Opposition à Vladimir Poutine en Russie
L'opposition à Vladimir Poutine en Russie peut être divisée entre l'opposition parlementaire à la Douma et les diverses organisations et personnalités d'opposition extraparlementaires. Alors que les premiers sont largement considérés comme étant plus ou moins fidèles au gouvernement et à Poutine, les seconds s'opposent au gouvernement et sont pour la plupart non représentés dans les organes gouvernementaux.

Historique
modifierÉlections législatives de 2011
modifierLa contestation des élections législatives russes de 2011, rebaptisée par Boris Nemtsov « révolution blanche » ou « révolution des neiges », consiste en une série de manifestations à la suite des élections législatives russes du .
Invasion de la Crimée (2014)
modifierAlors que la majorité des Russes soutiennent Vladimir Poutine, une minorité s'oppose à l'annexion de la Crimée. Ainsi, en , environ 30 000 personnes (3 000 selon la police) manifestent contre cette politique sur l’avenue Sakharov à Moscou[1].
Manifestations de 2017-2018
modifierEn 2017 et 2018, des manifestations ont lieu contre la corruption supposée du régime Poutine puis contre le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite.
Manifestations de 2021
modifierEntre janvier et , des manifestations se tiennent en Russie en soutien au dirigeant de l'opposition Alexeï Navalny, immédiatement arrêté à son retour en Russie après avoir été envoyé en Allemagne pour y être soigné à la suite d'un empoisonnement l'année précédente. Quelques jours avant le début des manifestations a été diffusé un film de Navalny et de sa Fondation anticorruption (FBK), Un palais pour Poutine : L'Histoire du plus gros pot-de-vin.
Guerre en Ukraine (depuis 2022)
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À la suite de l’invasion russe de l’Ukraine le , des manifestations anti-guerre éclatent dans l'ensemble de la Russie.
Pour éviter d'être mobilisés dans l'armée, des Russes opposés à la guerre quittent le pays et se réfugient à l'étranger, notamment en Ouzbékistan, Géorgie, Arménie, Turquie, Dubaï, Thaïlande ou dans les pays nordiques comme la Finlande[2].
Durant le premier mois de l'invasion de l'Ukraine, 15 000 personnes à travers la Russie, opposées à la guerre, furent arrêtées et poursuivies en justice. Le principal slogan anti-guerre était « La Russie sera libre » utilisé auparavant par Boris Nemtsov, symbole - drapeau blanc-bleu-blanc interdit dans la fédération de Russie d'être utilisé de la même manière que le drapeau de Ukraine et le drapeau LGBT, et chanson - Hymne de la Russie libre auparavant interdit en Union soviétique et utilisé sur les stations de radio en langue russe des pays du bloc de l'Ouest qui diffusaient à destination des dissidents. Et l’opposant Alexeï Navalny, qui a été empoisonné par le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie et qui était en prison à l’époque, malgré les tortures infligées par l’administration pénitentiaire, y compris le fait d’être maintenu dans des conditions insupportables, privé de sommeil normal et de soins médicaux, a soutenu le mouvement anti-guerre, appelant les Russes à lutter contre le régime de Poutine[3],[4]
Après la censure en Russie de Memorial
modifierDepuis 2021, Sofia[5] travaille pour l'association Memorial fondée par Alexeï Navalny interdite depuis . Comme sous l'URSS, elle est forcée à la clandestinité. Elle communique avec la messagerie cryptée Signal plutôt que Telegram infiltrée par le FSB. Sofia témoigne de la répression omniprésente en Russie[6].
En la très française et select Revue des Deux Mondes témoigne : « Il n’y a plus de liberté d’informer en Russie et, à bien des égards, on se croirait revenu à la pire époque stalinienne. Le risque encouru par les médias pour divulgation d’informations contraires au discours officiel est de quinze ans de prison » »[7] Ceux qui manifestent sont arrêtés et sauvagement battus[7]
En 2025, les membres (Diana Loguinova dite « Naoko » Vladislav Leontiev, Alexandre Orlov...) du groupe Stoptime de Saint-Petersbourg sont arrêtés le [8] pour « organisation d’un rassemblement public ayant troublé l’ordre »[8] et pour avoir interprété dans les rues des morceaux de Zemfira, le groupe Monetotchka ou le rappeur Noize MC (musiciens bannis du pays pour leur opposition à l'invasion de l'Ukraine)[9],[10],[11]. Le pouvoir en place en Russie les inscrit sur la liste des agents de l'étranger et bloquent leurs titres sur le web[8]. Naoko est condamnée le à 13 jours de prison[12]. Sur leur réseau Telegram, toutes leurs vidéos sont effacées et remplacées par un enregistrement de Naoko chantant le chant patriotique de la Russie des soviets : Vaste est ma patrie[8].
