1] (Jean-Victor Audouin l'avait mentionnée et décrite en 1809-1926, mais pas nommée[12]).
Elle est d'abord placée dans le genre Ophiolepis avant de rejoindre le genre Ophiactis quand celui-ci est mis en place par le naturaliste danois Christian Frederik Lütken en 1856. L'épithète spécifique est choisie en l'honneur du zoologiste français Jules-César Savigny, premier occidental à remarquer cette espèce.
Références taxinomiques
modifier- (en) Animal Diversity Web : Ophiactis savignyi (consulté le )
- (en) BioLib : Ophiactis savignyi (Müller-Troschel, 1842) (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Ophiactis savignyi (Müller & Troschel, 1842) (consulté le )
- (en) NCBI : Ophiactis savignyi (taxons inclus) (consulté le )
- (fr) SeaLifeBase : (consulté le )
- (en) WoRMS : espèce Ophiactis savignyi (Müller & Troschel, 1842) (consulté le )
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 World Register of Marine Species, consulté le .
- ↑ Jack Harrang, « ophiure de Savigny », sur Sous les mers (consulté le ).
- 1 2 (en) « Ophiactis savignyi: Savigny's Brittle Star », Encyclopedia of Life (EOL) (consulté le ).
- ↑ (en) Michael S. Roy, Renate Sponer et M. F. Barker (dir), Echinoderms 2000 : proceedings of the 10th international conference, Dunedin, Taylor & Francis, , 307-311 p. (ISBN 90-5809-189-9), The recent evolutionary history of Ophiactis savignyi (Echinodermata; Ophiuroidea).
- 1 2 (en) McKeton, Kara, « Little Brittle star (Ophiactis savignyi) », Marine Invertebrates of Bermuda (consulté le ).
- ↑ (en) McGovern, Tamara N., « Sex-ratio bias and clonal reproduction in the brittle star Ophiactis savignyi », Evolution, vol. 56, no 3, , p. 511–517 (DOI 10.1111/j.0014-3820.2002.tb01362.x).
- ↑ (en) P.V. Mladenov et r;h; Emson, « Density, size structure and reproductive characteristics of fissiparous brittle stars in algae and sponges: evidence for interpopulational variation in levels of sexual and asexual reproduction. », Marine ecology progress series, vol. 42, no 2, , p. 181-194.
- ↑ (en) Chao, S.-M. et Tsai, C.-C., « Reproduction and population dynamics of the fissiparous brittle star Ophiactis savignyi (Echinodermata: Ophiuroidea) », Marine Biology, vol. 124, no 1, , p. 77–83 (DOI 10.1007/BF00349149).
- ↑ (en) Keegan, Brendan F. et O'Connor, Brendan D.S., Echinodermata, CRC Press, , 604– (ISBN 978-90-6191-596-6, lire en ligne).
- ↑ (en) « Tiny in-a-sponge brittle stars », sur wildsingapore.com, (consulté le ).
- 1 2 (en) Gondim, Anne I., Alonso, Carmen, Dias, Thelma L.P., Manso,Cynthia L.C. et Christoffersen, Martin L., « A taxonomic guide to the brittle-stars (Echinodermata, Ophiuroidea) from the State of Paraíba continental shelf, Northeastern Brazil », ZooKeys, vol. 307, , p. 45–96 (DOI 10.3897/zookeys.307.4673).
- ↑ Jean-Victor Audouin, Explication sommaire des planches d'Echinodermes de l'Egypte et de la Syrie, publiees par J.C. Savigny, Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française, , p. 203-212.