Opération Halyard
L'Opération Halyard (ou Mission Halyard), connue en serbe sous le nom d'Opération Pont Aérien (en serbe cyrillique : Операција Ваздушни мост; en serbe latin: Operacija Vazdušni most)[1], est une opération de sauvetage menée entre août et par l’Office of Strategic Services (OSS), service de renseignement des États-Unis, visant à évacuer des aviateurs alliés abattus au-dessus de la Yougoslavie occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant Seconde Guerre mondiale
| Type | Pont aérien |
|---|---|
| Localisation |
Près de Pranjani, Serbie 44°2'9″ N, 20°10'41″ E |
| Planifiée par |
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| Objectif | Evacuer des pilotes américains et alliés abattus |
| Date | 2 Août - 27 décembre 1944 |
| Participants |
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| Issue | Succès |
L’opération se déroule principalement dans des zones contrôlées par les forces tchetniks du général Draža Mihailović, notamment dans la région de Pranjani, en Serbie occupée par l’Allemagne, avec la participation de populations civiles locales qui hébergent et soignent les aviateurs en attente d’évacuation[2].
La mission est organisée depuis l’Italie par des officiers de l’OSS, dont le lieutenant George Musulin, assisté notamment de Michael Rajacich et de l’opérateur radio Arthur Jibilian. Des avions de transport Douglas C-47 Skytrain effectuent ensuite plusieurs rotations d’évacuation vers des bases alliées situées en Italie du Sud.
Les estimations du nombre d’aviateurs évacués donnent environ 417 aviateurs évacués depuis les zones contrôlées par les Tchetniks cités par l'historien William M. Leary (en)[3] et selon les sources, plus de 500 aviateurs auraient été évacués.
L’opération Halyard est considérée par les historiens militaires comme l’une des plus importantes opérations d’évacuation de personnel allié menées derrière les lignes ennemies dans les Balkans durant la Seconde Guerre mondiale.
Contexte
modifierCibles pour les bombardements
modifierAprès le débarquement allié en Sicile et la capitulation de l’Italie en septembre 1943, les forces aériennes alliées disposent de bases avancées dans le sud de l’Italie, notamment autour de Foggia. À partir de ces bases, la 15th Air Force mène des opérations de bombardement stratégique en Europe du Sud et de l’Est occupée par les forces de l’Axe.
Les principaux objectifs incluent des infrastructures industrielles et militaires situées en Allemagne, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, ainsi que dans les territoires occupés de Yougoslavie. Parmi les cibles prioritaires figurent les installations pétrolières roumaines de la région de Ploiești, considérées comme essentielles à l’effort de guerre allemand[4].
En raison de leur importance stratégique, ces sites font l’objet de campagnes de bombardement répétées. Les raids vers la Roumanie et les Balkans impliquent des trajets passant au-dessus de la mer Adriatique et du territoire yougoslave, exposant les équipages alliés à la défense antiaérienne allemande et aux conditions opérationnelles difficiles[5].
À partir de 1944, l’intensification des bombardements entraîne une augmentation du nombre d’appareils endommagés ou abattus au-dessus des Balkans, conduisant certains équipages survivants à se poser ou à parachuter sur le territoire yougoslave, où ils sont parfois secourus par les forces locales, notamment les partisans et les tchetniks.

Trajectoire de vol
modifierEntre octobre 1943 et octobre 1944, la 15th Air Force des United States Army Air Forces effectue environ 20 000 sorties de bombardement et de chasse depuis ses bases situées dans le sud de l’Italie. Au cours de cette période, elle subit des pertes importantes, avec environ la moitié de ses appareils perdus, tandis que les pertes humaines restent proportionnellement plus faibles, autour de 10 % du personnel engagé.
La flotte de la 15th Air Force comprend environ 500 bombardiers lourds de type B-17 Flying Fortress et B-24 Liberator, ainsi qu’environ une centaine de chasseurs d’escorte. À partir du printemps 1944, les missions vers les objectifs situés en Roumanie et dans les Balkans empruntent régulièrement une route aérienne passant au-dessus de la mer Adriatique, du Monténégro, de la Serbie et de la Bulgarie.
Une part importante de ces opérations vise les installations pétrolières et industrielles de Roumanie ainsi que des cibles situées en Bulgarie et dans les zones occupées de Serbie. En raison des dommages infligés par la défense antiaérienne et les chasseurs allemands, certains appareils sont contraints de poursuivre leur vol à basse altitude ou de tenter un retour vers l’Italie, augmentant leur vulnérabilité[6].