Jugée à la fin du mois d'octobre Naoko est condamnée à une amende de 30 000 roubles[13]. Le , la jeune chanteuse Naoko a été remise en liberté et a quitté la Russie[14]. La poésie est une terre de résistance dans la patrie d'Essenine et d'Anna Akhmatova depuis l'invasion de l'Ukraine[15]
En soutien à Stoptime d'autres musiciens leur ont emboité le pas, dont d'autres arrêtés et condamnés aussi à des peines de prison. Des affiches avec le visage de Naoko ont fleuri dans l’espace public, vidéos et photos surgissent sur les réseaux sociaux[16]. Bien que YouTube et Instagram sont interdits d'accès ; TikTok bloqué depuis 2022 et les appels WhatsApp et Telegram bloqués également. En 2024 40 % des Russes utilisent un VPN (Réseau privé virtuel)[8].
Le à Moscou dans la cathédrale du Christ-Sauveur, lors d'un spectacle dédié à Sergueï Essénine l'acteur et comédien Vadim Dziouba a énuméré les noms de prisonniers politiques devant le public interdit[17],[18],[19],[20]Depuis , Vadim Dziouba est l'auteur des « Poèmes contre » et la Poésie est une terre de résistance dans la patrie de Sergueï Essénine et d'Anna Akhmatova depuis l'invasion de l'Ukraine, pour le moins[21].
Depuis l'interdiction de Mémorial
modifierLauréate du Prix Nobel en , Memorial est interdite le [22] et Denis Krivosheev écrit dans le bulletin d'Amnesty International : « Memorial est désignée comme « extrémiste » et interdite, ce qui criminalise le travail en faveur des droits humains »[23]
La population ne se résout cependant pas, dans ce pays où il est interdit de manifester, de prononcer le mot guerre, des personnes sont emprisonnées uniquement parce qu'elles se promènent avec un exemplaire de Guerre et Paix sous le bras[24]
Le Runet, contraction de "ru" et "net" désigne l'internet russophone mondial. C'est aussi également un internet sous l'emprise de l'État censuré, encadré et pensé pour s'isoler du reste du monde[25] Depuis la loi de 2019 en effet, le pouvoir a repris la main sur la Toile, et a donné les clés du réseau au Roskomnadzor, gendarme des télécommunications. Depuis les câbles, les serveurs et les fournisseurs d'accès sont placés sous controle[25].
Mais la population russe ne se résout pas à la censure, et sur une population de 146 millions d'habitants en Russie, 65 millions de personnes utilisent un VPN[26]. En Victoria Bonya célèbre blogueuse vivant à Dubai a critiqué les coupures de la Toile ; sa vidéo a recueilli 26 millions de vues. Dmitri Peskov lui-même a reconnu l'importance du message de Victoria Bonya, disant que celui ci a été remarqué au Kremlin[26] et cela, paradoxalement, alors que les autorités imposent une censure.
Natalya Kasperskaya, ancienne PDG de la société Kaspersky Lab, experte et autorité informatique reconnue, estime qu'une « résistance numérique » est en train d'émerger en Russie[26] elle déclare que « Le conflit, l'affrontement entre l'Etat et sa propre population s'intensifie, la cote de popularité du pouvoir chute, et le problème persiste. Une pression numérique irréfléchie suscite une résistance numérique naturelle, exactement comme il en va des lois de la physique. »[26]
Dans l'art et le cinéma documentaire
modifier- Navalny
- Vadym Dzyouba (Poésies contre - Poems against)
Voir aussi
modifierRéférences
modifier- ↑ « Ukraine crisis triggers Russia's biggest anti-Putin protest in two years », sur Reuters, (consulté le ).
- ↑ (en) « Fearing conscription, anti-war Russians flock to Uzbekistan. », sur Al Jazeera, (consulté le ).
- ↑ (en) « Russian police raid alleged ‘anti-war LGBTQ+ party’, say state media », sur PinkNews / Latest lesbian, gay, bi and…, (consulté le ).