Les survivants sont dispersés sur un large territoire des Balkans. Une partie d’entre eux est récupérée par les forces des partisans de Tito, tandis qu’une autre trouve refuge en Serbie auprès des forces tchetniks de Draža Mihailović. Dès le 24 janvier 1944, les premiers parachutages d’aviateurs américains sont signalés dans la zone de la Serbie occupée, notamment dans les régions de Zlatibor et de la Toplica[7].
Dans les semaines suivantes, plusieurs équipages sont secourus par des unités tchetniks locales, notamment dans les secteurs de Pločnik, Beloljin et Velika Draguša[8]. À partir de début 1944, des rapports font état de la présence d’aviateurs alliés hébergés par les populations locales et protégés par les forces tchetniks. En juillet 1944, plus d’une centaine d’aviateurs se trouvent dans des zones sous contrôle tchetnik, notamment autour de Pranjani, où des structures improvisées de soins sont mises en place[8].

Création de l'unité de sauvetage des équipages aériens
modifierAu début de l’année 1944, les officiers de l’Office of Strategic Services (OSS) participent déjà à des opérations de récupération des aviateurs alliés en Yougoslavie. Des missions de liaison sont établies auprès des forces partisanes de Josip Broz Tito, notamment après le parachutage en janvier 1944 du major Linn M. Farish et du lieutenant Eli Popovich au quartier général des partisans à Drvar[9]. À la suite d’une rencontre entre les représentants alliés et Tito le 23 janvier 1944, les forces partisanes reçoivent pour instruction de localiser les aviateurs abattus et de les acheminer vers les unités de liaison alliées les plus proches[2].
Parallèlement, les tentatives de coordination avec les forces de Draža Mihailović se heurtent à des tensions politiques croissantes au sein de la coalition alliée. Le Royaume-Uni soutient de manière prioritaire les forces de Tito et cherche à limiter les contacts opérationnels directs avec les Tchetniks, tandis que les autorités américaines maintiennent des contacts plus limités avec ces derniers dans le cadre des opérations de sauvetage aérien[10].
Face à l’augmentation des pertes d’équipages au-dessus des Balkans, le commandement de la 15th Air Force, dirigé par le général Nathan F. Twining, plaide pour la mise en place d’une structure dédiée au sauvetage des aviateurs. Le 24 juillet 1944, le général Ira C. Eaker autorise la création de l’Air Crew Rescue Unit (ACRU), une unité indépendante chargée de localiser et d’évacuer les équipages alliés dispersés dans les Balkans.
Le commandement de cette unité est confié au colonel Jurij Kraigher, officier de l’Air Transport Command. Sous sa direction, l’ACRU est organisée en deux sections opérationnelles, l’une opérant auprès des forces partisanes de Tito, l’autre auprès des forces de Mihailović[11].
Le lieutenant George Musulin est désigné chef de l’ACRU-1, unité chargée des opérations menées avec les forces tchetniks, opération qui deviendra par la suite la mission Halyard. Il est accompagné du sergent-chef Michael Rajacich et de l’opérateur radio Arthur Jibilian, tous deux détachés de l’OSS[12].
En Serbie occupée, les aviateurs récupérés sont regroupés dans la région de Pranjani, où les forces tchetniks organisent des structures d’accueil et de soins improvisées. Le centre médical du village, initialement construit après la Première Guerre mondiale avec le soutien du philanthrope américain John A. Kingsbury[13], est utilisé en 1944 comme installation de soins de fortune pour les aviateurs blessés ainsi que pour les populations locales et les combattants locaux.
Sauvetage d'aviateurs américains
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Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, après plusieurs tentatives avortées, l’équipe de la mission Halyard est parachutée au quartier général de Draža Mihailović à Pranjani, en Serbie occupée.
Selon le témoignage de l’aviateur américain Richard Felman (415th Bombardment Squadron, 98th Bombardment Group, 15th Air Force), présent sur place, l’arrivée de l’équipe est marquée par un accueil enthousiaste des forces tchetniks locales, qui reconnaissent immédiatement le capitaine George Musulin, chef de la mission[15].
À son arrivée, Musulin organise rapidement une réunion avec les aviateurs américains présents afin de préparer les opérations d’évacuation. Il établit qu’environ 250 aviateurs alliés sont répartis en plusieurs groupes dans un rayon d’environ 16 kilomètres autour du terrain improvisé de Galovića polje, près de Pranjani. Un système de messagerie est mis en place afin d’assurer la communication entre la mission et les différents groupes d’aviateurs, tandis que des ressources financières sont distribuées pour faciliter leur équipement et leur subsistance[2].
La sécurité de la zone est confiée par Mihailović au 1er corps de Ravna Gora, chargé de protéger les installations et les regroupements d’aviateurs contre les opérations allemandes.
Selon l’historien Kirk Ford, la présence des aviateurs américains à Pranjani fournit également des informations sur la situation militaire en Serbie occupée, notamment sur les relations complexes entre forces d’occupation allemandes, tchetniks et partisans. Ford souligne que ces témoignages montrent à la fois des épisodes de coopération locale avec les forces tchetniks et des confrontations avec les forces de l’Axe, contribuant à la perception américaine de la situation sur le terrain[16].
L’historiographie souligne que les forces tchetniks considèrent principalement le mouvement partisan communiste comme leur adversaire stratégique principal, ce qui influence leurs interactions avec les forces allemandes et alliées dans certaines zones. Dans ce contexte, le maintien en vie et la protection des aviateurs alliés sont également perçus comme un moyen de conserver un lien opérationnel avec les Alliés occidentaux.
Selon les statistiques de l’Air Crew Rescue Unit de l’US Army Air Forces, entre janvier et octobre 1944, 1 152 aviateurs alliés sont évacués de Yougoslavie par voie aérienne, dont environ 795 avec l’aide des partisans et 356 avec celle des forces tchetniks[6].
Parallèlement, le lieutenant serbo-américain Eli Popovich, rattaché à la mission Halyard, maintient une liaison radio avec l’opérateur Arthur Jibilian[10] afin de coordonner les opérations de sauvetage des aviateurs dispersés dans les Balkans depuis les différents quartiers généraux de la mission.
Construction de pistes d'atterrissage
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Début mars 1944, environ vingt-cinq aviateurs alliés secourus sont regroupés dans la région de Pranjani, sous protection des forces tchetniks du 1er corps de Ravna Gora[7]. Le capitaine Zvonimir Vučković est chargé de leur sécurité par Draža Mihailović.
Afin de permettre leur évacuation aérienne, Mihailović ordonne la construction d’une piste d’atterrissage improvisée dans les environs de Pranjani. Vučković choisit un terrain adapté dans la zone locale, et les travaux sont placés sous la supervision du capitaine Nikola Verkić.
La construction mobilise des ressources locales importantes, incluant plus d’une centaine de travailleurs et de nombreux chariots tirés par des bœufs. Les travaux sont réalisés dans des conditions de clandestinité, principalement de nuit, afin d’éviter la détection par les forces allemandes. Les opérations comprennent le défrichage, le nivellement du terrain et l’abattage d’arbres[18].
À la fin du mois de mars 1944, les travaux sont considérés comme achevés et un rapport est transmis à Mihailović.
Cependant, les autorités britanniques jugent la piste initiale insuffisamment adaptée aux opérations de transport aérien alliées. Parallèlement, une partie des aviateurs, dont onze hommes menés par le lieutenant John P. Devlin[15], choisissent de tenter de rejoindre la côte adriatique à pied avec l’aide de guides locaux et d’unités tchetniks, quittant Pranjani le 19 avril 1944 après une cérémonie d’adieu.
Les aviateurs blessés ou inaptes à la marche restent sur place, tandis que de nouveaux groupes d’aviateurs sont progressivement acheminés vers Pranjani au cours du mois d’avril. Les unités tchetniks organisent leur regroupement en plusieurs détachements, notamment dans les régions de Takovo et de Dragačevo[16], afin d’assurer leur protection en attendant une évacuation aérienne.
Combat terrestre
modifierEn raison du regroupement d’aviateurs alliés secourus dans la région de Pranjani, les forces allemandes et bulgares multiplièrent les opérations de recherche dans la zone. Le 14 mars 1944, des unités allemandes entrèrent dans le village d’Oplanić, près de Gruža, à la recherche de l’équipage d’un bombardier B-24 abattu. Le 4ᵉ bataillon de la brigade de Gruža, commandé par le capitaine Nikola Petković, engagea alors les forces allemandes afin de les détourner des zones où se cachaient les aviateurs alliés. L’affrontement fit plusieurs victimes parmi les Tchetniks, tandis que certains combattants furent capturés.