- ↑ Dismantling LGBT+ rights as a means of control in Russia
- ↑ Elle ne témoigne pas sous son vrai prénom
- ↑ [https://www.lexpress.fr/monde/europe/sofia-opposante-clandestine-a-vladimir-poutine-si-tout-le-monde-sen-va-qui-va-agir-ici-4SD37IACLRHAVDDRN2HTTYLG4E « Sofia, opposante clandestine à Vladimir Poutine : "Si tout le monde s’en va, qui va agir ici ?" » (Résister en Russie 1/4) publié par Léo-Vidal Giraud 8 novembre 2025 pour l'Express
- 1 2 « Le courage des Russes, l’autre résistance à Poutine » par Valérie Toranian le 7 mars 2022 (consulté le 30 mai 2026)
- 1 2 3 4 5 https://www.letemps.ch/videos/actualite/en-video-pourquoi-des-jeunes-musiciens-se-font-arreter-en-russie Artiom Missiri « Pourquoi de jeunes musiciens se font arrêter en Russie ? » 3 octobre 2025 modifié le 2 novembre 2025] / Le Temps
- ↑ « En Russie, la répression s’abat même sur les musiciens de rue et le doute s’installe » Alexandre Lévy 2 novembre 2025 Le Temps (accès payant)
- ↑ (en) Steve Rosenberg, « BBC », sur bbc.com, BBC News, (consulté le ).
- ↑ The New York Times / « Russia Jails Street Band for Performing Antiwar Songs » (accès payant)
- ↑ « Qui est Naoko, la jeune chanteuse de rue qui défie le pouvoir en Russie ? » Ouest-France 17 octobre 2025
- ↑ Louise Dugast, « Russie : la jeune chanteuse Naoko condamnée à 30.000 roubles d’amende pour « discrédit de l’armée », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
- ↑ [https://www.ouest-france.fr/europe/russie/la-jeune-chanteuse-russe-naoko-a-ete-remise-en-liberte-et-a-quitte-la-russie-e61df00a-c94f-11f0-a0e6-83b9718ad3c0 Ouest-France - AFP
- ↑ 100 poèmes russes contre la guerre / Club Pouchkine GB
- ↑ Anastasia Becchio, « Russie : Naoko, étudiante en musique et chanteuse de rue devenue prisonnière politique 14 novembre 2025 », sur rfi.fr, (consulté le ).
- ↑ Olivier Tallès, « La Croix mag 18/19 avril « En novembre 2025, au cœur de la cathédrale du Christ‑Sauveur à Moscou, l’un des lieux emblématiques du pouvoir, l’acteur et comédien Vadim Dzyouba a énuméré les noms de prisonniers politiques devant un public médusé. Il raconte ce geste rare.» propos recueillis par », La Croix, (lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « L’acteur Vadim Dzyuba a prononcé un discours sur les prisonniers politiques dans la cathédrale du Christ Sauveur / Samizdat 2 : La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne / 25 janvier 2026 », sur samizdat2.org (consulté le ).
- ↑ [audio] (en) [https://www.npr.org/2026/04/07/nx-s1-5761004/a-moscow-poet-highlights-the-challenges-of-speaking-out-against-the-war-in-ukraine www.npr.org « A Moscow poet highlights the challenges of speaking out against the war in Ukraine » npr 7 avril 2026] - Charles Maynes (consulté le 18 avril 2026)
- ↑ (ru)Chaîne de télévision Dozhd "We're all tired": How Russians continue to help despite .../ 07:57 Vadim Dzyuba Reads a Poem
- ↑ (en) 100 poèmes russes anti-guerre du Club Pouchkine Royaume-Uni
- ↑ « La mémoire instrumentalisée / Eurotopics », sur eurotopics.net, Bundeszentrale für politische Bildung, (consulté le ).
- ↑ Amnesty International / 10 avril 2026
- ↑ Adrien Toffolet Artistes russes : "Les positions de neutralité traduisent, en général, soit de l'approbation, soit de la peur" 17 juillet 2025 sur le site de Radiofrance
- 1 2 « Kevin Limonier « Runet, comment la Russie contrôle son Internet » 22 mai 2026 sur Radio-France », sur France Inter, (consulté le ).
- 1 2 3 4 [La Croix du 28 mai 2026 Anna Grigorieva « En Russie, la colère des jeunes face aux coupures d'Internet » pages 2 et 3]
Bibliographie
modifier- Guy Dechesne et Bernard Dréano, Russie : les réfractaires à la guerre d’invasion en Ukraine, Paris-Lyon, Éditions Syllepse, Observatoire des armements, (ISBN 979-10-399-0277-9)