La 1ʳᵉ brigade de Dragačevo du 1er corps de Ravna Gora fut également impliquée dans des combats contre des unités allemandes lors de tentatives de capture d’aviateurs parachutés dans la zone de la route Čačak–Užice. Selon les rapports des commandants tchetniks, plusieurs soldats furent tués au cours de ces engagements, et les combattants tombés furent inhumés dans le cimetière du village de Dljin.
Le 17 avril 1944, le lieutenant-colonel Todor Gogić, commandant du corps de Morava, transmit un radiogramme au quartier général de Draža Mihailović signalant qu’un B-24 Liberator du 460ᵉ Bombardment Group avait effectué un atterrissage forcé près de Drenovac, au sud de Paraćin. L’équipage de dix hommes avait été partiellement secouru par les forces tchetniks, neuf aviateurs étant récupérés avant l’arrivée des forces allemandes et bulgares, tandis qu’un membre de l’équipage fut capturé[19].
Départ de la mission politique des Tchetniks
modifierÀ la fin du mois de mai 1944, la mission militaire britannique du Special Operations Executive (SOE), dirigée par le brigadier Charles Armstrong, était en cours d’évacuation depuis la zone de Pranjani. Après accord avec le quartier général allié basé à Bari, trois avions de transport Douglas C-47 Dakota atterrirent sur le terrain improvisé de Pranjani le 29 mai 1944[2]. En plus de la mission britannique, environ quarante aviateurs alliés récupérés dans la région furent également évacués lors de cette opération.
Dans ce contexte, Draža Mihailović autorisa l’envoi d’une mission politique vers le Royaume-Uni en utilisant le même dispositif aérien. Cette délégation était dirigée par Živko Topalović, président du Parti socialiste de Yougoslavie, ancien membre de l’Internationale socialiste et du Parti travailliste britannique. L’objectif de cette mission était de plaider auprès des autorités britanniques en faveur d’un changement de politique alliée en Yougoslavie, notamment afin de réévaluer la décision de Winston Churchill de privilégier les forces partisanes de Josip Broz Tito au détriment des Tchetniks[20].
Cependant, la mission de Topalović n’aboutit pas : les autorités britanniques ne lui permirent pas de quitter la zone contrôlée par les Alliés en Italie du Sud, et la délégation ne put atteindre Londres.
Liaison radio
modifierLe bulletin de l'agence de presse yougoslave démocratique rapporte
modifierSelon les bulletins de l’agence de presse Yougoslavie démocratique (Democratic Yugoslav Press Agency), affiliée au Haut Commandement de l’Armée yougoslave en exil, des informations concernant les aviateurs alliés secourus en Yougoslavie furent transmises vers les États-Unis par l’intermédiaire de ses bureaux et de sa station de radio à New York.
Ces informations furent ensuite relayées à l’ambassade de Yougoslavie à Washington, dirigée par l’ambassadeur Konstantin Fotić. Le personnel diplomatique transmit ces données aux autorités militaires américaines afin que les familles des aviateurs puissent être informées de leur sort, certaines ayant auparavant reçu des notifications de disparition. Les rapports contenaient fréquemment les noms et adresses des militaires concernés, facilitant ainsi la localisation de leurs proches.
Dans ce contexte, Mirjana Vujnovich, employée à l’ambassade de Yougoslavie à Washington, apprit que des aviateurs alliés étaient hébergés par des forces de guérilla en Serbie. Elle transmit cette information à son mari, George Vujnovich, officier de l’OSS affecté à Brindisi, dans le sud de l’Italie.
Selon plusieurs témoignages, cette transmission d’informations fut déterminante dans la mise en place du dispositif de sauvetage. George Vujnovich, après avoir reçu une lettre de son épouse l’interrogeant sur la situation des aviateurs américains — indiquant qu’« ils sont des centaines… peux-tu faire quelque chose pour eux ? » — entreprit de coordonner des efforts avec les services américains de renseignement[21].
Cet échange est généralement considéré comme l’un des éléments déclencheurs ayant conduit à la planification de l’opération Halyard par l’Office of Strategic Services (OSS).
Évacuation
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Après les premières opérations de sauvetage d’aviateurs alliés par les partisans yougoslaves en 1943 à Drvar et Otočac, les réseaux de récupération en territoire occupé continuèrent à se développer en 1944.
À partir de la fin mai 1944, aucun officier de liaison allié n’était plus présent auprès des forces de Draža Mihailović. Le quartier général tchetnik tenta d’établir un contact radio direct avec le commandement allié en Méditerranée, sans succès durable.
Le 15 juillet 1944, le capitaine Leo C. Brooks, pilote du 483ᵉ Bombardment Group de la 15ᵉ Air Force, fut contraint de s’éjecter au-dessus de la Serbie occupée après que son B-17 endommagé lors d’une mission contre la raffinerie de Ploiești fut déclaré irrécupérable[2]. Après son atterrissage près de Ljig, il fut pris en charge par des unités tchetniks qui l’aidèrent à rejoindre le commandement local. Il fut ensuite conduit jusqu’à la région de Pranjani, où se trouvait une zone de regroupement d’aviateurs alliés.
Le 26 juillet 1944, Brooks atteignit le terrain d’atterrissage improvisé de Pranjani, où environ 150 aviateurs américains étaient déjà présents, d’autres arrivant progressivement dans les jours suivants. En tant qu’officier américain le plus gradé sur place, il prit la direction des aviateurs et organisa leur regroupement en coordination avec les commandants tchetniks locaux.
Brooks mit en place une organisation structurée de la zone, répartissant les hommes en plusieurs groupes afin de faciliter leur protection, leur camouflage et leur future évacuation[18]. Les forces tchetniks assurèrent la sécurité du périmètre, mobilisant plusieurs unités pour défendre la zone contre d’éventuelles incursions allemandes.
Sur sa recommandation, les aviateurs furent divisés en six groupes placés sous commandement américain. Les blessés furent regroupés à proximité d’un poste de soins improvisé, tandis que les autres furent dispersés dans les zones boisées environnantes afin de réduire les risques de détection.
Peu après, une mission de l’Office of Strategic Services (OSS) composée du lieutenant George Musulin, du sergent-chef Michael Rajacich et de l’opérateur radio Arthur Jibilian fut parachutée sur la zone afin de préparer l’évacuation. Elle apportait également un équipement radio permettant de rétablir la communication avec les forces alliées en Italie.
Les responsables américains estimèrent initialement la piste d’atterrissage inutilisable pour des opérations aériennes directes, nécessitant des travaux d’amélioration. Sous la coordination de Brooks et des commandants tchetniks, des équipes locales furent mobilisées pour agrandir et sécuriser le terrain.
Après la réactivation des communications radio avec la 15ᵉ Air Force, des ravitaillements furent largués par avion, suivis de la planification d’une première opération d’évacuation. Dans la nuit du 9 au 10 août 1944, plusieurs avions de transport C-47 de la 12ᵉ Air Force, basés à Brindisi, participèrent à l’évacuation des aviateurs.
Les hommes furent embarqués progressivement selon un plan d’embarquement strict, chaque appareil transportant environ vingt hommes. Au total, environ 240 aviateurs américains[6], ainsi que plusieurs militaires britanniques, soviétiques, français et italiens, furent évacués lors de cette phase de l’opération.
Pont aérien de Pranjani à Bari
modifierDans la nuit du 2 au 3 août 1944, un signal lumineux convenu permet à un avion américain de localiser la zone de Pranjani, en Serbie centrale, près du quartier général de Draža Mihailović. Peu après minuit, une équipe de l’Office of Strategic Services (OSS), composée du capitaine George Musulin, du lieutenant Michael Rajacich et du sergent Arthur Jibilian, est parachutée sur place avec du matériel radio afin de préparer l’évacuation des aviateurs alliés.
La première mission de Musulin consiste à coordonner avec les forces tchetniks le rassemblement des aviateurs dispersés dans la région. Ces derniers, déjà pris en charge par les unités locales, sont regroupés sous escorte armée vers la zone d’embarquement. Les Tchetniks affirment avoir assuré leur protection, leurs soins médicaux et leur ravitaillement en attendant l’évacuation.
Afin de sécuriser l’opération face à un risque d’intervention allemande, Mihailović ordonne également la mise en place de dispositifs de repli et la construction de pistes secondaires dans la région de Dragačevo. Dans le même temps, il délègue plusieurs représentants politiques vers l’Italie pour appuyer les démarches diplomatiques liées à la mission.
Le 10 août 1944, débute la principale phase d’évacuation. Plusieurs avions de transport Douglas C-47 Dakota atterrissent successivement sur la piste improvisée de Pranjani, parfois escortés par des chasseurs alliés. La sécurité au sol est assurée par des unités du groupe Morava des forces tchetniks. Environ 237 aviateurs sont évacués lors de cette première grande rotation[6].
Les opérations se poursuivent les jours suivants (12, 15 et 18 août), permettant l’évacuation de plusieurs centaines d’aviateurs supplémentaires. Au total, l’ensemble des opérations aériennes liées à Pranjani constitue l’une des plus importantes missions de récupération de personnels alliés derrière les lignes ennemies en Europe occupée.
L’opération est ensuite reprise par une nouvelle équipe OSS sous le commandement du colonel Robert H. McDowell (opération Ranger). George Musulin quitte la zone le 29 août 1944, remplacé sur place par le capitaine Nick Lalich. À l’approche de l’offensive soviétique et de la reconfiguration du front balkanique, les équipes alliées quittent progressivement la région en septembre 1944, après la construction de nouvelles pistes temporaires permettant encore quelques évacuations finales.
Évacuation de Koceljeva
modifierLe terrain de Koceljeva, près de Valjevo dans l’ouest de la Serbie, était le deuxième aérodrome utilisé par la mission Halyard.
Ce terrain local a été rapidement préparé pour les atterrissages. Il n’a été utilisé qu’une seule fois, le 17 septembre, lorsque 20 aviateurs américains, un prisonnier italien et un prisonnier français ont été évacués, avec l’équipe médicale du Dr Mitrani.
Il s’agissait d’une évacuation de jour, et le photographe J. B. Allin a pris plusieurs photos du terrain et des avions. L’un des avions C-47 a heurté une meule de foin lors de l’atterrissage, et son aile a été légèrement endommagée.
Une fois encore, sous la pression des forces partisanes de Tito, les Tchetniks ont dû se retirer, et cet aérodrome a été abandonné[22].
Évacuation de Boljanić
modifierL’aérodrome de Boljanić en Bosnie était le dernier terrain utilisé par la mission Halyard. Il a été aménagé après que le commandement tchetnik, avec les missions américaines, s’est retiré vers la Bosnie. Le 1er novembre, la piste a été utilisée pour la première fois lorsqu’un groupe de trois pilotes américains, accompagnés de membres de la mission Ranger, a été évacué.
La mission Halyard a ensuite progressé plus à l’ouest à la recherche d’autres aviateurs abattus, puis est revenue à Boljanić à la mi-décembre. Les mauvaises conditions météorologiques ont retardé les opérations de sauvetage : les nuages empêchaient les avions de voler à basse altitude, et la piste en herbe était inutilisable à cause de fortes pluies. Pendant un certain temps, il a été envisagé que la mission se déplace vers le territoire des partisans afin de procéder à une évacuation via Belgrade.
Les stocks devenant insuffisants, un avion B-26 de l’ACRU a été envoyé à Noël pour larguer du matériel. Le lendemain, le ciel s’est dégagé et la baisse des températures a gelé la piste, permettant l’atterrissage des avions. Le 27 décembre, les 20 aviateurs américains restants, ainsi que 11 ressortissants d’autres nationalités et 2 membres de la mission Halyard, ont été évacués[23].
Nombre d'aviateurs secourus
modifier- 432 aviateurs américains
- 80 autres Alliés
Au total, 512 aviateurs alliés ont été transportés par voie aérienne depuis le territoire des Tchetniks au cours de l'opération Halyard, dont 432 étaient américains[24].
Membres de la mission Halyard
modifier- Capitaine George Musulin (Chef de mission du 2 au 19 août 1944) - Legion of Merit.
- George Vujnovich a aidé à organiser et à superviser la mission - Bronze Star[21].
- Lieutenant Michael « Mike » Rayachich (membre de la mission du 2 au 19 août, puis membre de la mission Renger jusqu'au ) - Legion of Merit avec agrafe de feuilles de chêne.
- Opérateur radio, maître de 1re classe (équivalent de sergent-chef) Arthur Jibilian (membre de la mission du 2 août au 27 décembre 1944) - Silver Star
- Capitaine Nick Lalich (membre de la mission du 10 au 28 août, chef de mission du 29 août au 27 décembre 1944) - Legion of Merit.
- Le capitaine Jack Mitrani, médecin, avec deux assistants médicaux (le Dr Mitrani a dirigé la mission médicale de Halyard du 10 août au 17 septembre 1944).
Mission
modifierCette opération s'est déroulée entre août et décembre 1944 depuis un aérodrome forestier rudimentaire aménagé par des paysans serbes à Pranjani. Aujourd'hui peu connue, elle est même méconnue de la plupart des Américains. Elle est relatée dans l'ouvrage de 2007 , « Les 500 oubliés : L'histoire inédite des hommes qui ont tout risqué pour la plus grande mission de sauvetage de la Seconde Guerre mondiale », écrit par Gregory A. Freeman. Dans son livre, l'auteur la décrit comme l'une des plus grandes histoires de sauvetage jamais contées. Elle relate comment les aviateurs furent abattus dans un pays qu'ils ne connaissaient pas et comment les villageois serbes furent prêts à sacrifier leur propre vie pour sauver celle des équipages.

L'OSS planifia une opération de sauvetage complexe impliquant des avions cargo C-47 atterrissant en territoire ennemi. Extrêmement risquée, l'opération consistait non seulement à pénétrer en territoire ennemi sans être abattus, mais aussi à atterrir, récupérer les aviateurs abattus, puis redécoller et quitter ce même territoire, toujours sans être abattus. Le sauvetage fut un succès total, mais passa presque inaperçu. Ce manque de couverture médiatique s'expliquait en partie par le contexte actuel, l'attention du monde entier étant concentrée sur la Libération de la France au même moment.
Grâce à cette opération et aux efforts du commandant Richard Felman, le président des États-Unis , Harry S. Truman, a décerné à titre posthume à Mihailović la Legion of Merit pour sa contribution à la victoire des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Initialement, cette haute distinction et le récit du sauvetage furent classés secrets par le département d'État américain afin de ne pas froisser le gouvernement communiste yougoslave de l'époque. Une telle marque de reconnaissance envers les Tchetniks aurait été mal perçue, car les Alliés occidentaux, qui les avaient soutenus au début de la guerre, avaient rallié les Partisans de Josip Broz Tito vers la fin du conflit. La décoration fut remise à la fille de Mihailović, Gordana Mihajlovic, par le département d'État américain le 9 mai 2005.
Commémoration
modifierL'autorisation d'ériger un monument à Mihailovich a été accordée en 1989 par le Comité national des aviateurs américains à Washington, District de Columbia, en reconnaissance du rôle qu'il a joué dans le sauvetage de la vie de plus de cinq cents aviateurs américains en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale[25].
Le 12 septembre 2004, cinq ans après le conflit armé de l'OTAN contre la Yougoslavie, quatre vétérans américains, Clare Musgrove, Arthur Jibilian, George Vujnovich et Robert Wilson, se sont rendus à Pranjani pour l'inauguration d'une plaque commémorative[26]. Un projet de loi présenté à la Chambre des représentants des États-Unis par Bob Latta le 31 juillet 2009 demandait que Jibilian reçoive la Medal of honor pour son rôle dans l'opération Halyard.


Le jour des anciens combattants de 2007, l'ambassadeur des États-Unis en Serbie, Cameron Munter, s'est rendu à Pranjani et a remis aux habitants de la région une proclamation signée par le gouverneur de l'État de l'Ohio exprimant sa gratitude aux familles serbes qui ont sauvé des centaines d'aviateurs américains dont les avions avaient été abattus par les forces nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le 17 octobre 2010, George Vujnovich a reçu la Bronze Star lors d'une cérémonie à New York pour son rôle dans l'opération[27],[28]. Vujnovich a formé les volontaires qui ont mené le sauvetage, leur apprenant à se fondre parmi les autres Serbes en maîtrisant des tâches quotidiennes conformes aux coutumes locales, comme lacer et rentrer leurs lacets et pousser la nourriture sur leurs fourchettes avec leurs couteaux pendant les repas.

L'ambassade des États-Unis à Belgrade, en coopération avec l'Initiative euro-atlantique et les citoyens de Pranjani, a lancé un projet de construction d'une bibliothèque et d'un centre de jeunesse à Pranjani. Ce projet contribuera à l'éducation des enfants de la région et valorisera la commémoration de la mission Halyard. Il symbolisera le lien historique entre les peuples serbe et américain et le partenariat entre la Serbie et l'État de l'Ohio, établi en 2006. Un effort de sensibilisation à la mission Halyard sera mené auprès des publics serbe et américain, notamment par le biais d'expositions photographiques, d'une présentation en ligne et de la production d'un documentaire. Le projet de bibliothèque-centre de jeunesse prévoit la construction d'un bâtiment polyvalent qui servira à la fois de bibliothèque et de centre d'éducation multimédia pour les jeunes et les agriculteurs de la région de Pranjani. Le centre sera équipé d'un accès Internet et servira de mémorial pour la mission Halyard. Il abritera une exposition permanente de photographies, d'objets et de documents relatifs à l'évacuation des aviateurs alliés et à l'alliance de guerre entre les peuples serbe et américain. Une partie des collections sera donnée au Musée national de l'US Air Force, sur la base aérienne Wright-Patterson dans l'Ohio, où un espace d'exposition spécial sera consacré au rôle de la Serbie dans le sauvetage des aviateurs pendant la Seconde Guerre mondiale. À l'instar du Mémorial du Vietnam à Washington, D.C., un mur du centre de Pranjani portera les noms de tous les aviateurs alliés secourus lors de la mission Halyard et des familles serbes qui les ont cachés et soignés. La bibliothèque sera construite juste à côté de l'école primaire et de l'église de Pranjani, lieu de cérémonies d'amitié et de coopération entre les habitants de la région, le mouvement Ravna Gora (Tchetniks) et la mission américaine. Un autre tronçon du projet sera construit sur le terrain de Galovića à Pranjani, où l'US Air Force a évacué les aviateurs. Cette partie prévoit la construction d'un hangar et l'accueil d'un avion C-47. Des panneaux et des cartes multilingues seront également installés afin de permettre aux passionnés d'histoire et aux touristes intéressés de découvrir la mission Halyard et le patrimoine historique de la région.
À l'occasion du 80ᵉ anniversaire de l'opération Halyard, le 21 septembre 2024, une cérémonie commémorative s'est tenue sur l'ancien terrain d'atterrissage de Galovica, près de Pranjani. Le prince héritier Alexander de Serbie et son fils Filip de Serbie y ont déposé une couronne au monument dédié à l'opération. La cérémonie a réuni des représentants des autorités serbes ainsi que les ambassadeurs des États-Unis et du Royaume-Uni. Des parachutistes des forces armées serbes et américaines ont effectué un saut commémoratif en hommage aux aviateurs alliés secourus en 1944, avant qu'un office religieux ne soit célébré en mémoire des participants à la mission. Lors de son discours, le prince héritier a salué le rôle des Tchetniks de Draža Mihailović dans le sauvetage des aviateurs alliés, réaffirmant une interprétation historique qui demeure débattue dans le contexte mémoriel de la Seconde Guerre mondiale en ex-Yougoslavie[29].
Notes et références
modifier- ↑ Miodrag D. Pešić, Misija Haljard: spasavanje savezničkih pilota od strane četnika Draže Mihailovića u Drugom svetskom ratu, Pogledi, (ISBN 9788682235408, lire en ligne)
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Operation Reunion (en)- opération de sauvetage des aviateurs alliés abattus en Roumanie
Bibliographie
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Liens externes
modifier- « Villageois pauvres, Tchetniks et aviateurs américains lors de la mission Halyard en Serbie occupée par les nazis - Photos d'Art Jibilian », sur teslasociety.com
- Halyard Mission - AFNEuropa sur YouTube
- Site de l'opération Halyard sur YouTube
- Sauvetage derrière les lignes ennemies par Kevin Morrow, World War II Magazine, 20 mars 2008
- « Mihaliovich et moi par Richard L. Felman (1964) », sur generalmihailovich.com
- Tentative de réparation d'une injustice : des aviateurs de la Seconde Guerre mondiale honorés pour leur rôle dans une opération de sauvetage Archived Par Jack Kelly, Pittsburgh Post-Gazette, 31 juillet 2009
- Un habitant de Canton, un élément clé de la plus grande histoire méconnue de la Seconde Guerre mondiale, par Jay Turner, membre du personnel du Citizen (Canton Citizen), 11 novembre 2010. Lien non fonctionnel.
- La Grande Évasion, par Phil Scott ; Air & Space Magazine,
- Médaille de bronze décernée à un héros méconnu de la Seconde Guerre mondiale (CBS News, 17 octobre 2010)
